Al-Ahram Hebdo, Littérature | Yéhia Yakhlof, Paradis et enfer

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 Semaine du 17 au 23 août 2011, numéro 884

 

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Littérature

Dans le nouveau roman du Palestinien Yéhia Yakhlof, Ganna wa nar (paradis et enfer), la jeune Samaa découvre qu’elle a été trouvée, encore nourrisson, près des barricades israéliennes, puis élevée par de faux parents. Elle décide alors de partir à la recherche de sa mère. Voici un extrait de ce roman sur l’identité.

Paradis et enfer

(…) Elle ouvrit ses yeux lorsqu’elle reprit ses esprits et se souvint qu’il y avait une invitée dans l’autre pièce. Elle écarta la couverture et descendit de son lit.

Elle ouvrit la porte de la pièce et trouva Samaa dans l’entrée.

Elle la vit avec des yeux encore emplis de sommeil.

Elle entendit la voix des garçons : Le sommeil des lits pour la grande aube.

Une voix bonne, tendre avec de la sensibilité et de l’humour … Est-ce cela qu’elle entendait vraiment ?

Samaa était assise dans l’entrée et il était clair qu’elle s’était préparée un café. Voici la bouilloire à café et les tasses placés devant elle.

Badreya se frotta les yeux et s’avança vers Samaa pour l’embrasser et la prendre dans ses bras.

Bonjour …

Dis plutôt bonsoir.

Elles se mirent à rire. Badreya dépassa la surprise rapidement. Voici Samaa qui était revenue à sa nature. Que s’était-il passé ?

Comme si elle voyait d’autres garçons que ceux d’hier. Son visage était calme et plein de vivacité. Ses cheveux étaient encore mouillés. Il était clair qu’elle avait pris un bain chaud, qu’elle avait échangé ses vêtements et que la forme lui était revenue.

Ainsi, après que Badreya s’était lavée le visage et avait fait ses besoins, elles s’installèrent ensemble pour boire le café.

Samaa s’était réveillée tôt et n’avait pas voulu réveiller Badreya. Elle s’était comportée dans l’appartement de manière naturelle. Elle s’était lavée et échangée les vêtements et avait préparé le café. Elle avait ouvert les rideaux, bu le café et avait allumé une cigarette suivie d’une autre à tel point que le cendrier était complètement empli de mégots et de cendres.

La voici devant elle. N’ayant rien à voir avec celle qui était devant elle la veille.

La voici qui parlait avec vivacité et demandait après Oncle Naguib et la vie dans ce camp. Elle lui raconta sa longue histoire de la recherche de l’adresse de cette maison, au point où ayant complètement désespéré, on lui conseilla de recourir au poste de police … Comment ce vieil policier l’accompagna d’une ruelle à une autre et lui raconta, pendant qu’ils tournaient, des histoires étranges qui arrivaient tous les jours concernant des Palestiniens venant d’autres exils à la recherche de leurs parents. Quelque-fois ils les retrouvaient et d’autres, ils découvraient qu’ils étaient partis pour d’autres endroits.

Ainsi se déroula une discussion générale et Badreya resta prudente, ne posant pas de questions sur ce qui était arrivé, ne posant même pas de question sur Madame Samiha.

Badreya se leva ensuite pour préparer le petit-déjeuner. Samaa intervint en riant :

Petit-déjeuner ou déjeuner ?

Samaa s’était, à cet instant, reprise en mains et prenait l’initiative. Le petit-déjeuner fut prêt : du thé, du pain, des œufs bouillis, du fromage, de la labna de l’origan et de l’huile.

Après le petit-déjeuner, Badreya se souvint des deux oiseaux dans la cage. Elle dit à Samaa : nous avons deux oiseaux en couleurs dans leur cage, accrochés dans la chambre.

Mais alors que Badreya cherchait la boîte de leur nourriture, Samaa ouvrit la porte du balcon, poussée par la curiosité :

Wow.

Samaa cria, marquant ainsi son grand étonnement et sa surprise. Elle dit :

Tu a une volée d’oiseaux, non pas uniquement deux oiseaux.

 

Badreya arriva avec la boîte de nourriture. Elle arriva elle aussi poussée par le désir de voir ce qui se passait ; ensuite, elle s’arrêta par la surprise.

Trois oiseaux de la même espèce étaient debout sur le parterre de la pièce alors que les deux oiseaux étaient dans leur cage. Trois oiseaux aux couleurs miroitantes.

 

Les oiseaux furent pris de surprise au début mais ils ne fuirent pas. Ils ne claquèrent pas des ailes et volèrent. Ils restèrent dans un coin, s’approchant les uns des autres …

Badreya s’exclama :

Qu’est-ce que c’est ? Que se passe-t-il ?

 

Samaa ne cessa de regarder, éberluée …

Badreya dit : Pourquoi ces oiseaux ne se battent-ils pas ?

Samaa lui répondit : Peut-être cherchent-ils de la nourriture ? Ce genre d’oiseaux d’amour ne mangent pas le pain, les vers et les graines comme le font les autres oiseaux, ils mangent un genre spécial de graines.

