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 Semaine du 2 au 8 septembre 2009, numéro 782

 

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Egypte

Liberté d’expression . La décoration en juin dernier de l’écrivain Sayed Al-Qimni, connu pour ses écrits sur l’histoire de l’islam, a soulevé un débat violent engagé notamment par les courants islamistes. La tension est loin d’être tombée.  

Lectures en collision

Accusations d’apostasie, menaces de mort, poursuites judiciaires, appels au retrait du prix. La campagne bat son plein contre l’intellectuel Sayed Al-Qimni. « Je vis presque enfermé chez moi. Je reçois des dizaines de menaces de liquidation sur mon adresse électronique de la part de fondamentalistes », affirme-t-il.

Al-Qimni avait reçu, en juin dernier, le prix de l’Etat pour les sciences sociales doté d’une somme de 200 000 L.E.

Le prix qu’il a reçu a soulevé la colère de ses détracteurs qui voient en cette distinction une offense à la religion.

Le parti hachémite qui a valu à l’écrivain cette distinction fut publié il y a plus de dix ans. Le livre a été perçu par beaucoup comme une atteinte aux religions, au prophète Mohamad ainsi qu’à ses compagnons. Le livre traite de l’avènement de l’islam d’une optique sociale, économique et politique : vu l’influence de la religion sur les tribus arabes, l’islam était donc apparu pour les regrouper dans l’objectif d’instaurer un Etat. Une approche trop scientifique pour être acceptée par la majorité.

Un groupe d’oulémas a publié un communiqué taxant Al-Qimni d’apostasie et ses écrits de blasphématoires. Le cheikh Youssef Al-Badri, connu par ces procès visant des intellectuels, s’est associé avec une vingtaine d’avocats qui se sont promis de lui retirer le prix. « Il s’agit d’un apostat qui défigure les religions. Comment peut-on admettre de sortir l’argent des poches des Egyptiens pour le récompenser ? Notre réaction n’est pas une atteinte à la liberté d’expression comme il le prétend. Nous sommes contre les dérives de la pensée qui dérangent les croyances des gens et menacent la stabilité de la société », s’insurge Al-Badri, affirmant qu’il ira jusqu’au bout dans sa campagne « contre ce saboteur ».

Reprenant le même argument, le député Hamdi Hassan, affilié à la confrérie des Frères musulmans, affirme que ni l’islam ni les Frères ne sont contre la liberté d’expression : La preuve en est que les livres de Qimni sont dans les librairies depuis des années sans aucune contestation de la part de la Confrérie. « Mais quand un Etat dont la religion officielle est l’islam prend de son budget pour décerner un prix à un écrivain hostile à la religion, cela pose problème », affirme-t-il. « Je me demande pourquoi le ministère de la Culture n’a pas décerné un prix au fameux caricaturiste danois qui a caricaturé le prophète, puisque le critère de créativité est désormais l’insulte des religions ? », ironise le député.

Dans le tumulte, des voix se sont élevées pour défendre Al-Qimni et avec lui la liberté d’expression. 17 organisations de droits de l’homme ont dénoncé ce qu’ils ont appelé une « campagne obscurantiste » contre la liberté d’expression. L’Union des écrivains égyptiens a également publié un communiqué condamnant la campagne menée contre Al-Qimni au nom de la religion.

Loin de renier la foi, Al-Qimni se déclare « fier d’être musulman ». Il explique que son combat est avec ceux qui monopolisent l’interprétation des textes religieux et ceux qui en donnent une interprétation mal adaptée aux nouvelles données de notre ère. « En affirmant que le Coran représente un texte historique à étudier et à analyser, je ne touche pas à sa sainteté, mais j’essaye de l’interpréter en fonction des circonstances sociales et économiques qui prévalaient à l’époque », s’explique-t-il. Selon lui, son point de divergence avec les fondamentalistes concerne leur croyance que les textes coraniques dans leur ensemble sont aussi valables aujourd’hui qu’à l’époque où ils ont été révélés. Il pense qu’il faut distinguer entre les textes relatifs aux principes fondamentaux de la croyance et du culte et ceux qui ne sauraient s’appliquer en dehors de leur cadre temporel. « Même les compagnons du prophète ont réformé la loi avec l’évolution et les changements qu’a connus la société après le décès du prophète », insiste-t-il.

Divergence islamiste/laïc

De l’avis de la journaliste et écrivaine Farida Al-Naqqach, la divergence entre le courant laïc et les islamistes qu’a reflétée cette crise est due, en premier lieu, à l’ambiguïté du terme « laïcité » qui, pour beaucoup en Egypte, est synonyme d’athéisme. « La laïcité consiste simplement à séparer la politique du religieux, sans nier la religion. Alors que les fondamentalistes insistent pour amalgamer les deux sphères », explique-t-elle.

L’intellectuel de tendance islamique Fahmi Howeidi aborde le débat différemment. Selon lui, cette affaire a été amplifiée et présentée comme une bataille entre deux courants, ce qui n’est pas vrai. « Le prix qu’a reçu Al-Qimni a été contesté même par un nombre d’intellectuels libéraux et laïques et ceci pour des raisons morales, nationales et religieuses. Celui qui ternit l’image des Arabes, les qualifie d’arriérés et ternit leur civilisation ne mérite pas de prix. Les croyances religieuses font partie intégrante de la culture égyptienne, que l’on soit laïc, islamiste ou autre, d’où le rejet de toute atteinte aux religions qui se revendiquent de la liberté d’expression », explique Howeidi.

Selon lui, l’affaire est loin d’être un conflit entre deux courants, mais une manœuvre politique visant à faire d’une pierre plusieurs coups : donner un coup de pouce à la candidature égyptienne à l’Unesco, engager un nouveau bras de fer avec les Frères musulmans et surtout, tourner l’attention des gens de véritables défis politiques, économiques et sociaux « à un moment où ce genre de débats fervents devrait porter sur des questions comme la démocratie, la réforme et la lutte contre la corruption. C’est là les questions déterminantes pour l’avenir du pays », estime Howeidi. La liberté d’expression et de conscience semble encore loin des priorités pour une tranche d’Egyptiens.

May Al-Maghrabi

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