Iraq. C’est l’invasion américaine de l’Iraq qui a sorti Al-Qaëda des limbes du terrorisme international elle se trouvait pour l’incruster dans l’Etat iraqien démembré et déchiré.

Un réseau affaibli mais persistant

« Quiconque ira voter s’exposera à la colère de Dieu et aux armes des moudjahidins », un avertissement qui a été lancé par l’organisation d’Al-Qaëda aux Iraqiens pour les intimider et les dissuader d’aller aux urnes. Un avertissement qui a été suivi des attentats suicide qui ont été revendiqués par cette même organisation. Des attentats qui viennent s’ajouter au nombre illimité d’actes terroristes qui ravagent l’Iraq depuis longtemps et prennent toujours la marque d’Al-Qaëda. La question qui se pose est : Comment cette organisation s’est-elle implantée en Iraq ? Et comment son rôle a évolué de sorte à devenir la branche de l’organisation la plus violente au niveau du monde ?

En fait, la première fois qu’on entend le mot Al-Qaëda en Iraq, il fut prononcé par l’ex-président américain George Bush et son secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld. Cette présence prétendue a été même parmi les prétextes de l’invasion américaine de l’Iraq. Bush avait accusé à tort Saddam Hussein de faire cause commune avec Al-Qaëda. Et sa guerre en Iraq, c’est pour contrer le danger « d’Al-Qaëda en Iraq qui formerait des cellules pour attaquer les Etats-Unis ». Sa preuve de cette existence se réfère à une histoire très bizarre. Il s’agit d’un diplomate iraqien qui avait rencontré quelqu’un qui est soupçonné d’avoir une relation avec Al-Qaëda. L’invasion a eu lieu et le lien entre Al-Qaëda et Saddam Hussein restait toujours introuvable.

C’est même un rapport de la commission d’enquête américaine sur les attentats du 11 Septembre 2001 qui a admis qu’« aucune preuve crédible n’atteste une collaboration entre l’ex-dictateur et le réseau terroriste qui, avec les armes de destruction massive, a servi de justification à la guerre en Iraq ». Selon ce même rapport formé de 12 pages intitulé Overview of the Enemy (aperçu de l’ennemi), Ossama bin Laden a brièvement exploré l’idée de nouer des liens avec l’Iraq au milieu des années 1990. Mais il était fondamentalement hostile à un gouvernement arabe laïque et Bagdad n’a jamais répondu aux demandes de soutien sous la forme de spécialistes pour entraîner ses hommes et leur fournir des armes.

Le gouvernement soudanais, qui a abrité Al-Qaëda de 1991 à 1996, a tenté de rapprocher l’organisation terroriste et Bagdad mais sans succès. Il a persuadé Bin Laden de cesser de soutenir les opposants à Saddam Hussein et a « organisé des rencontres ». Celles-ci n’ont débouché sur aucune coopération.

 

L’erreur de la CIA

Le pire alors dans cette affaire c’est qu’après l’invasion américaine, Al-Qaëda, qui a été au départ une invention de la CIA, est devenue une réalité en Iraq. Selon Mohamad Abdel-Salam, politologue au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, l’organisation d’Al-Qaëda n’avait aucune présence en Iraq avant 2003. Il y avait seulement des propos autour de petites organisations islamiques à l’est de l’Iraq et qui n’avaient aucune liaison avec Al-Qaëda. L’invasion a sorti Al-Qaëda des limbes du terrorisme international elle se trouvait depuis la destruction du sanctuaire taliban fin 2001 en Afghanistan. Ces éléments dispersés au Soudan et au Yémen, la grande majorité d’entre eux se sont dirigés vers l’Iraq, formant la plus grande base de rassemblement d’Al-Qaëda sous la direction d’Abou-Moussab Al-Zarqaoui. Le groupe Al-Tawhid de Zarqaoui a proclamé son allégeance au réseau Al-Qaëda en octobre 2004, d’abord sous le nom Jama’at al-tawhid wal djihad (groupe du monothéisme et du djihad), puis Tanzim Qaëdat Al-Djihad fi bilad Al-Rafédine (organisation de base du djihad en Mésopotamie). En janvier 2006, le groupe a annoncé la création du Conseil consultatif des moudjahidins en Iraq, puis de l’« Etat islamique d’Iraq », appellation qu’il utilise aussi parfois pour revendiquer des attentats.

