Al-Ahram Hebdo, Arts | Vive la liberté !

  Président
Abdel-Fattah El Gibali
 
Rédacteur en chef
Hicham Mourad

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 Semaine du 16 au 22 mai 2012, numéro 922

 

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Arts

Arts Plastiques . La 34e édition de l’exposition générale tente d’offrir une définition de la liberté d’expression. Un concept que les plus jeunes ont réussi à manier, malgré certains obstacles.

Vive la liberté !

Pas de créativité sans liberté d’expression. Le constat est affirmé et approuvé. La révolution du 25 janvier en est la preuve. Sa première étincelle ne recherchait-elle pas la liberté ? Il devient alors normal qu’un an après, l’exposition générale s’organise sous l’étiquette « Liberté de création ». « La liberté et la créativité ne peuvent pas être dissociées. La liberté est en soi une créativité sociale dans un sens qui va avec la culture, le patrimoine et les principes d’une société donnée. Et, la créativité ne pourrait jamais exister en dehors d’une société libre » , explique Salah Al-Meligui, chef du secteur des arts plastiques.

La question qui se pose par la force des choses est la suivante : A quel point l’exposition générale a-t-elle réussi à mettre en lumière ces deux concepts ? « La production des artistes égyptiens se distingue toujours par une grande liberté, contrôlée par la conscience de l’artiste, faisant la différence entre la valeur et la non-valeur, le bien et le mal », indique Tareq Al-Koumy, commissaire général de l’exposition. Pourtant, de nombreux critiques et artistes expriment leur insatisfaction, sinon leur déception vis-à-vis de cette édition. Et, ils ont parfaitement raison.

D’abord qui dit liberté, dit créativité et dit nécessairement originalité. Or, un aperçu général de l’exposition nous dévoile qu’une bonne partie des œuvres appartient à l’éventail des formes classiques, à l’instar de la sculpture et de la peinture. L’absence totale des formes modernes est flagrante à l’exception peut-être de deux vidéos, et en plus les écrans sont éteints !

Certains artistes critiquent l’organisation de l’exposition et se rappellent même l’artiste défunt Ahmad Fouad Sélim, qui s’occupait du moindre détail afin de parvenir à mettre en place une exposition attrayante et donc réussie. « Il paraît que les professeurs d’art ainsi que les hauts fonctionnaires ont réservé les places distinguées pour exposer leurs propres œuvres », précise l’ambassadeur Yousri Al-Kweidi, l’un des participants. « On a essayé de mettre l’accent sur les œuvres des jeunes et de ne plus réunir les œuvres des grands artistes dans des salles à part. Par exemple, l’œuvre de Hend Al-Falafly (une jeune peintre) est placée à côté de l’œuvre de Zeinab Al-Séguini (peintre confirmée des années 1960), Réda Abdel-Rahman (de la génération moyenne) côte à côte avec Esmat Dawestachi (aussi grand nom de la peinture), etc. », se défend Al-Koumy. Et d’ajouter : « En vue de rajouter plus de dynamisme, on a décidé de ne pas rassembler les œuvres appartenant à la même école dans une même salle : dans un même espace, on trouve de l’abstrait et du classique. Certaines œuvres sont réunies dans la même salle parce qu’elles ont le même esprit. Par exemple, la peinture de Farid Fadel, Jésus, est placée près de l’installation du cadavre de Névine Farghaly et de la peinture d’Achraf Al-Magdoub sur Nasser, Martin Luther et Sadate ». Toutefois, certains artistes affirment que le Salon des jeunes, tenu il y a quelques mois, débordait beaucoup plus d’énergie et de vivacité.

Les jeunes l’emportent

Il semble que, malgré la participation de quelques grands noms tels Gazbia Sirry, Zeinab Al-Séguini, Ramzy Mostapha, Farouq Wahba, et d’autres. ce sont les jeunes talents qui captent plus l’attention. Ils traitent leurs sujets avec plus de liberté, d’audace et d’originalité. A titre d’exemple, Névine Farghaly met en scène via son installation une sculpture faite de plaques métalliques sous forme d’un cadavre allongé par terre dans une salle obscure. Au plafond est fixé un cylindre tournant auquel sont suspendues des maquettes d’oiseaux dont l’ombre se reflète sur les murs sous l’effet de l’éclairage. Un arrangement créatif et intelligent qui a sa propre dynamique.

Une autre œuvre à saluer, celle de Ali Saïd. Composée de trois parties, cette peinture incarne l’attaque des soldats armés contre un groupe de pauvres. Equilibrées du point de vue masse / espace, les lignes et structures géométriques de cette œuvre rappellent en grande partie le style de Picasso.

