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Nuits douces, nuits amères

Mohamed Atef, Lundi, 27 juillet 2015

Plusieurs intrigues amoureuses, nouées la nuit du Nouvel an. C’est ce que propose le réalisateur Hani Khalifa dans son deuxième film, Sokkar Morr (sucre amer), actuellement dans les salles. Une comédie sociale qui a un petit air de déjà-vu.

Nuits douces, nuits amères
Des couples qui se font et se défont.

Il est quasiment impos­sible d’aborder le nou­veau long métrage de Hani Khalifa, Sokkar Morr (sucre amer), sans se référer à son film précédent, Sahar Al-Layali (nuits blanches), projeté il y a 12 ans environ avec un énorme suc­cès. Car celui-ci se plaçait à l’époque en dehors des sen­tiers battus, soit sur le plan de l’écriture des comédies sociales, soit sur le plan du casting, ayant regroupé un grand nombre de stars qui se partageaient la vedette de manière équitable. Les person­nages complexes et profonds étaient très différents compa­rés aux prototypes du genre, de quoi avoir propulsé le scéna­riste Tamer Habib sur le devant de la scène. Ce dernier a connu depuis une véritable consécration dramatique. Par contre, le réalisa­teur Hani Khalifa, lui, n’a pas pu se démarquer grâce à d’autres films. Il s’est abstenu durant toutes ces années, et le voilà revenu avec l’ex­périence de Sucre amer.

Khalifa a préféré rester dans le même registre, en reprenant la thé­matique de l’amour et des intrigues relationnelles enchevêtrées, les­quelles sont incarnées collective­ment par plusieurs jeunes talents, dans des rôles tous aussi importants les uns que les autres. Du coup, il y a une certaine similitude entre le premier et le deuxième film, et l’on a même l’impression que certains affrontements ou rebondissements dramatiques sont calqués sur l’exemple de Nuits blanches. Ceci sans tenir compte de l’intervalle du temps et de l’évolution de la société par rapport à il y a 12 ans. Le réali­sateur s’est donc retrouvé dans l’embarras. Il continue à cibler une classe sociale au-dessus de la moyenne, change un peu de décor en remplaçant le restaurant améri­cain fréquenté par le groupe d’amis dans Nuits Blanches par un night-club plus à la mode dans Sucre Amer, sans opérer des modifications cruciales, mais sans tomber dans le piège de la répétition et des stéréo­types non plus. Pour sortir relative­ment de l’embarras de son choix, il a dû recourir aux événements poli­tiques et sportifs de ces dernières années, afin de rompre avec toute impression de déjà-vu.

Cercles aisés
Le scénariste Mohamad Abdel-Moati, encore à son premier film, a choisi la nuit du Nouvel an pour faire le lien entre les événements qui s’étalent sur plusieurs années. On retrouve les mêmes person­nages, après un ou deux ans, tou­jours durant la soirée du Nouvel an, en train de faire la fête, et l’on apprend ce qui advient dans leurs vies. Quoi de neuf ? On tourne en rond dans les mêmes cercles clos de la classe aisée, de la même bande d’amis, chez qui le champagne coule à flot.

Dans ces cercles, on passe constamment du libertinage à la religiosité, sans pour autant expliquer l’évolution logique ni des personnages, ni de leurs métamorphoses. Peut-être c’est une manière de refléter aussi l’existence de tels personnages dans la réalité, lesquels sautent du coq à l’âne, sans justifica­tion aucune. Donc, les auteurs du film ont voulu mettre en relief les cas de tous ces gens qui laissent pousser leurs barbes, du jour au lendemain, puis reviennent comme par magie à leurs parcours anté­rieurs, sans vraiment assi­miler les changements d’un état à l’autre.

Le jeu des acteurs est très variable. Les uns maintenaient la barre haute, alors que les autres avaient un niveau très fluctuant tout au long du film. Le réalisateur a fait la part belle à chacun des rôles pré­sentés sur un pied d’égalité, sans essayer de les juger ou de les taxer de telles ou de telles choses. On parvient simplement à les appro­cher, les découvrir, les mieux com­prendre, petit à petit.

Au-delà des réprobations, ce genre de comédie sociale nous donne l’occasion de voir autre chose, d’ébranler la stagnation actuelle. Le film porte bien son titre, on a vraiment affaire à du sucre amer.

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