C’est officiel, le gouvernement fédéral éthiopien a repris le Tigré. Vendredi 16 octobre, le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a déclaré dans un communiqué que les forces gouvernementales avaient repris le contrôle de cette région du nord du pays, après 4 ans passés dans les mains du Front de Libération du Peuple Tigréen (TPLF). Une administration fédérale intérimaire a été installée pour une durée de 6 mois et l’un de ses principaux objectifs sera de favoriser « un environnement politique stable », ainsi que de « faciliter la tenue d’élections libres et transparentes » selon le premier ministre, la région n’ayant pas pu participer aux élections du 1er juin dernier en raison de conditions défavorables en termes de sécurité.
Le récent contrôle de la région par le pouvoir éthiopien fait suite à la reprise des hostilités le 23 septembre par « L’Alliance pour la survie », une coalition de 7 groupes armés, dont fait partie le TPLF. Le mouvement tire son nom des accusations de crimes de guerre dont a fait l’objet le camp gouvernemental à la suite de la guerre civile de 2020-2022. Cette guerre opposait à l’époque le TPLF au gouvernement éthiopien, allié à des milices locales et à l’Erythrée. Ce fut un conflit au bilan lourd, avec près de 600 000 morts et 700 000 déplacés selon plusieurs estimations, qui s’est conclu par les Accords de Pretoria. Depuis, les tensions n’ont jamais disparu, et aujourd’hui, les différents groupes armés, dont certains étaient alliés au gouvernement pendant la guerre contre le TPLF, se sont rassemblés dans le but de renverser le pouvoir en place. Ils dénoncent la marginalisation de leurs différentes populations, mais aussi le délaissement, pendant longtemps, du nord du pays par le gouvernement fédéral.
Rivalités territoriales et ambitions maritimes
Un autre acteur de la guerre civile fait aussi son retour, l’Erythrée. Le pays limitrophe est accusé par le gouvernement d’Abiy Ahmed de soutenir la coalition rebelle au travers de l’alliance Tsimdo, alliance officieuse entre le TPLF, l’Erythrée et le Soudan qui aurait pour but, selon des responsables éthiopiens, de nuire aux intérêts de leur gouvernement. Addis-Abeba a aussi signalé la présence de militaires érythréens sur son sol, considérant l’acte comme une déclaration de guerre, ce qu’Asmara nie. Pour le ministre de la communication érythréen, « l’objectif principal du premier ministre [éthiopien] est de créer un narratif fallacieux d’autodéfense pour rationaliser et camoufler sa guerre d’agression ». L’Erythrée se pose ainsi en victime des velléités d’une politique d’expansion éthiopienne, politique dont ne se cache pas Abiy Ahmed. Depuis sa prise de fonction en 2018, il affirme vouloir redonner un accès à la mer, perdu par l’Ethiopie en 1993 avec la déclaration d’indépendance de l’Erythrée. Il a renouvelé cette volonté lors de son discours d’investiture le 5 octobre dernier : « Nous nous emploierons sans relâche à obtenir une porte de sortie sur la mer pour l’Ethiopie ».
A la suite de ces heurts, toutes relations diplomatiques furent coupées. L’ambassade éthiopienne en Erythrée a été fermée et les diplomates érythréens ont été expulsés d’Ethiopie, alors même que c’est dans sa capitale que se trouve le siège de l’Union africaine. Un tel arrêt des discussions diplomatiques constitue un danger grave pouvant mener à un affrontement direct entre les deux pays, dont les conséquences retomberaient sur le reste de la Corne de l’Afrique et ses habitants. Chaque partie se tourne donc vers la communauté internationale pour chercher un soutien, s’accusant mutuellement de déclarer la guerre et saisissant l’ONU pour demander des sanctions. Malgré les alertes sur le risque d’une nouvelle escalade, les efforts diplomatiques peinent à enrayer la dégradation des relations entre Addis-Abeba et Asmara. La prévention d’un nouveau conflit demeure pourtant un enjeu majeur pour la stabilité de la Corne de l’Afrique.
Lien court: