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 Semaine du 18 au 24 mai 2011, numéro 871

 

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Arts

Festival de Cannes . Trois réalisatrices ont ouvert la course à la Palme d’or lors de la première semaine du festival. Coup de projecteur sur des films durs, crus, bien étudiés, mais loin d’être féminins.

Trois femmes en lice

La 64e édition du Festival de Cannes traîne déjà son lot de nouveautés et de surprises. Parmi ses spécificités, trois femmes qui concourent pour la Palme d’or. Une première ! Jusqu’ici, seule la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion avait réussi à remporter la récompense ultime du Festival : c’était en 1993 pour La Leçon de piano. Aujourd’hui, c’est l’une de ses disciples qui aspire, parmi trois autres réalisatrices, au prix tant convoité.

S’il y avait encore quelqu’un pour croire que l’univers féminin est doux et paradisiaque, les trois projections ayant ouvert la compétition auront sans doute réussi à le convaincre du contraire. Chez la Britannique Lynne Ramsay, comme chez l’Australienne Julia Leigh (qui signe son premier film) ou la Française Maïwenn, la vie est loin d’être rose. Elle n’est pas non plus une partie de plaisir : la jeunesse n’est pas une preuve d’innocence et être parent s’avère une responsabilité cauchemardesque.

Julia Leigh, et son film Sleeping Beauty (la belle endormie), est une révélation. Renforcée par Jane Campion, cette jeune réalisatrice suit dans son premier long métrage le récit maladif et tordu d’une jeune Lolita, qui intègre un mystérieux réseau offrant à de vieux hommes argentés la compagnie de beautés endormies. Leigh essaie tout au long du film de nous torturer en douceur avec la beauté violée de son héroïne, Lucy, interprétée par l’admirable Emily Browning.

Avec des scènes placides et longues et une mise en scène redoutable, Julia Leigh nous fait pénétrer dans l’univers de la belle endormie. Le film a rapidement fait parler de lui chez les festivaliers alors qu’il s’avère aigu dans sa façon elliptique et suave d’évoquer la jeunesse, l’érotisme et la mort. D’ailleurs, Jane Campion ne tarit pas d’éloges sur cette œuvre, qu’elle juge « intrépide et complexe ».

Cauchemar familial

La deuxième leçon féminine est signée Lynne Ramsay, à travers We Need to Talk About Kevin (on a besoin de parler de Kevin), adapté d’un roman de l’Américaine Lionel Shriver. Il s’agit d’une exploration à la fois terrible et sensorielle de la cellule familiale qui raconte la relation distante entre une mère et son fils, responsable d’un massacre dans son lycée. Une relation faite d’incompréhensions, de violence sourde et de culpabilité, dont la puissance destructrice donne un point de vue singulier au film. Entièrement focalisé sur cette mère détruite, le résultat colle au plus près de ce personnage subissant à la fois la punition d’une société qui la rend responsable des actes de son fils et sa propre incompréhension face à cet enfant violent et vicieux, défiant constamment la légitimité de son amour maternel. Une œuvre remuante qui dévoile un autre point de vue féminin sur la famille moderne.

Enfin, vient le film français Polisse, réalisé et interprété par Maïwenn qui immerge le spectateur dans le quotidien de quelques agents de la brigade de protection des mineurs. La cruauté, même innée et symbolique, est toujours au rendez-vous. Maltraitance, pédophilie, affaires de mœurs …, tous les thèmes de l’enfance malheureuse sont traités. Partagée entre la vie privée et professionnelle de ses protagonistes, cette chronique ultraréaliste, parfois proche du documentaire, frappe par sa justesse, sa vitalité et son émotion brute. Un film bouleversant qui porte un regard à la fois choquant et navré sur les violences et les tragédies vécues par ceux qui ne sont pas encore des adultes. Il n’est pas vraiment étonnant de voir Maïwenn encensée de la sorte et donnée gagnante dans la course à la Palme d’or. Ses deux premières œuvres, Pardonnez-moi et Le Bal des actrices, avaient dévoilé un énorme potentiel chez l’actrice-réalisatrice, mariée à l’âge de 16 ans à Luc Besson.

Toujours pris à contre-pied mais face à un réel exacerbé, le spectateur ne sait pas où il va, souvent balancé entre rires et larmes, émotion et surprise, distance et immersion. Bref, trois exemples d’un cinéma garni d’audace, brisant les clichés collant à la douceur féminine.

Yasser Moheb

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