Al-Ahram Hebdo, Evénement | Sous la tente de Kadhafi
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 31 mars au 6 avril 2010, numéro 812

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Evénement

Sommet Arabe de Syrte.  « Je suis le doyen des dirigeants arabes », c’est ainsi que le colonel Kadhafi se présente et ne manque pas d’y insister lors des sommets arabes. Il choque mais donne de l’éclat à des réunions souvent de pure forme.

Sous la tente de Kadhafi

Il est le héros des sommets arabes, le Adel Imam, dit-on. Du nom du comédien égyptien qui est un vrai prince du rire. Un sommet sans lui est sûrement un sommet ennuyeux. Ses déclarations souvent ahurissantes font toujours la une des journaux. Il s’agit du numéro 1 libyen Mouammar Kadhafi. Ce colonel libyen s’est toujours singularisé par ses actes et ses propos spontanés lors de plusieurs sommets, distribuant les affronts aux dirigeants arabes ou claquant la porte de la réunion. Kadhafi se transforme avec chaque rencontre en une vraie vedette, notamment avec son style et ses tenues traditionnelles qui font de lui un personnage hors norme. Il affectionne les tenues excentriques. En saharienne kaki, en uniforme militaire chamarré d’or ou en gandoura, la robe des bédouins. Il se distingue aussi par sa compagnie féminine et est souvent entouré par des femmes en tenue de soldats, qu’il nomme ses « amazones ».

Bref, il excelle toujours dans les rebondissements spectaculaires et réussit à chaque rencontre d’imprimer sa marque personnelle. Il arrive le plus souvent en retard et se retire lorsqu’il le décide. Parfois même, il ne se gêne pas en pleine réunion d’aller à sa tente, uniquement pour changer de costume comme si c’était une star.

Samedi et dimanche derniers, il était l’hôte du sommet qui n’a pas fait exception des autres. En fait, ce sommet avait une importance particulière pour Kadhafi, puisque c’était l’occasion, dit-on, pour lui de s’exprimer et de prendre des positions qui sont certes les mêmes mais qui ont la valeur d’être exprimées chez lui à Syrte. C’est à propos de ce sujet que beaucoup d’encre a coulé avant la tenue du sommet s’interrogeant : « Quel sera le nouveau show de Kadhafi cette fois-ci ? ». La réponse ne s’est pas fait attendre. Une première dans l’histoire des sommets arabes : un spectacle folklorique et artistique a été présenté au début et à la fin du sommet. Un fait qui sort des usages des sommets arabes. Même son discours n’a pas manqué d’originalité. S’adressant au chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi : « Avec nos excuses à notre frère Berlusconi, nous avons chassé la colonisation romaines ».

De vieilles habitudes

Un caractère qu’il a, depuis toujours, gardé dès le commencement même de sa carrière politique. Durant le sommet du Maroc en 1969, les dirigeants arabes ont été choqués lorsqu’ils ont entendu le nouveau président libyen les appeler avec un ton familial par leur prénom. Ce qui a soulevé la colère de certains d’entre-eux. Et le roi du Maroc a demandé au président Gamal Abdel-Nasser d’obliger Al-Kadhafi de ne pas agir de la sorte ni de les interrompre durant le sommet. Il est connu que son modèle et son héros c’est Gamal Abdel-Nasser.

Et la liste des shows de Kadhafi est bien longue, faisant de lui le centre d’intérêt de tous les sommets arabes. Parmi les sommets inoubliables celui d’Alger en 1988, on l’a vu ayant la seule main droite gantée de blanc. Il expliquait vouloir ainsi éviter de serrer des « mains tachées de sang ». Au sommet suivant du Maroc, il se trouvait à côté de l’ex-roi saoudien Fahd. Fumant un gros cigare, il se tournait ostensiblement vers son voisin chaque fois qu’il exhalait la fumée. Le sommet d’Amman en mars 2001 a été aussi marquant, et qui a même porté le nom du « sommet des idées de Kadhafi ». Durant la session close, Kadhafi a surpris tout le monde en lançant l’idée d’« Isratine » (Israël et Palestine) pour résoudre les conflit historique palestino-israélien. Il s’agit d’un état de double nationalité entre les Arabes et les juifs. Le plus marrant durant ce sommet était lorsque l’avion du colonel Mouammar Kadhafi a atterri à l’aéroport d’Amman, le souverain hachémite Abdallah II était à son accueil. Ce dernier a l’attendre une heure sans que le colonel ne sorte de son avion. Lorsque Abdallah II commençait à s’ennuyer, on l’a informé que Kadhafi s’était endormi après le long trajet qu’il avait fait et que personne n’osait le réveiller.

A un autre sommet arabe, celui de Damas 2008, Kadhafi a tenu à rappeler à ceux qui l’auraient oublié : « Je suis le doyen des dirigeants arabes. Je suis au pouvoir depuis 1969 … », et il a affiché d’entrée le ton de son discours en provoquant l’hilarité des présents, lorsqu’il a proposé à ceux qui étaient debout d’occuper les sièges vacants de la délégation libanaise, en disant : « Ne vous en faites pas, ils ne viennent pas ». En avertissant que si les Arabes « ne se réorganisent pas, ils deviendront des protectorats. Ils seront marginalisés et deviendront des décharges publiques ». Pour terminer, il ridiculise le projet de la Ligue arabe prévoyant d’entamer une coopération sur un programme nucléaire conjoint, en s’interrogeant : « Comment pourrions-nous faire ça ? Nous nous haïssons les uns les autres, nous nous voulons du mal les uns les autres et nos services secrets conspirent les uns contre les autres. Nous sommes notre propre ennemi ».

Le dernier sommet arabe de Doha s’ajoute aussi de la liste. Fidèle à ses sorties théâtrales, le leader de la Révolution libyenne s’est retiré de la séance d’ouverture du sommet après avoir interpellé le souverain saoudien, avec lequel il est en froid depuis des années. Un acte retentissant. Alors que l’émir du Qatar, cheikh Hamad bin Khalifa Al-Thani, hôte du sommet, achevait son discours, Kadhafi a brutalement pris la parole pour apostropher le roi Abdallah : « Je dis à mon frère Abdallah que, depuis six ans, tu me fuis et tu as peur de m’affronter. Je voudrais te rassurer : il ne faut pas avoir peur. Je te dis qu’après six ans, il a été prouvé que c’est toi dont le passé est fait de mensonges et qui fait face à la mort ».

« Toi, tu es le produit de la Grande-Bretagne et le protégé des Etats-Unis », a-t-il encore ajouté, avant de conclure : « En respect pour la nation (arabe), je considère que le problème personnel qui nous oppose est fini et je suis prêt à te rendre visite et à t’accueillir » en Libye.

La retransmission de cette intervention par la télévision qatarie, suivie par les journalistes depuis le centre de presse, a aussitôt été marquée par une coupure de son, témoignant de l’embarras de l’émir du Qatar, qui a dit avec gêne : « Il semble que le dirigeant Kadhafi s’est excusé, merci pour son intervention ». Il a ensuite quitté la séance, dédiée officiellement à la « réconciliation interarabe », pour « aller visiter un musée à Doha » sans attendre son intervention. Le plus marquant dans ce sommet est que le colonel libyen, fidèle à son habitude, a fait installer dans le jardin d’un grand hôtel de Doha sa grande tente il a logé durant son séjour dans la capitale qatarie. Kadhafi sort de la norme peut-être, mais sa présence turbulente met en relief les faiblesses du système arabe.

Aliaa Al-Korachi
Chaïmaa Abdel-Hamid

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.