Al-Ahram Hebdo, Opinion | Le président et l’Histoire
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 31 mars au 6 avril 2010, numéro 812

 

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Opinion
 

Le président et l’Histoire

Abdel-Moneim Saïd

Ces derniers temps, les commentaires des lecteurs sur le site d’Al-Ahram se sont multipliés à tel point qu’il était difficile d’y accéder. Le centre d’intérêt était sur l’état de santé du président Moubarak et l’intervention chirurgicale qu’il a subie. Un sujet dont l’intérêt a surpassé toutes les évolutions et les événements intérieurs ou extérieurs. Les commentaires diversifiaient entre les espoirs relatifs à la personne humaine et la gratitude qu’on ressent envers le dirigeant.

La fonction du président de la République en Egypte n’est pas semblable à celle du reste du monde entier, tous régimes politiques confondus. Et je ne vise pas le cadre juridique ou le régime politique sous lequel travaille le président. Mais il va bien au-delà de cette description, d’autant plus que la figure de proue de l’Etat égyptien tout au long de l’Histoire fait partie d’un processus de formation, qui a été renvoyé par certains commentateurs politiques ou sociaux à la nature même de l’Etat fluvial ou bien de la l’Etat égyptien du Nil de manière spéciale. Depuis la création de l’Etat moderne en Egypte avec le grand Mohamad Ali en 1805, la direction de l’Etat s’est imbriquée dans la direction de la nation pour des raisons relatives à l’Histoire et à la réalité vécue.

Le président Moubarak a été le premier Egyptien à gouverner une Egypte libre sans occupation et sans contrôle étranger depuis que les Perses ont foulé de leurs pieds la terre d’Egypte 5 siècles av. J.-C. qui a vu le début du démantèlement de l’Etat égyptien pharaonique ou en d’autres termes le début de sa fin. Après cette période, les envahisseurs et colonisateurs sont venus de tous bords pour entamer la démarche de ce que Gamal Hamdane a baptisé la plus grande colonie de l’Histoire. Mais même avec leur tyrannie, leur hégémonie et leur force militaire, l’Egypte était difficile de devenir une proie facile et elle se préservait toujours une dose d’indépendance et d’identité. Sadate avait raison lorsqu’il a affirmé qu’il serait le dernier pharaon d’Egypte. Au moins historiquement, Moubarak est considéré comme étant le premier président ayant forger une nouvelle formule du statut du président et de la position de l’Etat égyptien. Ce qui a contribué à cela est la personnalité du président même que j’ai découverte de manière directe un de ces jours en septembre 1996. Lorsque Sami Metwalli, directeur de rédaction d’Al-Ahram, m’avait appelé pour m’informer que la présidence de la République me demandait de faire partie d’un groupe d’intellectuels censés rencontrer une personnalité politique en visite en Egypte.

La personnalité, le temps et l’époque, l’Egypte de l’après-libération et le salut, ces ingrédients ont motivé Moubarak à jeter les bases de l’Egypte de l’étape post-pharaonique dont certaines de ses origines ont vu le jour à l’époque sadatienne à travers l’ouverture économique, le pluralisme et l’apparition de la société civile. Une fois, la journaliste de renommée du Financial Times Rola Khalaf m’a demandé ce que l’Histoire retiendra du président Moubarak, ma réponse se rapportait en partie au moment de son accession au pouvoir suite à l’assassinat d’un dirigeant historique par des mains criminelles à la lumière de circonstances prédominaient un état de rébellion menaçant la stabilité du pays. Il a fait figure de sauveur, récupérant la stabilité d’un pays ayant fait l’objet d’un tremblement de terre surprenant. Il a pu ensuite réintégrer l’Egypte dans son contexte arabe après une rupture des relations panarabes. Plus tard, il a affronté une vague dévastatrice de terrorisme, dont les acteurs ont voulu nous ramener aux époques d’obscurantisme et d’anarchie. Et il s’est attelé à instaurer des relations stables de coopération avec des forces régionales et des relations stratégiques équilibrées avec des forces mondiales. Une manière d’éviter le basculement de l’Egypte dans des aventures non calculées susceptibles de faire dévier le parcours historique du pays. L’autre facette de la gouvernance de Moubarak en est une d’ordre interne, c’est-à-dire relative à l’Egypte. A ce niveau, il incarnait l’époque post-pharaonique. Ce lorsqu’il a mis la tête de l’Etat en position d’interrogation à travers les différentes institutions et moyens de médias solides, dynamiques et ferventes la plupart du temps. Non seulement cela, mais il fit l’objet également d’une rivalité politique. Il se doit alors avec d’autres de présenter un programme politique qui peut faire l’objet d’une unanimité ou d’une divergence populaire. Aujourd’hui, sous Moubarak, le processus politique a dans son essence pour mot d’ordre la rivalité, profitant et distribuant les ressources matérielles et non-matérielles entre les différentes forces économiques et sociales toutes tendances confondues. Tout simplement, la politique a regagné l’Egypte après une longue rupture. On est témoin d’une action politique au niveau des idées, des personnalités, des groupements, du marchandage économique entre l’Etat et les fonctionnaires et entre l’Etat et les secteurs public et privé. Au milieu de tout cela, émerge une classe moyenne qui prend forme graduellement et qui est devenue le bloc critique des citoyens qui ont des ambitions et des rêves.

Nous sommes au seuil d’une étape importante de l’histoire de l’Egypte, d’où la tenue d’élections législatives et présidentielles qui constituent un essor qualitatif après les derniers remaniements constitutionnels, voilà 5 ans. L’Egypte vit aujourd’hui un état d’effervescence dans le sens de l’achèvement de l’étape après-pharaonique entamée par le président Moubarak. Il est temps qu’elle touche à sa fin pour nous léguer un Etat normal semblable à ceux du monde développé. C’est-à-dire un Etat démocratique, solide et sain.

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