Al-Ahram Hebdo, Voyages | Les Nippons sur la terre des pharaons
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 Semaine du 29 juillet au 4 août 2009, numéro 777

 

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Exposition. La mission de l’Université japonaise de Waseda fait le bilan de ses fouilles en Egypte par une belle présentation au Musée du Caire qui doit durer jusqu’au 14 août.

Les Nippons sur la terre des pharaons

50. C’est le nombre de pièces qui composent l’exposition organisée par la mission japonaise de l’Université de Waseda dans la salle 44 au rez-de-chaussée du Musée égyptien. Avec une sélection faite sur quelque 150 pièces, cette exposition regroupe les plus importants chefs-d’œuvre dévoilés dans les monuments fouillés par la mission. En réalité, cette exposition est une réédition d’une précédente qui s’est tenue au Japon et qui faisait le point sur 40 ans de travaux de la mission 1966-2006. Elle a attiré 1,3 million de visiteurs en deux ans, d’où l’initiative de Sakuji Yoshimura, directeur de la mission, de la présenter au public du Caire. La salle du Musée égyptien n’étant pas de grande dimension, il fallait choisir 50 pièces sur les 150 présentées au Japon. La sélection était basée sur leur importance archéologique, leur matériau et notamment leur beauté. D’ailleurs, ces pièces proviennent principalement de trois régions antiques : Dahchour, Aboussir et Thèbes. Les deux premières ont fourni la plus grande majorité d’objets, 35, le reste provenant de Thèbes. Ceci met en relief l’importance archéologique de la nécropole memphite, terme donné à cette zone.

Senou, protagoniste de la scène

Somme toute, l’exposition explique l’histoire de l’Egypte pharaonique depuis les premières dynasties jusqu’à la Basse-Epoque. « Chacune des pièces exposées représente en plus une anecdote intéressante », affirme l’égyptologue Mohamed Al-Ashry, membre de la mission. Pour lui, le chef-d’œuvre de toute l’exposition est un masque de carton. Coloré, ce masque couvrait la momie du commandant Senou dont la tombe a été mise au jour au nord du cimetière memphite à Dahchour. Selon Al-Ashry, la découverte de la tombe de Senou, datée de la fin du Moyen-Empire, représente une importance majeure. Raison pour laquelle elle occupe une place importante au sein de l’exposition. Ainsi, dans la salle, derrière le masque est présenté le sarcophage de bois où a été déposée la momie de Senou. Peint en jaune et minutieusement restauré, il est marqué par une colonne de texte hiéroglyphique qui comprend le nom du propriétaire de la tombe « le commandant Senou ». Aussi, l’un des côtés est décoré par l’oudjat, ce signe de l’œil fardé du dieu-faucon Horus. « Par le biais de ces yeux dessinés sur le sarcophage, le défunt observe le monde extérieur », reprend Al-Ashry. La tombe de Senou est encore mise en valeur par plusieurs photos qui décrivent les étapes de sa mise au jour.

Outre la tombe de Senou, l’exposition présente d’autres pièces inédites, provenant toujours de Dahchour. Parmi celles-ci, une petite pyramide dressée au coin de la salle. Elle surmontait la chapelle de la tombe du scribe royal Ipay, datant du règne de Toutankhamon de la XVIIIe dynastie. Selon les égyptologues, bien que la forme pyramidale soit utilisée fréquemment comme tombe royale durant l’Ancien et le Moyen-Empire, ce type architectural était plutôt nostalgique au temps du Nouvel-Empire, bien qu’il ait symbolisé une sorte de culte divin. C’est pourquoi on retrouve fréquemment de petites pyramides bâties sur les chapelles des tombes du Nouvel-Empire. La mission a aussi sélectionné de cette tombe deux bagues en faïence dont l’une porte le nom de Toutankhamon, tandis que l’autre le nom de la reine Ankhesenamoun. Selon Sakuji Yoshimura, il est rare de trouver ces deux bagues dans une seule tombe.

