Al-Ahram Hebdo, Afrique | Réconcilier dans la méfiance

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Labib Al-Sebai
 
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 Semaine du 17 au 23 août 2011, numéro 884

 

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Afrique

Côte D’Ivoire . Le président ivoirien a répété sa volonté de tendre la main aux partisans de Laurent Gbagbo. Les doutes du clan adverse demeurent, alimentés par un nouveau rapport de l’Onuci dénonçant les récentes exactions des milices pro-Ouattara.

Réconcilier dans la méfiance

Dans un discours à la nation, le président ivoirien Alassane Ouattara a réitéré sa volonté de « tendre la main » au clan des pro-Gbagbo et appelé ceux qui s’étaient exilés au Ghana voisin à rentrer au pays. « Leur place est parmi nous », a-t-il assuré, plaidant pour une « Côte d’Ivoire réconciliée et rassemblée ». Toutefois, le porte-parole de la coordination FPI (Front Populaire Ivoirien, parti de M. Gbagbo) Adou Assoa, lui-même en exil au Ghana, a exprimé dans un communiqué ses doutes sur cette offre de retour. Tout en saluant ce geste, Adou Assoa a jugé que les actes de M. Ouattara ne sont pas de nature à rassurer sur sa bonne foi. « En même temps qu’il nous invite à rentrer en Côte d’Ivoire, il fait inculper formellement les camarades injustement emprisonnés à travers le pays et des mandats d’arrêt internationaux continuent d’être lancés à l’encontre des pro-Gbagbo », a-t-il dénoncé.

Le clan pro-Gbagbo, par l’intermédiaire de son porte-parole, a posé, comme garantie au retour, plusieurs préalables. Parmi les revendications, qu’ils jugent minimales, figure en premier lieu la libération de tous les camarades injustement incarcérés, à commencer par Laurent Gbagbo et son épouse Simone. Ils exigent également l’arrêt des poursuites contre leur camp et le retour de la sécurité en Côte d’Ivoire. Assoa, ancien ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement Gbagbo, insiste également sur le dégel des avoirs illégalement bloqués des personnalités de son bord et la libération de tous les domiciles occupés par des militaires. Laurent Gbagbo a été arrêté le 11 avril par les forces pro-Ouattara, appuyées par la France et l’Onu, après quatre mois de crise, dont deux semaines de guerre civile. L’ancien président au pouvoir refusait en effet de reconnaître sa défaite à la présidentielle de novembre 2010, provoquant une crise entre les camps des deux candidats, qui a fait au moins 3 000 morts.

Depuis l’accession au pouvoir de Ouattara, cinquante-huit militaires fidèles à l’ex-chef Gbagbo ont été inculpés pour des crimes commis durant cette crise post-électorale.  « Sur les 58 militaires pro-Gbagbo inculpés, 40 ont été placés en détention préventive », a déclaré le commissaire du gouvernement (procureur militaire), Ange Kessi. Parmi la vingtaine d’officiers détenus, figure le général Brunot Dogbo Bli, ex-commandant de la redoutée Garde républicaine. Les chefs d’accusation retenus contre les inculpés sont les suivants : arrestation illégale, séquestration suivie de meurtre, recel de cadavre, viol, vol, violation de consignes, détention arbitraire, détournement de fonds aux fins d’achat d’armes et de recrutement de mercenaires, formation et entretien de miliciens. Ces inculpations s’ajoutent à celles prononcées ces derniers jours contre des civils, portant à 37 le nombre de personnalités politiques poursuivies dans les rangs du régime Gbagbo, dont une bonne partie de l’ex-gouvernement. Elles sont accusées notamment d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Le camp Gbagbo et des ONG internationales ont plusieurs fois dénoncé ou redouté une justice vengeresse du camp vainqueur du nouveau président, qui a pourtant promis la fin de l’impunité. Selon ces ONG et l’Onu, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ont été commis par les deux camps durant la crise, mais aucune personnalité pro-Ouattara, ni aucun combattant de son bord, n’ont été inquiétés. Malgré les promesses réitérées de Ouattara de punir tous les coupables des deux camps.

En particulier, la mission de l’Onu en Côte d’Ivoire (Onuci) s’est dite, dans un rapport publié la semaine dernière, préoccupée par les conditions de détention de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo et son épouse Simone Gbagbo. Le rapport a en outre dénoncé « 26 cas d’exécutions extrajudiciaires commises entre le 11 juillet et le 10 août », soit après l’accession au pouvoir du président Ouattara. Les victimes sont suspectées d’être proches de l’ex-président Laurent Gbagbo. Enfin, le rapport dénombre 85 cas d’arrestations arbitraires et 11 cas de viols et de mutilations génitales, suspectés d’être commis par le clan Ouattara. Commentant ce rapport de l’Onuci, l’actuel ministre des Droits de l’homme et des Libertés publiques, Gnénéma Coulibaly, a déclaré que « les propos utilisés dans ce rapport (étaient) tendancieux ». Se refusant à toute accusation, il a rappelé l’engagement du président Alassane Ouattara en faveur d’« une justice impartiale ». Revenant sur les conditions de détention de l’ex-président Laurent Gbagbo, Coulibaly a tenu à rassurer sur la bonne santé de l’ex-chef d’Etat ivoirien.

Par ailleurs, à de nombreuses reprises, M. Ouattara a affirmé que la restructuration de l’armée et l’amélioration de la sécurité étaient ses premiers défis. Après avoir nommé en juillet de nouveaux chefs de l’armée, il a signé cette semaine une vague de promotions et nominations, au sein de l’armée. Mais le président Ouattara a réengagé dans la nouvelle armée des figures majeures et controversées de l’ex-rébellion qui l’a soutenu, un geste inquiétant pour la communauté internationale. Selon les analystes, il s’agit d’un pas de travers dans la délicate réunification des anciens belligérants après la sanglante crise post-électorale. Les Forces républicaines (FRCI) avaient été créées mi-mars par M. Ouattara pour réunir théoriquement les ex-belligérants de 2002, Forces de Défense et de Sécurité (FDS) de Laurent Gbagbo et l’ancienne rébellion. Dans les faits, les ex-rebelles ont formé l’essentiel des FRCI jusqu’à la chute de M. Gbagbo. Et si de nombreux ex-FDS ont fini par reprendre le travail, d’autres sont introuvables, ou ont préféré fuir au Ghana voisin. Pour être effective, la réunification doit enfin passer par l’intégration de milliers d’ex-partisans de Gbagbo dans l’armée. Plusieurs fois prolongé, l’indispensable recensement de ces hommes n’est toujours pas terminé.

Maha Salem

 




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