Justice. Une enquête publique sur la mort du gendre de l’ancien président Gamal Abdel-Nasser sera lancée en juillet prochain à Londres.

L’affaire Marwane resurgit

La mort d’Achraf Marwane était-elle criminelle ou bien s’agissait-il d’un suicide ? La question est encore une fois posée suite à la décision de la justice britannique d’ouvrir une enquête publique sur le décès du célèbre homme d’affaires trouvé mort sur le trottoir en bas de son appartement à Londres il y a trois ans. On avait alors avancé la thèse qu’il s’était suicidé en se jetant du balcon. L’enquête commencera le 12 juillet prochain et déterminera s’il s’agit d’un homicide, d’un suicide ou d’un simple accident. « La décision de lancer l’enquête publique a été prise lors d’une réunion en présence du président de la Cour de Westminster, concernée par le procès, de la police ainsi que de l’avocat de la famille de l’homme d’affaires », déclare Joanna Nicole, en charge du dossier à la Cour de Westminster. L’affaire Marwane remonte à 2007, quand il a été retrouvé mort à Londres le 27 juin, tombé du balcon de son appartement situé au cinquième étage dans un quartier huppé du centre de Londres. Les causes de l’accident étaient qualifiées alors « d’inexpliquées » par Scotland Yard. Alors que la cour britannique n’a pas encore tranché sur la forme de cette enquête publique, Joanna Nicole explique de son côté : « Le président de la Cour a reçu les demandes de la famille et de la police et il est en train de se pencher sur la question ».

Selon les spéculations, la Cour fera appel à un jury afin de déterminer s’il y a une suspicion criminelle à la mort de Marwane. En plus, les rapports ont indiqué qu’il existe un grand nombre de témoins dans l’affaire, mais selon Nicole, « le président de la Cour ne s’est pas encore décidé sur la liste des témoins potentiels. Il est en attente des propositions de l’avocat de la famille de Marwane qui a le droit de proposer les noms des témoins dans l’affaire ». Malgré les réticences de la famille sur la question, Ahmad, fils de Marwane, assure que son père a été tué. « Nous sommes sûrs que notre père a été assassiné. Il y a des preuves et des témoins qui ont confirmé la présence d’un certain nombre de personnes dans l’appartement après la chute de mon père. En plus, deux semaines avant sa disparition, il a confié à ma mère qu’il pourrait être tué », affirme Ahmad Marwane. D’après le cousin d’Achraf, Hossam Marwane, il est extrêmement difficile d’identifier le coupable, car selon lui, c’est une affaire qui se rapporte aux services de renseignements en premier lieu avant que ce ne soit une affaire pénale. « Achraf aurait été assassiné par les services de renseignements israéliens, d’après le témoignage du directeur de l’une de ses usines, qui a vu des gens le jeter de son balcon », estime Hossam Marwane. Et d’assurer que la réouverture du procès sous forme d’une enquête publique confirme l’existence de nouvelles données considérées comme intéressantes par la justice britannique.

en 1944 d’un père officier de la garde présidentielle, Achraf Marwane était financier de profession. Il vivait à Londres depuis 25 ans. Quelques années seulement avant sa mort, son nom avait été révélé par les archives israéliennes en tant qu’ancien agent du Mossad (le service de renseignements israélien). Du coup, les médias israéliens ont évoqué son rôle présumé d’agent double qui aurait communiqué des renseignements à Israël à la veille de la guerre d’Octobre 1973 sur les intentions belligérantes de l’Egypte. Selon les services de renseignements égyptiens, il s’agit d’une tactique classique de ternir l’image d’un homme qui a pu leurrer les services secrets et toute la classe politique d’Israël. De son vivant, Marwane s’était défendu en rappelant que Sadate l’avait décoré de l’ordre du mérite pour son rôle joué lors de la guerre d’Octobre, « honneur inconcevable pour un espion », a-t-il dit.

Une question se pose alors ici : cette enquête publique de la justice britannique pourra-t-elle dissiper les doutes qui planent depuis l’accident ? Fouad Allam, ancien vice-directeur des services de sécurité de l’Etat et expert de la sécurité, fait état de ses doutes : « Cette question a été posée par plusieurs services de renseignements et a été examinée par un certain nombre de centres de recherche autour du monde. Je pense que les autorités britanniques ont accepté d’ouvrir l’enquête publique pour se plier à l’opinion et à la pression exercée par la famille. Pour toutes ces considérations, ils ont accepté de réexaminer l’affaire, mais je doute fort que les autorités révèlent la vérité bien cachée ». Il ajoute qu’il y a de nombreux points sombres dans cette affaire, comme la perte de plusieurs objets personnels de Marwane, tels que ses chaussures, ses papiers et la biographie qu’il avait, semble-t-il, rédigée. De même, des empreintes digitales ont été trouvées dans son appartement et les images vidéos prises par la sécurité du bâtiment prouveraient qu’il s’agit d’un homicide. « Si les autorités britanniques ont vraiment l’intention de révéler les preuves cachées, pourquoi ont-elles attendu trois ans pour chercher la vérité ? », conclut Allam.

Ola Hamdi