 

Badreya secoua la tête et ajouta à ce que Samaa avait dit : Sans doute sont-ils seuls et cherchent-ils un vol pour ne plus être seuls. Des espèces d’oiseaux comme les pigeons ne peuvent pas vivre seuls.

 

Ensuite, elle fit descendre la cage et ouvrit la porte. Les deux oiseaux sortirent l’un après l’autre et rejoignirent les autres oiseaux.

 

Ils étaient devenus cinq oiseaux d’amour …

Badreya jeta ce qui restait des graines dans la boîte. Les oiseaux vinrent picorer ces bonnes graines …

Nous devons penser à leur dîner …

Samaa dit : Combien beau sont leur plumage, leur bec et leur cou …

Badreya fut prise de doute et elle pensa : Comment devait-elle agir ?

Elle sentit que la situation devenait angoissante, elle s’était transformée en un vrai fardeau.

Samaa lut ce qui lui traversait l’esprit. Elle lui dit : laisse-les jouir de leur petit-déjeuner et nous penserons à leurs affaires plus tard …

Elles revinrent dans l’entrée. Badreya essaya de ne plus y réfléchir, mais elle ne réussit pas. La discussion rouvrit le sujet. On régla le débat en arrivant à deux points : le premier étant de protéger ces oiseaux et de leur trouver de la nourriture et le second que la décision concernant leur destin est dépendante de celle de Naguib à son retour.

 

Ainsi le débat se termina en ce qui concernait les oiseaux. Par contre, le sujet concernant Samaa et ses problèmes n’avait pas encore commencé. Badreya souhaita même qu’il fut remis le plus longtemps possible. Mais le temps arriva le soir même. Le temps arriva alors que Samaa était stable, calme et forte.

Samaa dit : Le temps est venu pour que nous en parlions.

Elle dit cela en ouvrant la valise où se trouvaient ses vêtements et en y sortant un sac en tissu.

Ensuite, elle s’installa sur le canapé face à Badreya et elle commença à faire sortir le contenu du sac. Des morceaux de tissus blancs et d’autres choses.

Elle étendit les objets sur la petite table qui les séparait. Elle ne dit pas que c’étaient les vêtements qui enroulaient le corps lorsque Abou-Hamed la trouva parmi les épines là-bas à Bab Al-Tam entre Samkh et Tabreya … Ce sont mes vêtements quand j’étais encore nourrisson …

Puis, elle sortit un petit sac brodé sur les deux côtés avec des couleurs vivantes et des dessins différents …

Et elle dit :

Ce sac était à mes côtés avec des choses à l’intérieur.

Elle sortit le contenu du sac et les posa sur la table : un talisman, une bouteille de Khôl sous forme de pigeon un petit jeu en laine fait à la main.

Alors qu’elle montrait ces choses, ses lèvres tremblèrent et ses traits furent sur le point de déclencher un orage de larmes, mais elle se retint et fit l’effort de rester solide.

Mais peut-être avait-elle oublié quelque chose d’autre, car elle revint vers sa valise et lorsqu’elle le trouva, le sortit et le posa devant Badreya. Elle dit :

Ce châle est la couverture que posait ma mère autour de sa tête. Il est brodé de partout. C’est de la soie.

Badreya était complètement obnubilée et quelque chose en son for intérieur tremblait. Elle était surprise par cette manière qu’avait Samaa de se retenir et de parler calmement de ses objets. Comme si les choses ne la concernaient pas à elle, mais qu’elles concernaient quelqu’un d’autre.

Qu’en penses-tu ?

La jeune fille dit cela en regardant le visage de Badreya.

La femme ne répondit pas. Elle était encore dans un état de choc.

Samaa comprit que Badreya n’arrivait pas à parler. Elle commença alors à rassembler ses choses et à les remettre dans le sac et ensuite dans la valise. Après avoir fermé la valise, elle partit à la cuisine et revint avec un verre d’eau qu’elle présenta à Badreya.

Badreya prit le verre et but. Elle avait vraiment besoin d’eau …

Samaa dit : je veux rechercher ma mère. Peux-tu m’aider ?

Leurs yeux se rencontrèrent un instant puis Badreya sanglota. Ses larmes emprisonnées éclatèrent subitement …

Samaa la laissa pleurer. Peut-être que les larmes pourront-ils laver un peu de sa tristesse ?

Traduction de Soheir Fahmi

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Yéhia Yakhlof

Est un écrivain né en 1944, à Samkh, près de Tabarriades en Palestine. Il a été obligé de quitter sa terre natale en 1948 pour se réfugier au Liban, où il a poursuivi ses études jusqu’à obtenir une licence de lettres de l’Université arabe de Beyrouth en 1969. Militant de la cause palestinienne, Yakhlof était attaché à sa révolution. Il était secrétaire général de l’union des Journalistes et des Ecrivains palestiniens, comme il a été le responsable du bureau culturel et des médias au sein de l’Organisation de libération de la Palestine. Parmi ses romans les plus connus figurent L’hymne de la vie en 1985 et Une rivière qui se baigne dans un lac en 1996.

 




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