Al-Ahram Hebdo, Arts | Café Riche, l’histoire d’une nation
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 Semaine du 29 septembre au 5 octobre 2010, numéro 838

 

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Documentaires . Un endroit peut tout dire sur l’histoire d’un pays et son présent. C’est le cas de Café Riche, l’un des sites privilégiés du centre-ville cairote, filmé par le réalisateur Gamal Qassem.

Café Riche, l’histoire d’une nation

Le « Café Riche », dans la rue Taalat Harb, est un vrai site culturel du centre-ville cairote. Témoin de pas mal d’événements qui ont sillonné l’histoire du pays, le café en était parfois le centre. En fait, l’endroit en dit long sur le rapport Intellectuels et pouvoir. D’où la particularité du fameux Café Riche que le réalisateur Gamal Qassem a tenté de cerner, en relatant son passé et son présent, à travers un film qui porte le même nom, Café Riche. Il nous accompagne dans un voyage passionnant qui abonde de surprises et suscite beaucoup de chagrin.

Depuis le début du film, l’objectif est clair, ce n’est pas le lieu en soi qui importe, mais le fait de constituer un passage vers une histoire plus vaste et plus compliquée. Des images anciennes du Caire se succèdent pour constituer une douce préface de l’Histoire, accompagnées de la musique fortement dramatique de Tamer Karawane, pleurant une époque révolue, alors que la voix du grand historien égyptien Younane Labib Rizq évoque les différents types de cafés et comment ils se sont propagés en Egypte. Ce, par des mots rares et impressionnants, lesquels ont aidé le monteur, Adel Mounir, à pénétrer le monde du café dès les premières heures du matin.

La place où se trouve le café se réveille encore : deux hommes se trouvent déjà au seuil du café. Felfel tourne la clé dans la serrure alors que son collègue l’aide à lever les portes roulantes pour que la lumière remplisse les lieux qui deviennent de plus en plus lumineux sous l’éclairage électrique. Les tables sont rangées d’un seul côté et les chaises sont posées dessus, bien ordonnées. Avec agilité, les mains des hommes rangent les tables et les chaises, prêts à accueillir les visiteurs.

Une entrée facile et attrayante vers une mine de souvenirs qui permettent de voyager dans un passé lointain. Un narrateur, soi-disant le premier propriétaire du café, Michel Politesse, lit une lettre qu’il avait autrefois envoyée au chef de la police du Caire, lui demandant l’autorisation d’accueillir des concerts musicaux. La caméra montre la lettre, puis passe à la réponse du chef de la police annonçant son refus, d’une voix plus ferme et plus agressive. Puis, la caméra passe aux annonces de concerts tenus plus tard dans le café, malgré le refus des autorités.

C’est avec ces premières scènes que Gamal Qassem conclut un accord avec les spectateurs sur la méthode qu’il a choisie pour tourner son film. Toujours, un pas en avant et deux en arrière dans un voyage impressionnant de découverte, celle d’un lieu qui est resté pendant des années témoin des victoires et défaites du pays, de la succession des générations, d’un conflit éternel entre l’intellectuel et le pouvoir. C’est aussi un lieu de rencontre d’où foisonnent tous les arts confondus.

Pendant tout le voyage, Gamal Qassem ne cesse de séduire les spectateurs par de nombreuses surprises : anciennes photos, documents, extraits de longs métrages et de documentaires. Le spectateur a même la chance d’aller à la rencontre de nombreuses personnalités imminentes qui ont marqué la culture égyptienne et arabe lesquelles nous parlent du Café Riche et de son influence, telles Mohamad Auda, Ahmad Toghane, Kamel Zoheiri, Gamil Attiya Ibrahim, Bahaa Taher, Ibrahim Fathi, Gamal Al-Ghitani, Mohamad Al-Bossati, Edouard Al-Kharrat, Helmi Al-Touni, etc.

Le film est aussi l’occasion d’en savoir plus sur Naguib Mahfouz et de voir une séquence de son colloque hebdomadaire qu’il organisait dans le café et auquel assistaient des dizaines d’intellectuels, toutes générations confondues.

Au cours du voyage, le spectateur apprendra beaucoup de nouvelles choses sur les poètes et écrivains Naguib Sorour, Yéhia Al-Taher Abdallah, Amal Donqol, ... et sera même surpris par l’image et la voix d’Ahmad Fouad Negm récitant un poème sarcastique sur le Café Riche « Vive les gens de mon pays ! ».

Malgré la richesse des personnages, les histoires et les photos, le réalisateur ne perd pas son objectif. Il ne se contente pas d’enregistrer l’histoire du café, mais se promène dans les horizons d’une patrie.

Pour compléter la forme qu’il a choisie, Gamal Qassem finira son voyage commencé le matin très tôt, en montrant le critique Ibrahim Mansour (figure de proue du café, disparu il y a quelques années) en quittant le café très tard dans la nuit. La caméra le suit au loin alors qu’il marche dans la rue Taalat Harb se dirigeant vers Tahrir (place de la libération), pour nous laisser nous demander : Qu’étions-nous et que sommes-nous devenus ?

Café Riche, produit par le Centre national du Cinéma en 2003, a été vu par un nombre restreint de téléspectateurs, souvent à travers des projections privées ou à huis clos. De quoi soulever la question : pourquoi y a-t-il une rupture totale entre les salles de cinéma, la télévision et le centre national dont les productions sont rarement données en public ? Pourquoi les documentaires et autres œuvres au cachet historique doivent restés enfermés dans des boîtes de fer sur une étagère ?.

Mohamad Al-Roubi

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