Antennes Relais. Leur impact sur l’environnement et la santé alimente toujours le débat avec des arguments contradictoires qui ne calment pas les plus sceptiques.

La crainte de l’inconnu

Installées sur les toits et les terrasses, les antennes relais font monter la peur, et la colère avec. Beaucoup refusent même leur installation au-dessus de leur appartement. « Il peut y avoir un risque, on ne sait jamais. Nous ne sommes pas prêts à ce que nos enfants tombent malades ! », s’agace une mère. Une autre tempère : « Nous ne sommes pas contre la technologie, mais à condition qu’elle soit saine ». D’autres vont plus loin encore et souffrent de symptômes précis. « J’ai des insomnies, je ressens du malaise quand je me trouve à proximité de personnes qui utilisent leur téléphone portable ou quand je passe un portail antivol dans un supermarché. Je me réveille chaque nuit à la même heure. J’ai fait le rapprochement entre l’heure de mes réveils nocturnes et la plus forte intensité d’émission de ces antennes à cette même heure », avoue une femme qui habite à proximité d’une antenne relais. Mais pourquoi autant de suspicion ?

Comme leur nom l’indique, les antennes relais ou antennes mobiles servent de relais aux téléphones mobiles. Selon l’ingénieur Hicham Abdel-Rahman, responsable à l’Organisme national pour l’organisation des communications, situé dans le Smart Village, il faut savoir que les antennes de téléphonie mobile entraînent une exposition aux champs électromagnétiques entre 100 et 100 000 fois plus faible que les téléphones portables. « Etre exposé pendant vingt-quatre heures à une antenne de 1 volt par mètre a le même effet sur la tête que le fait de téléphoner avec un portable pendant 30 secondes », déclare Abdel-Rahman.

Selon les dernières statistiques de l’Organisme national pour l’organisation des communications, la première antenne relais montée en Egypte l’a été « au-dessus du central téléphonique de Abbassiya, au Caire, en 1996. Cette année-là, il n’y avait que 45 antennes dans le pays. Ce nombre est passé à 15 700 aujourd’hui », précise Hicham Abdel-Rahman. En se référant aux différentes études internationales, on remarque que l’Egypte a promulgué un protocole signé le 13 août 2000 et modifié le 17 février 2005 par les ministères de l’Environnement, de la Santé et des Télécommunications. Ce protocole égyptien suivait les normes internationales établies par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP), le Comité international pour les techniques électriques (IEC), l’Assemblée internationale pour les ingénieurs dans les domaines d’électricité et de technologie (IEE), l’Institut national américain pour les critères (ANFI) qui assurent une protection, avec une grande marge de sécurité, contre tous les dangers connus liés à l’énergie des radiofréquences.

Mesures et calculs montrent que les niveaux des radiofréquences (RF) dans les zones ouvertes au public à proximité des stations de base se situent bien en dessous des normes internationales. Les niveaux d’exposition pour celui qui utilise un combiné de téléphone mobile sont beaucoup plus élevés. Sans compter qu’il est « interdit de monter une station sans l’autorisation des trois ministères concernés. Les antennes mesurent classiquement de 20 à 30 centimètres de diamètre, un mètre de longueur et on les installe sur des bâtiments ou des pylônes à des hauteurs allant de 15 à 50 m au-dessus du sol. Au cas où la hauteur dépasserait 50 m, il faut la permission de l’Organisme de l’aviation civile. Ces antennes émettent des faisceaux RF habituellement très étroits sur le plan vertical mais assez large sur le plan horizontal. A cause de la faible ouverture du faisceau au plan vertical, l’intensité au sol du champ RF est faible immédiatement en dessous de la station. Elle augmente ensuite légèrement en s’éloignant un peu, puis diminue à de plus grandes distances », note Moustafa Al-Yamani, responsable chez Vodafone. « Des barrières de 2 à 5 mètres autour de certaines antennes sur les toits empêchent les gens de pénétrer dans des zones où les champs RF dépassent les limites d’exposition », ajoute le Dr Medhat Al-Messiry, professeur en ingénierie médicale à l’Université du Caire. Quant à Amani Salah, directrice de la gestion des stations de base énergétique au sein du ministère de l’Environnement, elle précise qu’il est interdit de monter une station relais au-dessus des hôpitaux car elles peuvent perturber le fonctionnement de certains appareils électromédicaux comme les stimulateurs cardiaques et les prothèses auditives et ils peuvent aussi menacer le travail des services de soins intensifs.

Malgré toutes ces mesures, une tranche de la population redoute les conséquences sanitaires à long terme des ondes de la téléphonie mobile. Pourtant, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a récemment indiqué que les informations accumulées au cours de ces dernières années n’ont jamais montré l’existence d’effets indésirables à court ou à long termes imputables aux signaux produits par les stations de base. L’OMS a fixé, en 1998, des normes limitant les émissions de champs électromagnétiques. Pour la téléphonie mobile, ce seuil d’exposition sanitaire se situe entre 41 et 61 volts par mètre.

