Al-Ahram Hebdo, Livres | Protestations tous azimuts

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 Semaine du 29 septembre au 5 octobre 2010, numéro 838

 

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Politique . Recenser et relire les mouvements de protestation en Egypte se révèle intéressant à l’heure actuelle. Un ouvrage collectif dirigé par Dina Chéhata dissèque leurs échecs et réussites.

Protestations tous azimuts

Comme le titre le suggère, « Le retour de la politique ... les nouveaux mouvements de protestation en Egypte », le livre est en rapport étroit avec le vécu socio-politique égyptien. Il tente d’analyser et de recenser l’un des phénomènes majeurs ayant marqué la scène égyptienne ces derniers temps : celui des mouvements de protestation qui ont commencé, d’après cette étude, à la fin du siècle révolu, et précisément avec le déclenchement de l’Intifada d’Al-Aqsa de l’automne 2000.

Edité et présenté par la chercheuse Dr Dina Chéhata, l’ouvrage présente un éventail d’études scientifiques complémentaires couvrant tous les aspects de ce phénomène. Le livre, préfacé par l’intellectuel et politologue de renom Al-Sayed Yassine, compile les études élaborées par un groupe de chercheurs et de spécialistes ayant participé à un colloque tenu à Al-Ahram. Chacun des noms ayant pris part au colloque aborde une facette de l’un des mouvements par l’analyse et le recensement. Le lecteur a donc la possibilité d’avoir une vue panoramique des racines et des mécanismes de tous les mouvements politiques ayant secoué la scène égyptienne durant la dernière décennie.

Le premier chapitre est « Une lecture critique et comparée des mouvements politiques en Egypte », élaboré par Sameh Fawzi, vice-président du forum du dialogue auprès de la Bibliotheca Alexandrina. Dans cette étude, le chercheur met en avant un cadre théorique, pour permettre au lecteur de mieux comprendre les mouvements sociaux à caractère revendicateur. Selon lui, ces mouvements sont les plus capables d’apporter le changement, d’autant plus qu’ils ne se heurtent pas à l’Etat. Puis, dans le deuxième chapitre, on fait la connaissance de « La carte des protestations pacifiques en Egypte », esquissée par Dr Emad Siyam, chercheur et expert en pédagogie civile. L’étude est une analyse quantitative d’un échantillon de 1 331 activistes ayant pris acte entre octobre 2005 et fin janvier 2009.

Avec le troisième chapitre commencent les études appliquées qui se poursuivront en chaîne tout au long des chapitres ultérieurs, jusqu’au huitième et dernier. Le chercheur Mohamad Al-Agati, directeur exécutif du forum arabe Al-Badaël pour les recherches, observe trois mouvements qu’il considère comme appartenant à la gauche : AGIG, le Mouvement égyptien altermondialiste, le Mouvement populaire pour le soutien de l’Intifada et le mouvement du 20 Mars.

Dans le 4e chapitre intitulé « Une redéfinition de la politique en Egypte », Dr Manar Al-Chourbagui affirme que, malgré l’échec du mouvement Kéfaya à réaliser ses objectifs politiques, qui sont réduits dans son fameux slogan « Non à la prorogation, non à l’hérédité du pouvoir et non à la loi d’urgence  », il n’en demeure pas moins qu’il a réussi à redéfinir les contours de la politique en Egypte. Dr Rabab Al-Mahdi, quant à elle, a choisi de mettre dans son collimateur les ouvriers de Mahalla, qui constituent à ses yeux une relance des mouvements ouvriers en Egypte. La chercheuse estime que la montée de l’action ouvrière à Mahalla et dans d’autres zones industrielles est essentiellement liée au désengagement de l’Etat vis-à-vis du contrat social qu’il avait conclu avec les ouvriers à travers les opérations de libération économique et de privatisation.

Nouveau type d’interaction

Le sujet des protestations des fonctionnaires des impôts fonciers a été traité par Dr Amr ElShobaki. Le chercheur veut montrer comment cette grève a marqué un tournant décisif dans la conscience du prolétariat en Egypte. Puisqu’elle cristallise les efforts des ouvriers et fonctionnaires de la Révolution de Juillet 1952 à s’organiser de manière indépendante et loin des appareils d’Etat. Ce mouvement peut, pour ainsi dire, constituer les prémices d’un nouveau type d’interaction entre l’Etat et la société civile en Egypte.

Ahmad Tohami Abdel-Hay, chercheur au Centre national des recherches sociales et pénales, a choisi de passer au microscope le mouvement protestataire contre le projet d’Agriom à Damiette et qui a reposé sur une large coalition entre les différents partis politiques, groupes d’intérêts et ONG ayant réussi à mobiliser tous les fils du gouvernorat. Ce mouvement a réussi à faire évoluer un discours influent s’étant focalisé sur les séquelles négatives d’ordre économique et écologique du projet, et a contraint le gouvernement à se plier à ses demandes et à transférer le projet ailleurs.

Finalement, Dina Chéhata passe au crible les mouvements de jeunesse, et précisément celui des jeunes pour le changement, le Mouvement de solidarité et les jeunes du 6 Avril, pour marquer le retour de la jeunesse en tant qu’acteur principal sur le devant de la scène après une période de recul. En établissant une comparaison entre l’actuel mouvement de protestation jeune et ceux qui l’ont précédé à d’autres époques de l’Histoire. Dina Chéhata a remarqué que ce nouveau-né n’est pas à l’image des mouvements stéréotypés et qu’il s’est libéré des cadres partisans et institutionnels existants. Il a pris la forme d’une coalition ayant pour pilier l’action politique directe soutenue par les outils de communications modernes, tels que les blogs et Facebook. « Le retour de la politique ... les nouveaux mouvements de protestation en Egypte » est un livre caractérisé par une clarté de vision et par le recours à une méthode scientifique qui alterne recensement et analyse offrant ainsi au lecteur l’opportunité de capter les caractéristiques communes de ces mouvements. Et cela qu’ils soient des mouvements politiques dont l’intérêt se tourne vers les causes d’ordre public, comme la réforme politique et l’agenda extérieur, ou qu’ils soient des mouvements à caractère revendicatif issus des catégories particulières de la société, centrées sur les salaires ou les primes.

Ainsi, l’ouvrage, avec ses 8 chapitres, parvient à couvrir l’ensemble des mouvements de protestation en Egypte par des études et des recherches spécialisées. Confirmant de ce fait la description d’Al-Sayed Yassine dans la préface, selon laquelle le livre deviendra une référence incontournable pour les chercheurs .

Mohamed Al-Roubi

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Awdet al-siyassa, Al-Harakat al ehtegagiya al-gadida fi Masr (le retour de la politique, les nouveaux mouvements protestataires en Egypte) de Dina Chéhata, éditions du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, 2010. 

 

 




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