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 Semaine du 31 mars au 6 avril 2010, numéro 812

 

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Arts

Photographie. Adel Wassili est un photographe amoureux des êtres humains et de leurs lieux et objets de vie. Il est sans cesse à la chasse de moments qui sont sur le point de se perdre.

« Ces objets existent en nous
comme
nous existons en eux »

« S’exprimer soi-même, faire exprimer les objets, faire bouger l’instant, dire le silence, ses différentes voix, le temps intérieur, les belles choses que l’on s’imagine qu’elles ne le sont pas, mais qui le sont ». C’est une partie d’une multitude de désirs qui permettent à Adel Wassili, qui a choisi la photographie comme moyen d’expression privilégié et qui ne cesse de revendiquer son engagement au côté des gens simples, de nous raconter son monde intérieur. Car, pour cet artiste qui a choisi la photographie par amour, et qui, longtemps avant d’exposer, prenait des photos pour son plaisir personnel, cet art est un moyen d’expression qu’il a expérimenté le jour il s’est acheté la première caméra et qui l’a, par la suite, accompagné partout dans les différentes étapes de sa vie.

Ingénieur de profession, Adel Wassili s’aperçoit très vite, en suivant des stages, que ce n’est pas comme cela que l’on devient photographe. Il choisit d’aller vers les gens, de se promener dans les rues et de capter ce qui interpelle son âme. Cet homme au dehors cordial et humain a conscience que les objets qui nous entourent, les rues que nous parcourons, les êtres humains que nous côtoyons ont un impact sur nous. « A notre insu, les anciennes fenêtres des immeubles tout simples, les portes des maisons qui se perdent dans le temps, ces objets de notre quotidien existent en nous comme nous existons en eux », dit-il. Ce n’est pas donc un hasard si dans sa dernière exposition qui vient de se tenir à l’Atelier du Caire, les objets, les rues et les anciennes bâtisses sont omniprésentes. Une manière de nous signaler que si nous ne prenons pas la peine de les écouter, nous pourrions perdre leur trace à tout jamais. A l’entrée de son exposition, une vieille femme escalade des escaliers dans une ruelle. Elle nous est montrée de dos, en partance vers un endroit inconnu, qui pourrait être la mort, mais également un autre endroit qui lui conviendrait mieux, car le monde elle vit lui est étranger.

Et c’est en cela que Adel Wassili se démarque de ceux qui reviennent aux objets et aux lieux par nostalgie ou par goût pour l’exotisme. Pour lui, les objets et les lieux ont une âme qui se perd au fil de la mondialisation et du modernisme. Ainsi, deux petites chaises et une petite table dans un café sans clients racontent la détresse d’un lieu qui n’est plus un lieu de retrouvailles l’on prend son temps et l’on communique, mais plutôt un lieu de transaction, l’on passe sans trop se préoccuper du monde qui nous entoure. Un vieil homme assis sur la corniche contemple les choses qui l’entourent ou se tourne-t-il vers lui-même ? Des fenêtres, des balcons, l’étalage d’un fruitier dans une rue populaire sont autant d’objets et de lieux qui nous ont formé et que nous avons apprivoisés et que nous délaissons dans notre course quotidienne pour des occupations que nous jugeons plus importantes. Adel Wassili aime se promener la nuit dans les anciens quartiers du Caire pour humer la senteur des lieux et retrouver de belles choses. Et c’est ainsi partout, même en Syrie, il retrouve les mêmes sites. Et on a peine à faire la différence entre des lieux à Damas ou au Caire. L’âme s’y ressemble à s’y méprendre. Il cajole le rêve de partir avec sa caméra dans d’autres villes arabes. Déjà en 1998, il part pour l’Iraq au moment de l’embargo avec une délégation non gouvernementale d’un quartier populaire du Caire, Al-Wayli, qui transporte des denrées alimentaires pour le peuple iraqien. Il photographie les hommes perdus dans cette dureté de vivre qui leur est imposé. Revenu de son périple, il expose dans une rue d’un quartier pauvre ces photographies de femmes et d’hommes iraqiens dans leur embargo. « J’avais le devoir de montrer aux gens simples de mon pays ce que j’avais vu -bas », dit-il.

La photographie, ce moyen d’expression, qui n’a besoin ni de connaissances, ni d’enseignement sophistiqué, permet à ces interlocuteurs de tout bord de communiquer et de dialoguer. « Nous sommes dans un pays l’analphabétisme est grand et la photographie est un moyen simple et direct pour se faire comprendre et aiguiser le sens du beau chez les hommes », ajoute-t-il. En effet, Wassili croit à la culture comme le moyen primordial et incontournable de permettre aux hommes d’évoluer et de mieux protéger et comprendre leur environnement à tous les niveaux de la vie. D’ailleurs, les visiteurs de ses expositions, malgré le peu d’intérêt de la presse pour arts visuels et le peu de salles d’exposition, aiment de plus en plus ces dernières années à acheter des photos qu’ils auront le loisir de contempler plus longtemps chez eux.

Puissent-ils, selon le vœu le plus cher de Adel Wassili, retrouver cette âme des choses et ce dialogue profond qui est l’une de nos caractéristiques en tant que peuple et qui pourrait venir à nous manquer dans ce monde pris dans une mondialisation effrénée.

Soheir Fahmi

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