Al-Ahram Hebdo, Economie | Vent de liberté pour les travailleurs étrangers
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 29 juillet au 4 août 2009, numéro 777

 

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Economie

Bahreïn. La main-d’œuvre étrangère pourra changer d’emploi à sa guise dès le premier août, grâce à l’annulation du système du kafil (garant).

Vent de liberté pour les travailleurs étrangers

Hussein ghoneim est un chauffeur égyptien. Il a travaillé pendant dix ans en Arabie saoudite, mais a dû s’en aller du pays en perdant l’ensemble de ses droits financiers. « J’ai voulu quitter mon emploi suite à un accident qui m’a rendu incapable de conduire un camion sur de longues distances. Mais mon kafil (garant) a refusé de m’accorder mes droits financiers évalués à 200 000 dinars (environ 540 dollars). Il a même réussi à me mettre en prison quand j’ai demandé mes droits », raconte-t-il amèrement.

Les mauvais rapports garant-travailleur sont un phénomène dans plusieurs pays du Golfe et au Liban, mais qui disparaîtront dans le royaume du Bahreïn avec l’annulation officielle du système du kafil, une décision qui entrera en vigueur le 1er août prochain. Dans ces pays qui dépendent lourdement de la main-d’œuvre étrangère, tout étranger doit posséder un garant l’autorisant à travailler dans le pays contre le versement d’une partie de son salaire.

L’annulation du système permettra ainsi aux travailleurs étrangers de changer librement d’emploi, sans la condition préalable de l’approbation de son garant, qui est d’habitude son employeur. « L’Etat sera dorénavant le garant des travailleurs étrangers », a déclaré le ministre du Travail bahreïni, Magid Elwi, en ajoutant que le système du kafil n’existe pas dans la loi de son pays, et qu’il est juste une coutume. « L’annulation est un engagement en plus du Royaume pour le respect des traités internationaux concernant les droits de l’Homme, en vue de réaliser un équilibre sur le marché de travail », s’est-il félicité.

Le système du kafil est appliqué depuis les années 1960 afin d’organiser la relation entre les employeurs et la main-d’œuvre étrangère. Selon ce système, l’employé doit payer une importante somme à son kafil pour obtenir visa et permis de travail. Cette somme diffère d’un pays à l’autre selon la nature du travail. Elle atteint en moyenne l’équivalent de 10 000 L.E. au Bahreïn, 15 000 en Arabie saoudite ou aux Emirats arabes unis. Au Koweït, elle est de 22 000 L.E. En échange, le kafil confisque le passeport et le visa de l’employé dès son arrivée sur le territoire et l’interdit de voyager hors du pays ou de changer d’emploi sans obtenir son autorisation. Des ONG ont souvent critiqué le système du kafil qui est « une forme d’esclavage », d’après l’ONG britannique Oxfam. Il est donc logique de voir son annulation applaudie par plusieurs institutions internationales. « C’est un pas positif qui va renforcer la concurrence sur le marché du travail et doit être suivi par les autres pays du Golfe », juge le secrétaire général adjoint des Affaires économiques au sein de la Ligue arabe, Mohamad Al-Touegri, qui souligne que les gouvernements de ces pays s’engagent dorénavant afin d’organiser cette liberté de déplacement. 

Préjudice à la concurrence

Mais le milieu des affaires au niveau national est, lui, insatisfait. Plusieurs patrons d’entreprises bahreïnies ont affirmé à Al-Ahram Hebdo que cette mesure s’oppose au volume et au potentiel du marché bahreïni qui recrute plus de 500 000 étrangers représentant presque la moitié de la population. Ils avancent que la décision portera préjudice à la concurrence et dévoilera les informations confidentielles des entreprises, entraînant éventuellement une instabilité des projets et une faiblesse de la capacité compétitive. De nombreux patrons de petites entreprises à Bahreïn craignent être les perdants de cette mesure. « Elle permet aux grandes entreprises d’attirer nos employés, en les séduisant par des rémunérations plus attrayantes. Les conséquences peuvent être néfastes et insupportables. Nous risquons d’aller jusqu’à la liquidation de nos projets et la sortie du marché », s’insurge un employeur qui a requis l’anonymat, tout en réclamant du gouvernement bahreïni d’imposer des critères et des conditions garantissant à l’employeur ses droits et le protégeant contre cette libéralisation.

De sa part, Magid Elwi a essayé d’apaiser les opposants en avançant que les déplacements se feront en vertu de réglementations garantissant les droits des employeurs et des employés. « Un étranger n’aura pas le droit de quitter son emploi sans avertir son patron trois mois à l’avance », explique-t-il en ajoutant que cette liberté engagera une hausse des salaires. Le ministre s’est défendu en affirmant que les marchés ne donnant pas aux travailleurs le droit de circuler librement à la recherche de meilleures opportunités de travail sont des marchés rigides, non compétitifs et très tendus.

Cette initiative du Bahreïn a incité les organisations de droits de l’Homme à agir dans d’autres pays arabes. L’Association nationale des droits de l’Homme a présenté une demande au ministère du Travail saoudien pour annuler ce système dans le Royaume. « Au cours des 4 dernières années, l’association a reçu plus de 12 000 plaintes. Une sur cinq concerne des litiges entre des étrangers et leurs kafils. Ce système de kafil est très injuste », note l’association dans son rapport annuel en proposant la création d’un organisme dépendant du ministère du Travail chargé de surveiller les affaires de la main-d’œuvre étrangère dans le Royaume. Par ailleurs, il existe des informations selon lesquelles le ministère du Travail cherche à mettre en place des procédures pour la création de sociétés de recrutement de la main-d’œuvre étrangère pour remplacer le système actuel du kafil. Mais le ministre du Travail saoudien, Ghazy Al-Kossaiby, a nié récemment l’intention de son pays d’introduire des changements dans le système du travail dans le Royaume. « Le ministère du Travail pourrait substituer un garant par un autre si le kafil abuse de son employé. Le travailleur est par ailleurs libre de voyager en dehors du Royaume sans avoir l’autorisation de son patron », a-t-il annoncé au désenchantement de toutes les attentes de rapports plus justes entre patrons et employés.

Sami Kamal avec Gilane Magdi

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Une série
de
réformes

L’annulation du système du kafil (garant) intervient dans le cadre d’une série de mesures prises récemment par le gouvernement du Bahreïn, afin d’améliorer les conditions de travail et de traiter de manière humaine la main-d’oeuvre étrangère. Comme par exemple la décision interdisant les sociétés et les autorités publiques de transporter leurs employés étrangers dans des camions de transport de marchandises et de le faire désormais dans des véhicules privés.

Les réformes du marché de travail visent à augmenter le coût de la main-d’œuvre étrangère, afin d’inciter les patrons à recruter les Bahreïnis. Surtout que la main-d’œuvre étrangère est non formée et peu qualifiée. En parallèle, le gouvernement a allégé les conditions de « bahrénisation » qui dictait à l’employeur d’embaucher un taux élevé de Bahreïnis pour être autorisé à employer des étrangers. Une nouvelle loi du travail dans le secteur privé est actuellement soumise à discussion au Parlement bahreïni. Elle consiste à mettre en place un tribunal ouvrier au ministère du Travail en coopération avec le ministère de la Justice afin de trancher les éventuels litiges entre patrons et ouvriers.

Gilane Magdi

 




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