
Des couples qui se font et se défont.
Il est quasiment impossible d’aborder le nouveau long métrage de Hani Khalifa, Sokkar Morr (sucre amer), sans se référer à son film précédent, Sahar Al-Layali (nuits blanches), projeté il y a 12 ans environ avec un énorme succès. Car celui-ci se plaçait à l’époque en dehors des sentiers battus, soit sur le plan de l’écriture des comédies sociales, soit sur le plan du casting, ayant regroupé un grand nombre de stars qui se partageaient la vedette de manière équitable. Les personnages complexes et profonds étaient très différents comparés aux prototypes du genre, de quoi avoir propulsé le scénariste Tamer Habib sur le devant de la scène. Ce dernier a connu depuis une véritable consécration dramatique. Par contre, le réalisateur Hani Khalifa, lui, n’a pas pu se démarquer grâce à d’autres films. Il s’est abstenu durant toutes ces années, et le voilà revenu avec l’expérience de Sucre amer.
Khalifa a préféré rester dans le même registre, en reprenant la thématique de l’amour et des intrigues relationnelles enchevêtrées, lesquelles sont incarnées collectivement par plusieurs jeunes talents, dans des rôles tous aussi importants les uns que les autres. Du coup, il y a une certaine similitude entre le premier et le deuxième film, et l’on a même l’impression que certains affrontements ou rebondissements dramatiques sont calqués sur l’exemple de Nuits blanches. Ceci sans tenir compte de l’intervalle du temps et de l’évolution de la société par rapport à il y a 12 ans. Le réalisateur s’est donc retrouvé dans l’embarras. Il continue à cibler une classe sociale au-dessus de la moyenne, change un peu de décor en remplaçant le restaurant américain fréquenté par le groupe d’amis dans Nuits Blanches par un night-club plus à la mode dans Sucre Amer, sans opérer des modifications cruciales, mais sans tomber dans le piège de la répétition et des stéréotypes non plus. Pour sortir relativement de l’embarras de son choix, il a dû recourir aux événements politiques et sportifs de ces dernières années, afin de rompre avec toute impression de déjà-vu.
Cercles aisés
Le scénariste Mohamad Abdel-Moati, encore à son premier film, a choisi la nuit du Nouvel an pour faire le lien entre les événements qui s’étalent sur plusieurs années. On retrouve les mêmes personnages, après un ou deux ans, toujours durant la soirée du Nouvel an, en train de faire la fête, et l’on apprend ce qui advient dans leurs vies. Quoi de neuf ? On tourne en rond dans les mêmes cercles clos de la classe aisée, de la même bande d’amis, chez qui le champagne coule à flot.
Dans ces cercles, on passe constamment du libertinage à la religiosité, sans pour autant expliquer l’évolution logique ni des personnages, ni de leurs métamorphoses. Peut-être c’est une manière de refléter aussi l’existence de tels personnages dans la réalité, lesquels sautent du coq à l’âne, sans justification aucune. Donc, les auteurs du film ont voulu mettre en relief les cas de tous ces gens qui laissent pousser leurs barbes, du jour au lendemain, puis reviennent comme par magie à leurs parcours antérieurs, sans vraiment assimiler les changements d’un état à l’autre.
Le jeu des acteurs est très variable. Les uns maintenaient la barre haute, alors que les autres avaient un niveau très fluctuant tout au long du film. Le réalisateur a fait la part belle à chacun des rôles présentés sur un pied d’égalité, sans essayer de les juger ou de les taxer de telles ou de telles choses. On parvient simplement à les approcher, les découvrir, les mieux comprendre, petit à petit.
Au-delà des réprobations, ce genre de comédie sociale nous donne l’occasion de voir autre chose, d’ébranler la stagnation actuelle. Le film porte bien son titre, on a vraiment affaire à du sucre amer.
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