Al-Ahram Hebdo, Economie | Un investisseur averti en vaut deux
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 31 mars au 6 avril 2010, numéro 812

 

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Economie

Corruption. Un rapport officiel américain souligne que le phénomène est un obstacle de taille à l’investissement en Egypte. Deux autres publications viennent corroborer cette conclusion.

Un investisseur averti en vaut deux

Trois rapports sur la corruption en une semaine. De quoi souligner l’ampleur prise par ce problème en Egypte. Le premier est international, le second américain et le troisième égyptien. « Les pots-de-vin sont un obstacle aux affaires en Egypte », juge le Guide commercial aux sociétés américaines de 2010, diffusé par The US Department of State le samedi 27 mars. Et d’ajouter que dans le pays, « la corruption envahissante est une source d’inquiétude qui s’ajoute à d’autres facteurs d’inefficacité du commerce ».

Le phénomène, selon le rapport de l’US Department of State, touche des aspects multiples : législations, délai de permis des douanes, décisions arbitraires et un système de justice commercial inflexible. Ahmad Ghoneim, professeur assistant à l’Université du Caire, approuve les conclusions de ce rapport. Il donne l’exemple du système des douanes. « La corruption du système des douanes mène à la baisse des revenus des douanes et constitue un obstacle à la croissance du commerce égyptien avec le monde », souligne le coauteur d’une étude sur le sujet publiée en février 2010. L’étude, qui loue la réforme douanière entamée en 2004, souligne quelques lacunes qui restent toujours à remédier. En premier, « il faut garantir aux fonctionnaires des niveaux élevés de salaires et de bonus ». De plus, la simplification des règles n’a touché que les grands importateurs, à travers une fenêtre des grands clients de l’organisme. « Les petites et moyennes entreprises ont également le droit de profiter des fruits de la réforme du système douanier », renchérit Ghoneim.

En dépit d’une série de mesures gouvernementales pour contrer le phénomène de la corruption, le classement du pays va de mal en pis. En 2009, l’Egypte — qui vient de signer la convention des Nations-Unies contre la corruption — a été classée 119e sur 180 pays, selon l’Indice global de la perception de la corruption. En 2006, elle était 70e sur 163. Le guide américain tire la sonnette d’alarme : « les affaires (devant la justice) ont tendance à être contre des gens qui ne sont plus favorisés par le gouvernement », d’après les termes exacts du rapport, qui conseille aux investisseurs potentiels de bien enquêter sur la réputation de leurs partenaires à venir avant de s’engager dans de grandes affaires. Le rapport reconnaît que la loi criminalise la corruption officielle, mais le gouvernement n’a appliqué ni « constamment ni effectivement » la loi. « L’impunité est un problème », conclut le rapport.

Un large spectre

70 000 cas de corruption, négligence et pots-de-vin sont annuellement découverts dans le système administratif de l’Etat. Ce chiffre est dévoilé par le 3e Rapport sur la transparence et l’intégrité, diffusé le dimanche 28 mars. Le rapport annuel est publié par le ministère du Développement de l’administration publique. Pour Ahmad Ghoneim, les petits fonctionnaires sont mal payés. « Il faut changer la structure des salaires et primes dans l’administration publique. Cela réduira à grande échelle la petite corruption », estime-t-il. Opinion partagée par l’auteur du rapport, Abdel-Fattah Al-Guébali. Il avoue que la corruption comprend un large spectre de pratiques, allant des pots-de-vin jusqu’aux conflits d’intérêt. « Le mariage entre le pouvoir et l’argent est un des conflits d’intérêts les plus répandus », juge Al-Guébali en donnant l’exemple des investisseurs qui sont nommés ministres. « Il n’y a pas de législation dans le pays qui règle ce genre de conflits d’intérêts ». Il en est de même pour les membres du Parlement. Al-Guébali note que non seulement leur nombre a connu une hausse considérable sous l’hémicycle, mais aussi qu’ils président les commissions internes du Parlement, comme celles de l’industrie, du budget, de l’agriculture en plus de la commission de l’industrie au sein du Conseil consultatif. « Regardez l’Organisme de la protection du consommateur. Il est présidé par un grand producteur », lance-t-il. Ahmad Ghoneim, lui, souligne l’absence de législations qui traitent avec de ces situations. Il salue l’efficacité des institutions de suivi et contrôle qui les surveillent, mais souligne que « leur travail est souvent soumis à des pressions politiques. De plus, les rapports qu’ils rédigent sont discrets » et « cela limiterait l’intervention politique », renchérit Ghoneim, qui a contribué à une étude diffusée en mars 2010 par Transparency International sur la transparence en Egypte. L’étude appelle à ce que ces rapports soient publiés, systématiquement.

Pour dévoiler un cas de corruption, il faut une personne qui en témoigne, rapporte le cas. C’est le moyen le plus fréquent pour dévoiler la corruption dans le monde. Or, en Egypte, il est très rare qu’un complice rapporte un cas de corruption. Car « la loi ne protège pas ce témoin », note le 3e rapport de la transparence. Il est donc exposé à la vengeance de l’accusé, qui est d’habitude une personne de pouvoir, comme l’explique Ahmad Ghoneim. Et d’ajouter : « Les lois en Egypte, par contre, pénalisent les rapporteurs si l’enquête échoue à prouver l’accusation ».

Bref, si le Guide commercial aux sociétés américaines conseille de bien se renseigner sur de futurs partenaires, en pratique il est très difficile de le faire, faute d’outils appropriés.

Salma Hussein

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