Al-Ahram Hebdo, Opinion | Abdel-Moneim Saïd, Le retour du politique

  Président
Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef exécutif
Hicham Mourad
  Conseiller de la rédaction
  Mohamed Salmawy

Nos Archives

 Semaine du 29 septembre au 5 octobre 2010, numéro 838

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Opinion

Le retour du politique
Abdel-Moneim Saïd

La politique a refait son apparition sur la scène égyptienne. Deux principaux paris dominent le discours sur l’avenir politique de l’Egypte. Selon le premier, le pays serait sur la voie d’un changement radical révolutionnaire. Ce pari est fort répandu sur les chaînes satellites et dans certains journaux qui aspirent à une explosion retentissante. Il a également été adopté par des mouvements politiques qui ont cru que les marches des syndicats, les caméras des télévisions et les appareils photographiques pouvaient leur donner la capacité de changer le cours de l’Histoire.

Il est fort étrange que de prestigieux centres occidentaux d’études politiques, comme l’institution Carnegie, aient cru ces derniers et aient donné de l’ampleur à leurs versions, en tirant des informations sur la réalité politique et économique en Egypte. Etant donné que la presse mondiale est rapide et qu’elle n’a pas le temps d’enter dans les détails, elle a trouvé dans ces histoires ce qui attire l’attention et fournit quelques secondes dans les bulletins d’informations mondiaux.

Le second pari, que j’ai toujours adopté, se base sur le fait que l’Egypte est un pays ancien qui a peut-être vécu de nombreux cycles, mais qui perdure. Les changements s’y accumulent. Ils peuvent connaître un recul d’un moment à un autre, mais ils reprennent rapidement leur voie vers le développement pas à pas.

Selon ce pari, l’Etat égyptien est basé sur des institutions qui, malgré leurs dilemmes et leurs problèmes, sont capables de perdurer. De plus, il possède des coutumes et un respect du contrat qu’il est difficile de surpasser. Par ailleurs, les changements actuels en Egypte rendent les conjonctures bien meilleures que l’on ne le répète, bien qu’elles restent en dessous des aspirations. Durant les cinq dernières années seulement, le taux de développement a atteint 6,4 %. Si ce n’est la crise économique mondiale, il aurait dépassé la barrière des 7 %. Lorsqu’un trillion de L.E. sont investies durant cette période, lorsque les capitaux dans les banques atteignent 800 milliards de L.E., lorsque les réserves atteignent 4 milliards de dollars, lorsque 8 000 compagnies sont fondées en 2008 en contrepartie de 2 750 en 2004, lorsque 4 millions de jeunes fondent des projets ou participent à des investissements privés, parler dune révolution imminente relève alors de l’illusion.

De toute évidence, la voix du premier pari était la plus haute. Mais il s’est petit à petit démantelé du point de vue politique, lorsqu’il s’est avéré que l’Association nationale pour le changement ne diffère pas beaucoup des mouvements qui se sont répandus en Egypte ces dernières années à partir du mouvement de Kéfaya et de tous les autres mouvements qui l’ont précédé, comme la campagne populaire pour le changement, le rassemblement national pour le transfert démocratique, etc. Du point de vue pratique, les partisans de ce pari ont mis tous leurs œufs dans un même panier, pour tester leurs capacités. Ils ont ainsi appelé au boycott des élections législatives et présidentielles si leurs demandes ne sont pas entièrement exaucées. Ces demandes se basent sur le changement des règles du jeu politique alors que le match a déjà commencé. Il est étonnant que ceux-ci n’ont nullement profité du patrimoine du boycott en Egypte qui remonte à avant la Révolution de Juillet 1952 qui était majoritairement négatif. Souvenons-nous des élections législatives de 1990 qui ont été boycottées par les partis du Wafd et du Travail ainsi que par la confrérie des Frères musulmans. Ce boycott a engendré leur isolement politique sur la scène égyptienne pendant cinq longues années qui s’est terminé par les élections de 1995. L’invitation au boycott ne s’est répétée une autre fois que par des groupes politiques avec le Parti du front démocratique, le parti Al-Karama, sous fondation, et celui du front du lendemain, l’aile d’Aymane Nour. Ils appartiennent tous à la marge politique plus qu’à son intérieur.

L’intérieur politique, sur lequel a misé le second pari, a réagi avec la politique d’une autre manière réalisant la continuité historique et les traditions ancrées dans la politique égyptienne qui ne reconnaissent que les procédés légitimes.

Il était donc tout à fait naturel que participent à ces élections les principaux partis d’opposition qui regroupent les partis du néo-Wafd, du Rassemblement, du Parti arabe nassérien alors que le Parti du front démocratique est sorti à la scène de l’isolement froid en entrant dans la marge au lieu d’enter au cœur des institutions légitimes. D’autres partis ont formé ce qu’ils ont appelé la coalition des partis égyptiens pour étudier leur participation aux élections alors que d’autres ont formé ce qu’ils ont appelé le bloc des partis. C’est ainsi que la politique égyptienne revient à son cours normal dès que s’approchent les élections législatives. En effet, les partis officiels de nature institutionnelle et légitime adhèrent au régime politique de manière plus effective. Ceci s’est révélé clairement lors du processus  d’interaction politique autour des garanties de l’intégrité des prochaines élections qui se sont déroulées entre le Parti national démocrate et les partis du néo-Wafd, du Rassemblement, du Front démocratique et le Parti nassérien.

Deux choses importantes sont dernièrement survenues. Premièrement, la défaite de la tendance du boycott, avec elle tout ceux qui ont essayé de pousser le pays à un instant révolutionnaire qu’il n’a jamais voulu. Le corps politique égyptien a prouvé, comme il l’a toujours fait, qu’il refuse la marginalité. Deuxièmement, l’apparition d’une coalition civile réaliste qui corrige certains résultats des élections législatives de 2005, lorsqu’en a découlé un vif état de bipolarisation entre le PND d’une part invitant seul à l’Etat civil, et les Frères musulmans d’autre part qui invitent explicitement dans le seul programme qu’ils ont présenté à un Etat religieux. Cette polarisation était fort inquiétante et fut peut-être à l’origine de l’apparition de la marge politique qui a trompé avec son brouhaha une personnalité aussi forte que le Dr ElBaradei. Celui-ci aurait pu représenter un ajout à l’évolution démocratique égyptienne s’il avait assimilé le contrat égyptien et s’il avait été prêt à participer au développement démocratique à travers les canaux légitimes.

Avec la fin de la bataille du boycott et le retour de la politique égyptienne à ses canaux naturels, la principale mission durant la prochaine étape avant et durant les élections législatives est celle d’œuvrer à organiser des élections intègres. Et ce, afin que la compétition soit autour de la détermination de la voie de l’Etat égyptien durant la prochaine étape qui peut se prolonger jusqu’aux élections présidentielles.

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph- Héba Nasreddine
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.