Les deux peintures de Hend Hassan Al-Falafly reflètent le talent d’une artiste qui sait manipuler ses outils et exprimer avec lucidité ses pensées. Dans les deux peintures, il s’agit d’un corps couché dont on ne voit que les mains et les pieds dans un sens inverse. A gauche, une main porte un verre de thé, ses reflets soulignent le mouvement. Sur l’autre peinture, la quantité de thé dans le verre diminue, ses reflets se dessinent aux côtés des mains et des pieds comme pour marquer l’ampleur du mouvement. Ce jeu mouvement / inertie est accentué également par les couleurs sur un arrière-plan cramoisi. Les corps, sur les deux peintures, sont en noir et blanc, avec quelques touches jaunâtres.

Malheureusement, ces œuvres sont dépourvues de détails concernant leurs dimensions ou les matériaux employés. En outre, elles sont dispersées au Palais des arts, au syndicat des Arts plastiques et au musée Mahmoud Mokhtar. Aucune pancarte ne signale au terrain de l’Opéra ou dans les rues l’organisation d’un tel événement, à l’exception d’une seule affiche sur la façade du Palais des arts et une autre sur la façade du musée Mokhtar. Elles sont à peine remarquées. Dix jours après l’inauguration, le catalogue n’est pas encore imprimé !

Bref, les problèmes de cette édition commencent par le niveau artistique des œuvres sélectionnées et s’étendent à d’autres relatifs à l’organisation et l’administration. Une fois la visite achevée, la réponse à la question reste en suspens : C’est quoi la liberté ? C’est quoi la créativité ? « Expliquer la liberté c’est la détruire », Kant l’avait bien dit.

Lamiaa Al-Sadaty

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3 questions à
Tareq Al-Koumy,
 commissaire de cette 34e édition.

« Nous avons travaillé avec le peu de moyens qu’on avait »

Al-Ahram Hebdo : Un comité composé de 9 artistes a sélectionné près de 800 œuvres sur les 1 800 présentées. Quels sont les critères du choix ?

Tareq Al-Koumy : Les valeurs artistiques et esthétiques arrivent en premier lieu. En outre, il faut prendre en considération trois catégories d’artistes : la première concerne les débutants dont les œuvres tendent plutôt à être de l’expérimentation et dont les œuvres ont été refusées. La deuxième est composée de grands noms dont la production est toujours distinguée, et donc les œuvres ont été bien entendu acceptées. La troisième catégorie est celle des artistes confirmés dont les œuvres ne sont pas assez originales ou datent de quelques années mais elles sont acceptées pour des raisons humaines.

Est-ce la raison pour laquelle certaines œuvres datent de 2008 alors que l’une des conditions de participation est que les œuvres soient signées durant les trois dernières années (2010 à 2012) ?

Certainement. Il faut avoir de la flexibilité, surtout que dans certains cas les artistes sont très âgés et l’art qu’ils exercent exige un grand effort corporel. Et vu leur âge, il leur devient très difficile de faire une production intense. En outre, le fait d’exposer leurs œuvres leur permet de prendre part à la vie artistique et découvrir les nouvelles tendances.

Quels sont les problèmes que vous avez affrontés ?

D’abord, la façon dont certains ont exprimé leur refus de la décision du comité de sélection. C’est un vrai problème qui a émergé avec la révolution. Tout le monde se sent lésé et cherche à hausser la voix, comme pour dire qu’il existe. Mais, être post-révolutionnaire signifie-t-il briser toutes les règles ? Je suis convaincu que l’art doit anoblir les gens. Secondo, le manque d’espace est un vrai problème : l’architecture du palais des arts n’est pas du tout fonctionnelle, dans le sens il ressemble à un vrai labyrinthe, et donc exposer dans un endroit pareil représente un vrai défi. Alors, on a exposer dans deux autres endroits, à savoir le syndicat des Arts plastiques et le musée Mokhtar, outre le palais des arts. D’ailleurs, je propose une augmentation du budget du ministère de la Culture, et par conséquent celui du secteur des arts plastiques dans le cadre d’une loi à discuter au Parlement. Organiser des expositions réussies exige un budget énorme. Pourtant, avec le peu que nous avons eu, nous avons pu, dans une certaine limite, éclairer des salles et démolir des murs pour en reconstruire d’autres. Pour la première fois, cette édition a rendu hommage à neuf artistes, à savoir Abdel-Ghani Al-Chal, Mohamed Sabry, Kamal Al-Gweily, Mohamed Riad Saïd, Mamdouh Ammar, Mohamed Taha Hussein, et Abdel-Hady Al-Weshahi. Ce sera une tradition dans les années à venir.

Propos recueillis par
Lamiaa
Al-Sadaty

 

 




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