« C’est l’invasion américaine qui a donné un nouveau souffle à cette organisation, ouvrant la porte devant les éléments d’Al-Qaëda de s’installer en Iraq, faisant de ce pays le nouveau terrain du djihad international et aussi un terrain de recrutement productif pour Al-Qaëda. Le réseau d’Ossama bin Laden a pu ainsi prendre pied en Iraq, il était totalement absent avant mars 2003 ». Dans un enregistrement, Ossama bin Laden félicite cette invasion et dit : « Il semble que l’ennemi s’est enfoncé dans le bourbier iraqien et la possibilité de frapper les Américains et leurs alliés est plus grande aujourd’hui en Iraq ».

L’état actuel des choses

Dans les années qui suivent l’intervention américaine en Iraq, l’organisation ne parle plus la langue d’Al-Qaëda mais un discours de résistance. Elle a réussi de cette façon à regrouper des adeptes provenant de tous les pays arabes qui se livrent au djihad contre les Américains, faisant un usage intensif d’attaques suicide. La présence d’Al-Qaëda s’enracine de plus en plus dans la société iraqienne, notamment avec l’adhésion de plus en plus d’Iraqiens, des nationalistes iraqiens et des membres de l’ex-parti Baas de Saddam Hussein, interdit depuis la chute de son régime. « C’est une évolution très importante pour Al-Qaëda en Iraq, l’adhésion de ces éléments iraqiens avait fait évoluer la notion traditionnelle d’Al-Qaëda. Il s’agit de combattants et de passeurs de frontières et de , une branche locale est née et avec elle la terminologie d’Al-Qaëda de l’Iraq. Cette branche est devenue ainsi la plus violente et la plus organisée de l’organisation ».

Mais cette lune de miel n’a pas duré pour longtemps et le rôle d’Al-Qaëda commence à se restreindre de plus en plus. La dernière étape d’Al-Qaëda a commencé en 2008. Le bain de sang engendré par l’organisation avait inquiété des Iraqiens qui l’ont ralliée. Et l’on a témoigné de la création du conseil d’Al-Sahwa (l’éveil), appelé aussi Les Fils de l’Iraq, ceux-ci sont estimés à 94 000 et sont formés en majorité d’anciens insurgés sunnites ralliés à l’armée américaine, moyennant financement, pour combattre Al-Qaëda. Créés en septembre 2006 par des chefs de tribus sunnites de la province occidentale d’Al-Anbar, puis peu à peu généralisés aux autres zones de peuplement sunnites du pays, les groupes Sahwa ont infligé d’importants revers à Al-Qaëda. Ces miliciens ont largement contribué à faire reculer le réseau extrémiste et diminuer la violence dans ces régions qui constituaient depuis 2003 les foyers de l’insurrection anti-américaine.

Affaibli par la défection de milliers de combattants sunnites qui ont retourné leurs armes contre lui, le réseau d’Al-Qaëda a changer de stratégie. Il a abandonné la guerre confessionnelle qui n’a pas abouti à l’éclatement du pays pour mener des actions spectaculaires contre des institutions étatiques à Bagdad. A la fin de l’année dernière, des voitures piégées, souvent conduites par des kamikazes, ont visé des bâtiments publics tels que les ministères des Affaires étrangères, des Finances, de la Justice, le gouvernorat de Bagdad et un grand tribunal, faisant au moins 386 tués et 1 500 blessés.

Les législatives aussi constituent un autre indice de l’affaiblissement de ce réseau en Iraq. La forte participation des sunnites constitue un sévère camouflet pour Al-Qaëda qui avait menacé de mort quiconque participerait à ces élections législatives. Al-Qaëda n’a pas réussi à intimider les sunnites malgré les attentats, contrairement à 2005 , par exemple, moins de 1 % des électeurs avait voté à Al-Anbar. En 2005, au moment des précédentes élections législatives, il y avait eu 217 attaques meurtrières.

Aliaa Al-Korachi