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 Semaine du 19 au 25 mai 2010, numéro 819

 

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Iran. La médiation turco-brésilienne mènera à un échange en Turquie de combustible nucléaire iranien contre de l’uranium enrichi. Une tentative de dénouer la crise qui risque toutefois de ne pas satisfaire complètement aux exigences occidentales.

Percée potentielle

L’iran, la Turquie et le Brésil ont adopté lundi une proposition commune d’échange sur le territoire turc de combustible nucléaire iranien contre de l’uranium enrichi à 20 %. L’accord, fruit d’une médiation du Brésil et de la Turquie, a été signé par les ministres des Affaires étrangères des trois pays en présence des présidents iranien, Mahmoud Ahmadinejad, et brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, et du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Le projet prévoit notamment l’envoi en Turquie par l’Iran de 1 200 kilos de son uranium faiblement enrichi (3,5 %), pour y être échangé dans le délai maximum d’un an contre 120 kilos de combustible hautement enrichi (20 %) nécessaire au réacteur de recherche nucléaire de Téhéran, a indiqué le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast. La proposition des trois pays sera communiquée dans un délai d’une semaine à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), a ajouté M. Mehmanparast.

Cet accord est fondé sur le projet d’échange de combustible soumis à l’Iran en octobre par l’AIEA, dont la République islamique contestait certains volets. Téhéran exigeait notamment que l’échange ait lieu sur son territoire.

Cette proposition vise à tenter de dénouer la crise provoquée entre l’Iran et les grandes puissances, l’impasse dans laquelle était resté le projet de l’AIEA avait en effet conduit les grandes puissances à discuter de l’adoption d’un quatrième train de sanctions au Conseil de sécurité de l’Onu, l’Iran se refusant à suspendre ses activités d’enrichissement de l’uranium. Dans cette perspective, le Brésil et la Turquie avaient proposé le mois dernier, lors de la conférence de révision du Traité de Non-Prolifération (TNP), de jouer les médiateurs pour relancer le projet d’échange destiné à apaiser les craintes des Occidentaux sur la nature militaire des activités iraniennes.

Aussitôt après l’annonce, le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a indiqué que des sanctions contre l’Iran n’étaient désormais plus nécessaires, alors que son homologue brésilien, Celso Amorim, a estimé que la proposition démontrait que le « temps est toujours à la diplomatie et la négociation », soulignant que l’accord « reconnaissait le droit de l’Iran à utiliser à des fins pacifiques la technologie nucléaire et à l’enrichissement d’uranium ».

Appels au dialogue

Côté iranien, le président Mahmoud Ahmadinejad a appelé à la reprise des négociations avec les grandes puissances. « Il est temps pour les pays 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne) d’entrer avec l’Iran dans des discussions fondées sur l’honnêteté, la justice et le respect mutuel », a-t-il déclaré. Le chef de l’Organisation Iranienne de l’Energie Atomique (OIEA), Ali Akbar Salehi, a estimé pour sa part que la balle était désormais dans le camp des Occidentaux. « L’Iran, en acceptant la proposition turque et brésilienne, a montré sa bonne volonté. Désormais, la balle est dans le camp des Occidentaux et le groupe de Vienne (Etats-Unis, Russie et France) doit donner une réponse adéquate à l’offre de coopération de l’Iran », a-t-il déclaré, cité par l’agence officielle Irna.

Mais pour l’heure, il n’y a eu aucune réaction occidentale. On ignore encore si l’accord entre l’Iran, la Turquie et le Brésil va satisfaire les Occidentaux, avec en tête les Etats-Unis, qui militent fortement en faveur de nouvelles sanctions contre Téhéran. Washington pourrait pointer du doigt ce qui ne lui plaît pas. En effet, en annonçant ce nouvel accord, Téhéran a également dit qu’il allait continuer à enrichir l’uranium à 20 % sur son territoire, selon les déclarations du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, cité par l’agence Irna.

Pour l’heure, la seule réaction, réaction rapide, est venue d’Israël. L’Etat hébreu a vivement critiqué ce qu’il considère comme des « manœuvres » iraniennes. « Les Iraniens ont manipulé la Turquie et le Brésil », a déclaré à l’AFP un haut responsable israélien qui a requis l’anonymat. Et d’ajouter : « Les Iraniens avaient déjà fait le coup dans le passé en faisant mine d’accepter un échange d’uranium pour faire baisser la tension et les risques de sanctions internationales aggravées, puis les Iraniens avaient refusé de passer aux actes ». Avant même cette déclaration du chef de la diplomatie turque, le responsable israélien avait reconnu qu’un tel accord entre les trois pays allait « singulièrement compliquer les choses ». « Il va être beaucoup plus difficile pour les Etats-Unis ou les Européens de rejeter cet arrangement, car nous n’avons plus seulement affaire à l’Iran, une situation plus facile à gérer, mais à des puissances ascendantes, telles que le Brésil et la Turquie, avec qui les relations sont très sensibles », a-t-il dit. Reste à savoir si les Etats-Unis adopteront le point de vue de leur fidèle allié.

Abir Taleb

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