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 Semaine du 31 mars au 6 avril 2010, numéro 812

 

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Idées

Traduction. L’un des éminents traducteurs du Nobel égyptien vers l’anglais, Denys Johnson-Davies, livre son analyse de la traduction telle qu’il l’a toujours vécue.

« Ce n’est pas une simple question
 de
remplacer les mots »

Denys Johnson-Davies est un traducteur canadien de naissance, britannique d’origine, qui a traduit Mahfouz avec une telle maîtrise et justesse et a participé à offrir au monde le génie du monstre sacré de la littérature égyptienne. A l’occasion de l’hommage qui lui est rendu au colloque, il s’écrie : « La traduction n’est pas une simple question de remplacer les mots par d’autres dans une autre langue ».

Il explique que « la traduction est plus que cela, c’est un véritable défi de connaissance et de savoir interculturel ». Pour Johnson-Davies qui a vécu 50 ans en Egypte, il ne suffit pas d’avoir des connaissances linguistiques d’une langue et s’en servir pour traduire, « mais il faut, et cela est un devoir, acquérir la culture, connaître la civilisation et être ancré par les petits détails qui font la spécificité de cette langue et de cette culture. Il ne suffit pas de bien la connaître, mais il faut la vivre pleinement ». Ensuite, il argumente son idée : « Aujourd’hui, de jeunes Egyptiens viennent me voir en me disant qu’il veulent traduire de l’anglais. Mais je constate que beaucoup traduiront, à titre d’exemple, le mot anglais Public School par école publique, tandis que Public School est un faux ami et veut dire en effet école privée. Cela explique qu’il ne suffit pas de prendre des cours des langues pour s’auto-déclarer traducteur ». Il avoue regretter l’amateurisme qui affecte les métiers de traduction d’une mauvaise réputation et n’aide pas à exercer cette mission prophétique dans les meilleurs conditions.

Effectivement, le dumping littéraire rend les traducteurs sérieux incapables de négocier des prix justes avec les maisons d’éditions, puisque d’autres intrus de bonne foi proposent de travailler bon marché, pour présenter aux lecteurs des traductions ni faites, ni à refaire. A ce propos, Denys Johnson-Davies, qui se sent beaucoup gêné de critiquer son pays d’adoption, l’Egypte, explique que « ni les maisons d’éditions, ni l’Etat, pendant beaucoup d’années, n’ont participé à rendre les Egyptiens mieux informés de ce qui se passe dans le monde ». Cet éminent traducteur croit dur comme fer en le rôle essentiel et existentiel de la traduction passerelle entre les cultures pour la transmission du savoir et de la connaissance. Il dit se sentir trahi par les Egyptiens qui introduisent de plus en plus de « l’anglicisme » dans leur langue. « Pour faire style d’être des bilingues ou d’être mondialisés, les Egyptiens ont de plus en plus tendance à s’abriter dans l’anglais et d’abandonner la langue. Je trouve cela affreux », lance-t-il en prenant le soin de s’exprimer en arabe parfait et pur. Au moment il discutait avec Pedro Martinez, le grand professeur espagnol, un autre honoré de la conférence, on assiste à une discussion d’une grande et profonde qualité linguistique et intellectuelle, rare par les temps qui courent.

Aujourd’hui, Denys Johnson-Davies va jusqu’à se poser la question de savoir comment dynamiser la langue arabe et la rendre attractive pour les natifs de la langue. Il constate aussi à côté du déclin de la langue arabe, qui semble être la langue du culturellement battu, celui de la lecture en Egypte. « Le livre est loin d’être l’ami préféré des gens dans ce pays, un collègue qui a vécu 15 ans en Egypte a noté ce que j’ai vu pendant plus de 50 ans vécus en Egypte, ou plutôt ce que je n’ai jamais vu, à savoir un lecteur de livre dans la rue, c’est soit le Coran, soit le journal, mais jamais un livre dans la main. Etrange, non ? », conclut-il.

Propos recueillis par Amr Zoheiri

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