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 Semaine du 20 au 26 avril 2011, numéro 867

 

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Arts

Initiative . Le Théâtre du Gorn est un projet culturel quasi-révolutionnaire, conçu et mis en œuvre par le metteur en scène Ahmed Ismaïl. Ses acteurs : des enfants de douze ans invités à mettre de côté les enseignements rigoureux du système scolaire. Reportage.

Hors-texte

Ahmed ismaïl, à la fin des années 1970, travaillait dans son village natal — Choubra Bakkhoum — avec ses voisins, ses étudiants, ses élèves, des petits commerçants, des instituteurs … Ils s’exerçaient ensemble à ce qui, à cette époque, était en vogue dans le monde entier : la création collective à la manière d’Ariane Mnouchkine. Il s’agit d’écrire et de mettre en scène en groupe un texte théâtral. Cette façon s’appelle l’écriture scénique. C’est l’époque de l’abolition du dramaturge et du metteur en scène, l’essor et la floraison de la démocratisation du genre théâtral.

La « troupe » d’Ahmed Ismaïl est constituée de jeunes, de vieux, d’hommes et de femmes de tous genres. A la campagne, d’ailleurs, on ne connaît pas la ségrégation : tout le monde travaille aux champs, main dans la main. Une série de saynètes, des sketchs, mettent à nu la corruption (déjà ! depuis si longtemps) répandue dans le village dont les protagonistes seront le maire, les notables, les fonctionnaires ou des coopératives agricoles. Les sujets portent sur les élections, l’injustice — notamment dans le partage des engrais et des semences — ainsi que sur la distribution de l’eau d’irrigation.

Ahmed Ismaïl connaît son milieu paysan et les articulations de cette société rurale. Quand il choisit d’appeler son projet Théâtre du Gorn, ce n’est pas par maniérisme ou pour donner une couleur locale exotique à son travail. Non. Il sait ce que représente le gorn aux yeux des habitants d’un village égyptien. Le gorn est le lieu ou l’on bat les grains. Mais c’est aussi plus que ça : c’est un terrain de rencontre et un espace de jeu quand la moisson est terminée. Le gorn désigne aussi, symboliquement, le lieu d’abondance par excellence : il représente le blé, la farine, le pain qui nourrira les familles pendant l’année.

Dans le projet d’Ahmed Ismaïl, il s’agit de donner à cette plate-forme, qu’est le gorn, une dimension culturelle et artistique basée sur le bagage des traditions de la région. Il faut travailler avec ce que l’on sait déjà. Ainsi, il met en corrélation le ministère de l’Education et l’Organisme de la culture populaire avec, pour cible, les élèves des écoles mixtes du cycle élémentaire, mais seulement celles qui se trouvent dans les villages (il y en a mille). Au Caire et dans les villes de province, il n’existe pas d’écoles mixtes à ce niveau. Il a choisi cette tranche d’âge car il estime qu’entre douze et quatorze ans, un adolescent est capable de mieux assimiler les propositions du projet : combattre le par cœur institué par les canons pédagogiques traditionnels qui ne font que perpétuer des valeurs figées et surannées. Il veut mettre en place une méthode qui vise à promouvoir l’analyse et la synthèse ; ainsi, l’élève pourra s’exprimer plus librement, de manière totalement subjective.

C’est dans le cadre des activités para-scolaires que va s’épanouir cet anticonformisme. Chaque élève devra choisir son domaine de prédilection : théâtre, arts plastiques, écriture romanesque et littéraire, chansons ou jeux populaires, poésie ou contes. Un « expert professionnel » dans chacune de ces spécialisations animera un stage auquel participeront l’instituteur et l’animateur en charge des divers ateliers. L’idée de base est d’offrir des techniques artistiques qui aideront l’élève à découvrir une multitude de moyens d’expression : libre à lui de choisir parmi cet éventail ce qui correspond le mieux à ses envies. La diversité des médiums proposés ne peut que faire rayonner une ouverture d’esprit que le système éducatif ne permet malheureusement pas, cantonné dans des vérités uniques et absolues.

Cette semaine, à l’école d’Abou-Diab Gharb à Qéna, en Haute-Egypte, a été représenté le fruit d’un an de travail et de partage entre les élèves, les animateurs et les instituteurs. Pour l’atelier poésie, les élèves ont lu différents poèmes, tant au niveau de la rythmique que des sujets empruntés. Ils ont pu découvrir toute une gamme d’écriture poétique, source d’inspiration pour les textes qu’ils ont « déclamés » à l’assistance. Les ateliers de jeux, contes et chansons populaires avaient comme responsabilité de chercher dans leur entourage les éléments en voie de disparition pour constituer une petite archive où chacun pourrait se documenter.

Les arts plastiques, eux aussi, ont déterré des machines hydrauliques, des outils et des instruments pour travailler la terre que la mécanisation généralisée a supprimés ; tel un chadouf réalisé en terre et dont le seau mobile fonctionne à l’aide d’une manivelle. Un tableau, à la manière des mosaïques de galets, a été créé en utilisant des noyaux de dattes. Rappelons que le projet encourage le recours à tout ce qui fait partie de l’environnement local. Le théâtre, comme les autres ateliers, présente une problématique spécifique à tous les villages du sud, à savoir la suprématie masculine dont les femmes souffrent continuellement.

Le projet de l’artiste Ahmed Ismaïl est un projet de taille : démesuré quand on sait comment se déroule la bureaucratie et comment l’étroitesse d’esprit des fonctionnaires de la culture et des acteurs de l’enseignement sont des obstacles majeurs à la réalisation de toute initiative « hors-texte ». C’est grâce à son courage, à son endurance et à sa profonde conviction, ainsi qu’à la volonté sans faille de toute l’équipe d’Abou-Diab Gharb (avec des personnes comme Saad Farouk, Abdou Gharib El-Sayyed, Oussama Abdel-Raouf et Hassan El-Kholi, pour ne citer qu’eux) que ce projet vital peut continuer et rendre heureux des élèves d’un petit bled inconnu.

Menha el Batraoui

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