Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy,  Les livres égyptiens et les réalités faussées

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 Semaine du 29 septembre au 5 octobre 2010, numéro 838

 

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Opinion

Les livres égyptiens et les réalités faussées
Mohamed Salmawy

Il semble à première vue que la décision interdisant la participation d’ouvrages de certains écrivains égyptiens au Salon du livre du Koweït et une première décision de ne pas adresser d’invitation aux éditeurs arabes au Salon international du livre d’Alger (Sila) sont deux initiatives manifestant une hostilité envers la culture égyptienne de la part de deux pays arabes frères.

En passant en revue la liste rendue publique des ouvrages interdits au Salon du livre du Koweït, nous remarquons qu’elle ne comporte que les noms d’écrivains égyptiens, depuis Mohamad Hassanein Heykal, Abdel-Wahab Al-Messeiri et Galal Amin, en passant par Gamal Al-Ghitany, Ibrahim Aslan et Ibrahim Abdel-Méguid. Dans ce même esprit était intervenue la décision du Salon international du livre d’Alger, qui a interdit la participation aux seuls éditeurs égyptiens.

C’était une occasion exceptionnelle pour certains qui s’étaient évertués à attiser ce chauvinisme tribal qui s’est emparé du monde arabe ces dernières années. A tel point que nous avons presque oublié notre conflit essentiel qui nous oppose à notre ennemi commun pour rentrer dans les méandres de nos petits soucis et nos conflits intestinaux qui nous opposent les uns aux autres. Nous leur avons porté un intérêt excessif pour faire d’eux notre ultime souci, au lieu de converger nos efforts pour faire face à Israël qui vise tout ce qui est arabe dans les forums mondiaux. Au lieu d’œuvrer en commun pour le progrès, la promotion et la réalisation de la liberté et de la démocratie, nos horizons sont devenus bouchés et nous avons été atteints d’une étroitesse de vue qui ne consacre un espace qu’à nos conflits internes panarabes et ceux opposants musulmans et chrétiens ou opposant sunnites et chiites.

Se laisser entraîner dans ces conflits est le véritable danger que la nation arabe est en train de courir pour l’heure. Et c’est un danger qui va bien au-delà de l’interdiction aux éditeurs de participer à un salon du livre ou bien l’interdiction d’accès à certains ouvrages signés par les écrivains arabes aux lecteurs, que ce soit un livre égyptien, syrien ou marocain, et que le lecteur soit koweïtien, algérien ou soudanais. L’Union des écrivains a publié un communiqué clair et net à ce propos déterminant sa position vis-à-vis de cette initiative qui va à l’encontre des données de l’époque qui nous permettent d’avoir accès à tous les livres à travers Internet. Une mesure qui rompt tout contact affectif entre les fils d’une même nation dans les différents pays arabes. Outre le fait qu’elle constitue une violation franche à la liberté d’expression et à la liberté de publication et de circulation longuement défendue par l’Union des écrivains.

Tout cela est une chose et le fait d’attiser ce chauvinisme afin d’engendrer un nouveau conflit opposant l’Egypte et l’Algérie d’une part et l’Egypte et le Koweït d’une autre est une chose tout à fait différente. Au moment où nous nous dressons en toute détermination à la confiscation des livres, nous nous élevons avec la même sévérité contre cette bataille vide de sens opposant des frères arabes les uns aux autres. Une bataille qui nous anéantira en fin de compte, comme il en fut en Andalousie à l’époque des différentes confréries.

Nous avons cherché, nous à l’Union des écrivains, un éclaircissement à la question en ce qui concerne les deux salons, celui d’Alger et celui du Koweït. Nous avons alors su que le Salon d’Alger est une manifestation commerciale à caractère privé et qui n’est pas tenue sous les auspices du ministère de la Culture comme c’est le cas chez nous au Salon du livre qui est parrainé par notre ministère de la Culture. Cela veut dire que la décision du commissaire du salon doit être vue comme une décision individuelle et non pas comme une position officielle exprimant la ligne ou la politique de l’Etat algérien.

Nous avons également constaté que les livres interdits au Salon du Koweït comprennent ceux d’autres pays, qu’ils soient arabes ou étrangers, et que la liste transmise par les médias s’est cantonnée à ceux des auteurs égyptiens uniquement, peut-être est-ce dû à leur renommée ? J’ai d’ailleurs entre les mains les noms des autres auteurs non égyptiens mais je n’ai pas le droit de les publier tant que les autorités compétentes ne l’ont pas fait. Et ce, pour que je ne contribue pas, à mon tour, à créer un nouveau foyer de tension panarabe.

La décision prise par le Salon international du livre d’Alger (Sila), selon un grand responsable algérien, revient aux craintes du commissaire de cette manifestation quant à la répétition d’incidents similaires à ceux ayant entouré les matchs de football Algérie-Egypte pour la qualification au Mondial 2010. D’autant que la tension dans les relations égypto-algériennes ne s’est pas totalement calmée. Pour ce qui est du Koweït, il s’agit de censure à laquelle nous sommes habitués dans le monde arabe et qui ne cible pas les livres égyptiens exclusivement.

Tout ceci ne veut pas dire que nous bénissons ces deux mesures ou que nous les justifions. Au contraire, nous devons dans de tels cas nous y opposer par tous les moyens possibles et nous ne devons pas les laisser passer comme si de rien n’était. C’est ainsi d’ailleurs que je me suis exprimé au journal koweïtien Al-Watan qui a publié mes déclarations en dehors de leur contexte. Nous sommes devant une cause relative à la liberté d’expression, de publication et de la liberté de circulation des livres et nous ne sommes pas devant un conflit égypto-algérien ou égypto-koweïtien. Ceux qui intentionnellement tentent de pêcher en eau trouble sont non seulement en train de contourner la cause de la liberté, ce qui est très dangereux d’ailleurs, mais ce qui l’est encore davantage est cette tentative d’attiser le conflit arabo-arabe.

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