Al-Ahram Hebdo, Opinion | Hassan Abou-Taleb, L’Egypte et le multipartisme

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 Semaine du 29 septembre au 5 octobre 2010, numéro 838

 

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Opinion

L’Egypte et le multipartisme
Hassan Abou-Taleb

Il est évident que l’existence de partis forts sur n’importe quelle scène politique est une chose indispensable. Les observateurs en Egypte, qu’ils soient indépendants ou partisans, sont d’accord sur ce fait. Le multipartisme existe en Egypte depuis 1976, cependant, tout le monde est d’accord sur le fait que, mis à part le Parti national démocrate, aucun autre parti ne possède d’influence sur la scène politique. C’est vrai qu’il y a 23 partis légitimes dont les programmes comprennent beaucoup d’idées intéressantes. Cependant, l’activité de la plupart de ces partis ne relève que d’une poignée de personnes. Aujourd’hui, les partis politiques agonisent, à l’exception peut-être d’une petite minorité d’entre eux.

L’efficacité d’un parti politique c’est sa capacité à propager ses idées dans la société, à renouveler ses programmes et à changer sa direction à travers des élections démocratiques internes ainsi que la volonté de parvenir au pouvoir grâce à des mécanismes légaux et constitutionnels et des urnes transparentes et intègres. Autrement dit, l’efficacité d’un parti c’est sa capacité à remporter les élections, à former un gouvernement et à appliquer les programmes qui lui ont permis d’obtenir le soutien du public.

Si nous examinons de près la situation des partis égyptiens, nous trouvons qu’aucun d’eux ne remplit ces conditions. Aucun n’a l’ambition de parvenir un jour au pouvoir par l’intermédiaire des élections législatives. Leur espoir le plus grand est d’obtenir un nombre limité de sièges au Parlement, pour prouver leur existence sur la scène politique et assurer leur légitimité. La présence au Parlement permet à ces partis de participer à la promulgation des lois et de prendre part au contrôle de l’action du gouvernement. C’est une contribution importante, mais elle ne peut pas remplacer l’objectif essentiel de n’importe quel parti politique qui est d’entrer en concurrence avec le pouvoir.

Les ambitions politiques des partis politiques sont limitées, et c’est là que réside le problème essentiel qui revient en partie aux partis eux-mêmes, et en partie à l’environnement politique et législatif. Malgré les différends qui existent entre les partis, nous remarquons qu’ils sont d’accord sur le fait que leur faiblesse et leur manque de popularité sont la responsabilité du régime qui, il y a 3 décennies, a autorisé le multipartisme tout en posant des conditions sévères à la création des partis politiques. Une des plus importantes réclamations formulées par l’opposition est que les partis politiques soient formés sur simple préavis et non pas à travers le Comité des partis. L’opposition considère que ce comité est soumis à la volonté du parti au pouvoir. Et celui-ci n’autorise que les partis faibles incapables de jouer un rôle sur la scène politique.

D’un autre côté, les partis actuels se plaignent de l’ingérence extérieure dans leurs affaires, ce qui mène à des dissidences dans leurs rangs et pousse les partis à l’effondrement ou à la perte de toute crédibilité. Ici, l’insinuation d’ingérence va jusqu’à accuser le gouvernement, le parti au pouvoir et les appareils de sécurité de vouloir détruire les partis d’opposition en particulier, ceux qui sont capables de concurrencer le pouvoir.

Or, il faut savoir que loin de ces accusations, la plupart des dissidences internes ont été causées par des conflits sur la direction des partis. Et il est courant que ces rivalités opposent les membres de l’ancienne garde à la nouvelle génération. On a vu de telles rivalités dans des partis comme Al-Ahrar (les libéraux), le parti du Travail, celui de la Justice sociale, Misr Al-Fatah et Al-Ghad. Le néo-Wafd a connu une série de conflits internes en 2006 pour des raisons se rapportant à la direction du parti et non pas à cause d’ingérences extérieures. De telles situations peuvent mener au gel des activités du parti. Et en fin de compte, le public s’en éloigne.

Certains avis critiquent le fait que le régime en Egypte n’assimile pas toutes les forces qui ont une influence politique importante. Le régime est accusé aussi de ne pas assimiler les nouveaux mouvements qui sont nés grâce à l’effervescence politique qui sévit sur la scène et à la marge grandissante de liberté d’expression. Il y a des éléments qui sont loin de la scène légitime comme les Frères musulmans, le mouvement Kéfaya, le mouvement de soutien de la candidature du Dr Mohamad ElBaradei à la présidence de la République, le mouvement égyptien pour le changement et le mouvement des jeunes du 6 Avril. Or, selon certains, l’éloignement de ces forces est voulu par le pouvoir, surtout celles qui ne respectent pas les principes constitutionnels et la légitimité. Par exemple, la loi interdit de former un parti politique sur la base d’une classification professionnelle, religieuse ou géographique ou un parti qui est en relation avec des organisations étrangères ou régionales.

Ces problèmes limitent l’efficacité des partis politiques légitimes et sont en partie responsables de leur échec aux élections parlementaires. Les partis ont d’ailleurs beaucoup de plaintes, en particulier en ce qui concerne la fraude électorale, la violence et la corruption, l’ingérence des appareils de l’Etat, l’absence de surveillance judiciaire, et par conséquent, l’absence de l’égalité des chances.

D’un autre côté, les élections législatives sont actuellement effectuées selon le scrutin individuel, ce qui permet aux candidats indépendants d’obtenir le plus grand nombre de sièges au détriment des partis. Bien que ce soient les partis eux-mêmes qui appellent à l’application du scrutin par liste, il semble qu’ils ne soient pas trop sûrs d’eux-mêmes. En effet, le scrutin individuel permet aux dirigeants de petits partis d’arriver au Parlement grâce à leurs relations personnelles et leur popularité dans leurs circonscriptions.

Aujourd’hui, tous les partis réclament, avant tout, des garanties pour l’intégrité et la transparence des prochaines élections législatives. Ils exigent également l’arrêt de toute ingérence dans le déroulement des élections par les appareils administratifs et sécuritaires. Or, si ces réclamations sont satisfaites, les partis, dans la situation actuelle, auront-ils une chance réelle d’entrer au prochain Parlement ? De nombreux observateurs demeurent sceptiques, car malheureusement, la faiblesse des partis est beaucoup plus grave que l’absence de garanties.

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