D’autre part, à travers l’exposition, on constate la réutilisation des tombes au cours des époques ultérieures. Ceci est illustré par l’ouchepti en grés de Mès, le scribe royal sous le règne du grand conquérant Ramsès II de la XIXe dynastie. « Mès avait élargi l’annexe de la chapelle de la tombe d’Ipay afin de construire la sienne », relève Sakuji Yoshimura dans le catalogue publié à l’occasion de l’exposition.

Statues problématiques

Si les fouilles de Dahchour ont mis en exergue certains aspects de la civilisation de l’Ancienne Egypte, Aboussir nous en offre d’autres. On relèvera deux groupes de pièces. Le premier est problématique et fait surgir une série infinie de questions, tandis que le second se caractérise par la beauté des scènes.

Du premier groupe se distinguent deux statues de dimension humaine et représentent la déesse Sekhmet à la figure de lionne. Toutes les deux sont gravées du nom osiriaque du roi Khoufou ou Chéops de la IVe dynastie ainsi que sa représentation en tant qu’enfant. Le plus surprenant c’est la présence de l’inscription du roi Pépi Ier, fondateur de la VIe dynastie, soit 200 ans plus tard. Selon les égyptologues, le style artistique des deux statues correspond à l’époque du roi Chéops. Mais l’inscription du nom de Pépi Ier a été rajoutée plus tard. Il avait voulu que son nom rejoigne celui de son ancêtre, le bâtisseur de la grande Pyramide.

Outre les statues problématiques, l’exposition nous offre aussi de très belles scènes, décorées avec finesse. Provenant toujours d’Aboussir, précisément de l’un des monuments du prince Khaemwaset, le quatrième fils de Ramsès II et qui faisait office de prêtre de Ptah à Memphis, il s’agit de fragments de reliefs représentant son visage, tandis qu’un autre fragment le présente dans la peau du prêtre, et ce sans oublier la scène du festival du dieu Soker, divinité de la nécropole memphite. Le nom du dieu Soker est en fait à l’origine de l’actuelle nomination Saqqara. Le visiteur remarque alors une gravure représentant la barque sacrée du dieu transportée par les prêtres.

L’exposition a aussi renfermé de belles petites pièces en faïence datées de l’époque thinite, comme les vases aux figures humaines ainsi que de petits modèles de barques primitives qui étaient utilisées à cette époque lointaine. D’ailleurs, le visiteur peut y admirer les colliers multicolores ainsi qu’un bracelet doré avec l’amulette oudjat.

Quant à Thèbes, la plupart des pièces y ont été trouvées dans la tombe d’Amenhotep III de la XVIIIe dynastie ainsi que dans les tombes privées datées de la XIXe dynastie. Les pièces les plus remarquables de cette dernière partie de l’exposition sont les fragments de bracelets en faïence d’Amenhotep III ainsi qu’un énigmatique ostracon découvert auprès de sa tombe. L’ostracon est fait d’un tesson de poterie sur lequel les Egyptiens faisaient leurs comptes et leurs brouillons. En rouge et noir, les signes ne correspondent pas aux signes hiéroglyphiques. Ils « suggèrent plutôt la présence des ouvriers sur le chantier du temple », suppose Sakuji Yoshimura. Mais jusqu’à l’heure, les égyptologues considèrent cet ostracon comme énigmatique.

Si l’exposition a décodé certains aspects de la civilisation égyptienne, elle a mis aux yeux des spécialistes plusieurs ambiguïtés. La terre cuite comme matériau est très utilisée à l’époque gréco-romaine, mais ses racines se prolongent-elles vraiment à l’Ancien-Empire ? Les égyptologues croient avoir pu dévoiler les secrets de la civilisation égyptienne. Grande illusion puisque les récentes découvertes font surgir une série d’infinies ambiguïtés à décoder.

Doaa Elhami

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