Des efforts de sensibilisation sur ce sujet ont également été déployés depuis plusieurs années par l’ex-ministre de l’Environnement et la directrice exécutive actuelle du Centre de l’environnement et du développement de la région arabe et l’Europe (CEDARE), Dr Nadia Makram Ebeid ainsi que par le PDG de Mobinil, l’ingénieur Iskandar Chalaby. C’est pourquoi ils ont été honorés lors d’un colloque sur le sujet, tenu mi-juillet à l’Institut régional pour la presse d’Al-Ahram. Mais il semble que des efforts supplémentaires soient nécessaires alors que les technologies sans fil se développent à pas de géant et devraient même être appliquées aux fours et réfrigérateurs dans les prochaines années.

Manar Attiya

 

3 questions à
 Sabri Abdel-Hadi,
directeur général de la santé écologique au ministère de l’Environnement.

« Le problème du portable est son effet sur le long terme »

Al-Ahram Hebdo : Quels risques pour la santé les antennes relais présentent-elles exactement ?

Sabri Abdel-Hadi : Les troubles sur la santé peuvent atteindre les systèmes neurologique, endocrinien et immunitaire. Certaines études ont également montré des risques de cancer. On constate également l’apparition du « syndrome des micro-ondes », c’est-à-dire maux de tête, nausées, dépressions, irritabilité, troubles du sommeil, trouble de la concentration, perturbations de la pression artérielle, modifications sanguines et troubles dermatologiques (eczéma), etc. Tout cela peut arriver au cas où on ne parviendrait pas à appliquer les critères et les règlements des organisations, des comités et des instituts internationaux travaillant en matière d’électromagnétique, ainsi que le protocole du montage des antennes relais signé en Egypte le 13 août 2000 et modifié le 17 février 2005, par les ministères concernés.

— Les téléphones semblent être plus dangereux que les antennes. Partagez-vous ce point de vue ?

— Sans doute, parce que le téléphone mobile est en contact direct avec l’oreille, et des études récentes l’ont assuré. Les combinés de téléphones mobiles sont des transmetteurs de faible énergie, l’émission maximale se situant entre 0,2 et 0,6 watts. D’autres types de transmetteurs, comme les émetteurs-récepteurs radio portatifs peuvent émettre 10 watts ou plus. La puissance des radiofréquences (et donc l’exposition d’un utilisateur) diminue rapidement avec la distance. Il en résulte que l’exposition de l’utilisateur d’un combiné situé à des dizaines de centimètres de la tête (recours à un système « mains libres ») est beaucoup plus basse que pour quelqu’un qui place le combiné près de sa tête.

— Doit-on interdire aux enfants l’usage des téléphones mobiles ?

— C’est une évidence. Je suis favorable à l’interdiction de ces téléphones aux plus petits, parce qu’ils sont en phase de développement. Il faudrait rendre obligatoire l’usage de l’oreillette pour les moins de 12 ans, pour tout le monde même. Car le problème du portable est son effet de ses faibles doses sur le long terme.

Propos recueillis par Manar Attiya

Les bons gestes

Même si la nocivité des téléphones portables n’a pas été formellement prouvée, le Dr Medhat Al-Messiry, professeur en ingénierie médicale, conseille de limiter les risques en adoptant quelques mesures de précaution.

— Ne pas autoriser les enfants de moins de 12 ans à utiliser un téléphone portable sauf en cas d’urgence. Les organes en développement (du fœtus ou de l’enfant) sont les plus sensibles à l’influence possible de l’exposition aux champs électromagnétiques.

— Lors des communications, essayer autant que possible de maintenir le téléphone à plus de 1 mètre du corps.

— Rester à plus de 1 mètre de distance d’une personne en communication, et éviter d’utiliser son téléphone portable dans des lieux publics comme le métro, le train ou le bus où les voisins sont exposés passivement.

— Eviter le plus possible de porter un téléphone mobile sur soi, même en veille. Ne pas le laisser à proximité de son corps la nuit (sous l’oreiller ou sur la table de nuit) et particulièrement dans le cas des femmes enceintes. Privilégier le mode « avion » ou « hors ligne » qui a l’effet de couper les émissions électromagnétiques.

— Si le téléphone est porté sur soi, s’assurer que la face « clavier » est dirigée vers le corps et la face « antenne » vers l’extérieur.

— N’utiliser son téléphone portable que 6 minutes seulement par contact (les effets biologiques sont directement liés à la durée d’exposition).

— Pendant les communications, changer de côté régulièrement. Avant de mettre le téléphone portable contre l’oreille, attendre que le correspondant ait décroché (baisse de la puissance du champ électromagnétique émis).

— Eviter d’utiliser le portable lorsque la force du signal est faible ou lors des déplacements rapides comme en voiture ou en train.

— Communiquer par SMS plutôt que par téléphone (ce qui limite la durée d’exposition et la proximité du corps).