Al-Ahram Hebdo, Opinion | Karima Kamal, Y a-t-il deux peuples en Egypte ?

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 Semaine du 20 au 26 avril 2011, numéro 867

 

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Opinion

Y a-t-il deux peuples en Egypte ?
Karima Kamal

Y a-t-il deux peuples en Egypte ? Un peuple qui manifeste sur la place Tahrir et sur d’autres places d’Egypte avec ses femmes, ses hommes, ses coptes ou musulmans. Et l’autre qui, après que la révolution eut commencé à porter ses fruits, essaye d’imposer, parfois par la force, un agenda qui lui est propre. La révolution a réuni tout le monde sur une même scène sous les slogans brandis par les jeunes dès la première minute, ceux qui réclamaient la dignité, la liberté et la justice sociale. L’objectif était clair dès le début. La révolution était en quête d’un Etat attribuant les mêmes droits à tous les citoyens. La révolution a réussi certes, mais au lieu de chercher à instaurer cet Etat, nous avons été surpris de voir des tentatives émanant de certains courants pour renverser ces objectifs. Subitement, la sédition confessionnelle a resurgi alors qu’elle s’était éclipsée tout au long de la révolution, à tel point que nous avons compris qu’elle avait atteint un point de non-retour. Nous nous sommes réveillés sur les événements d’Atfih qui nous ont choqués et les salafistes ont commencé à pointer, refusant tout sauf leur propre doctrine, non seulement les coptes, mais également les musulmans n’appartenant pas à leur tendance. Et comme d’habitude, les femmes ont été leur victime.

Ils se sont mis à détruire les mausolées qui sont, selon eux, contraires aux préceptes des pieux prédécesseurs de l’islam tels qu’ils l’affirment. La guerre a été déclenchée contre les adeptes des méthodes soufies qui sont de loin les plus nombreux estimés, selon certains, à environ 15 millions de personnes. Leurs attaques ont été destructives, démolissant l’église de Sol à Atfih ainsi que les mausolées. Alors que dans leur attaque contre les femmes, ils ont non seulement tenté de détruire leur liberté et de supprimer leurs acquis, mais ont aussi carrément voulu les supprimer. Il suffit dans ce contexte de se rappeler la scène du 8 mars, Journée mondiale de la femme, au cours de laquelle les activistes féministes ont exigé la présence des femmes dans les événements post-révolutionnaires. Les comités formés pour amender la Constitution ne comportaient, en effet, aucune femme. La représentation féminine a été également symbolique du dialogue national, tenu il y a quelques semaines. En réaction à la sortie de ces activistes sur la place Tahrir, un nombre de salafistes et de baltaguis (hommes de main) les ont encerclées et celles qui ont résisté se sont attirées des ennuis pour la bonne et simple raison qu’elles ne portaient pas l’habit islamique. Après cette scène odieuse, les salafistes ont bloqué la voie à certaines femmes qui se dirigeaient vers leur travail. Ils les ont obligées à rentrer chez elles car, selon eux, la femme ne doit pas travailler et sa seule place est à la maison. Plus tard, ils ont menacé de frapper et de défigurer toute femme qui sortirait sans hidjab. Tout comme les salafistes qui ont fait corps avec les baltaguis contre les femmes de la place Tahrir, lors la Journée mondiale de la femme, des non-salafistes opposés aux droits de la femme et à ses récents acquis se sont également solidarisés avec cette attaque. A leur sens, il faut revenir sur ces acquis, comme la loi du kholë qui accorde à la femme le droit de divorcer de son mari, ainsi que la loi accordant aux enfants de la femme égyptienne d’un mari étranger la nationalité égyptienne. Et enfin, la loi sur le quota de la femme à l’Assemblée du peuple qui lui octroie le droit de participer à la prise de décision politique. Certains ont intenté un procès contre l’ex-ministre Mouchira Khattab, l’accusant de vouloir effriter la famille égyptienne en soutenant les droits de la femme. Certains tentent d’attribuer tous ces efforts à l’épouse de l’ex-président, ce qui est faux. Car, en réalité, ces acquis sont également le fruit d’un travail civil laborieux et celui d’activistes féministes pendant de longues décennies. Il est possible que Suzanne Moubarak ait été l’étincelle de ce progrès, mais son rôle s’arrête là. Le réel effort revient à la femme égyptienne représentée par les ONG et les autres organisations.

Cette attaque vise à faire revenir l’Egypte en arrière, à l’heure où ceux qui ont déclenché la révolution ont voulu lui donner une impulsion pour aller de l’avant. Dans ce contexte, une question s’impose : le peuple qui a mené la révolution a-t-il le droit de fonder le nouvel Etat ? Ou bien ce droit revient-il à ceux qui ont détourné la révolution, ceux-là mêmes qui se sont abstenus d’y participer sous prétexte qu’ils ne voulaient pas faire dissension au régime ? Nous ne voulons pas être les perdantes après les acquis politiques de la révolution. La révolution a été menée pour le bien-être de toute l’Egypte, politiquement parlant, pour les musulmans et les chrétiens, la femme et l’homme. La révolution a mis en avant ce qu’il y avait de plus beau en Egypte. Mais il existe encore beaucoup de trouble-fêtes.

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