Al-Ahram Hebdo, Arts | Le Ramadan autrement
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 2 au 8 septembre 2009, numéro 782

 

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Arts

Cinéma . Le Ramadan a rarement été au centre des films égyptiens. Fi baytona ragol et Khan Al-Khalili sont deux œuvres importantes qui nous montrent un mois de jeûne différent de l’actuel.

Le Ramadan autrement

« Pendant le ramadan, ce sera plus facile », déclare Omar Al-Chérif, ou le militant Ibrahim Hamdi, héros du film Fi baytona ragol, lorsqu’on lui demande quand il fuirait de sa cellule. Il avait été incarcéré pour l’assassinat du premier ministre, à la suite de l’incident du pont Abbass où de nombreux manifestants ont trouvé la mort. Il prend refuge chez un camarade d’université qui ne s’intéresse pas à la politique. Après une brève hésitation, cette famille de classe moyenne qui n’a rien à voir avec la politique décide de l’accueillir en dépit du danger qu’il constitue. Il y séjourne quatre jours et tombe amoureux de leur fille Nawal. A la fin du film, il meurt en exécutant un autre attentat et Nawal s’engage dans la résistance.

Le film est basé sur le roman d’Ihsan Abdel-Qoddous et réalisé par Henri Barakat en 1961. Le Ramadan est essentiel dans le déroulement du film, il facilite au héros et à ses collègues leurs mouvements clandestins. Un homme recherché par la police et dont les photos sont dans les journaux ne peut s’échapper dans une cité comme Le Caire qu’au moment de l’iftar où les rues sont désertes. L’alternative en temps normal serait à l’aube. Mais comment l’aurait reçu cette famille paisible s’il frappait à sa porte à quatre heures du matin ? De plus, la sérénité du moment de l’iftar a créé une atmosphère spéciale qui a mis en valeur l’idée du refuge et l’histoire d’amour secrète. 

Tolérance

En temps que spectateurs en 2009, nous ne pouvons nous empêcher de faire la comparaison avec les aspects actuels de notre société. Ce héros, qui incarne la résistance égyptienne contre le colonialisme et le despotisme, ne jeûne pas tout le long du film et personne ne lui fait la remarque. Au contraire, on lui apporte à déjeuner. Pourtant, la famille est pieuse. Dans un film actuel, le militant serait sûrement en jeûne, le Coran en main et il se réfugierait plutôt dans une mosquée qu’il ne quitterait probablement pas jusqu’au moment de l’opération. Mais le climat social et cinématographique de l’époque était plus tolérant. « La laïcité était associée à la démocratie », confirme Mohamad Al-Qalioubi, réalisateur et écrivain de plusieurs livres sur l’histoire du cinéma. « La légitimité de ce militant ne provient pas de la religion comme c’est le cas aujourd’hui, il y avait d’autres valeurs au même niveau d’importance. Pourtant, les Egyptiens ont toujours été pieux », ajoute-t-il.

Le mariage de la religion et de la vie normale a toujours été une composante naturelle de la société égyptienne. Cet aspect est très présent dans Khan Al-Khalili, adaptation de l’œuvre de Naguib Mahfouz réalisée par Atef Salem en 1966. C’est l’histoire d’Ahmad, interprété par Emad Hamdi, qui déménage au quartier Khan Al-Khalili avec sa famille. Il tombe amoureux de la voisine puis découvre qu’elle est amoureuse de son frère cadet. Dans ce nouveau quartier, il découvre un monde totalement nouveau avec al-meallem nounou, un personnage pervers et cynique.

Ici, le Ramadan n’est pas un moteur de l’action, il est utilisé pour refléter l’ambiance du lieu et les caractères des personnages. Le quartier de Khan Al-Khalili se présente dans son image la plus complète durant ce mois avec tous ses rituels et ses festivités. Le religieux et le sensuel s’y juxtaposent sans se contredire comme le montre la majorité des œuvres de Mahfouz. « La religion est tout simplement un rituel », note Qalioubi. « On y voit comment les personnages ont une foi très forte qui ne se contredit pas avec leur passion pour les plaisirs de la vie. Et le fait que l’histoire se déroule pendant le Ramadan met en valeur leur côté spirituel ».

Dans ces deux films, la tolérance et l’absence de l’absolu sont très ressenties ; même les attentats commis par le héros national de Fi baytona ragol sont mis en question et sont justifiés à plusieurs reprises. Dans le contexte actuel, il serait difficile de concevoir un film qui traiterait du Ramadan ou de n’importe quel sujet lié à la religion sans préjugés ni parti pris et il serait encore plus difficile de trouver la mentalité qui l’accepterait autrement. Les rituels et les apparences viennent en premier lieu, la politique se confond avec la religion. La vie culturelle est pauvre et les intellectuels sont une minorité en aliénation. Ainsi, cette société semble rechercher son identité dans le religieux. L’institution Al-Azhar, qui représente l’islam modéré, a perdu de sa crédibilité après son instrumentalisation par l’Etat pour se montrer plus religieux que les extrémistes. Il ne reste donc que les cheikhs modernes en pleine expansion sur les chaînes satellites qui recueillent le plus d’adeptes.

Nesrine El-Zant

 

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