Al-Ahram Hebdo, Dossier | Une approche souvent biaisée
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 29 juillet au 4 août 2009, numéro 777

 

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Dossier

PNUD. Le Rapport 2009 sur le développement humain détecte beaucoup de facteurs qui seraient à la base d’une absence de la sécurité humaine dans la région. Il pèche cependant par une tentative délibérée de dégager la responsabilité des interventions étrangères, occidentales en l’occurrence.

Une approche souvent biaisée

La controverse a, cette fois-ci, précédé la publication de l’ouvrage. Sept ans après un premier rapport qui a soulevé une polémique et quatre ans après son dernier rapport, le PNUD vient de lancer son cinquième document sur le développement humain dans les pays arabes. Un rapport qui prétend être objectif dans une région à sensation. C’est au Grand Sérail de Beyrouth que le lancement du document, Les défis de la sécurité humaine dans les pays arabes, a eu lieu.

Le document qui s’étale sur 288 pages s’attaque à la question de la sécurité humaine sous angles diverses, qui vont de la santé à la nutrition, en passant par les carences en matière de liberté et les occupations militaires. L’énumération ne manque pas, les menaces à la sécurité humaine sont placées en sept catégories, mais les auteurs de l’ouvrage partent de cette hypothèse que « les grands problèmes tracés dans les précédents textes du Programme des Nations-Unies pour le développement se sont aggravés. Et on se demande alors pourquoi les obstacles au développement humain dans cette région se sont avérés si tenaces ? ».

Le texte estime ainsi que la sécurité humaine est menacée sur le plan national et international et que la sûreté de l’état ou la « sécurité nationale » a pris le devant au détriment de « la sécurité humaine » du citoyen.

Mais le rapport plaide aussi que l’inverse est vrai : la sécurité humaine et la sécurité de l’Etat sont les deux faces d’une seule monnaie. « Assurer la sécurité humaine mène non seulement à plus d’opportunités pour le développement humain, mais permet aussi à l’Etat de gagner de la légitimité aux yeux du peuple », estime le rapport du PNUD qui a puisé dans les contributions de chercheurs et érudits. 26 consultants dont des noms comme Kamal Aboul-Magd, Lakhdar Brahimi, Baheya Al-Hariri, Hanane Achrawi avec une équipe centrale de 9 chercheurs et 34 auteurs de papiers et d’essais. Et pour la première fois, le PNUD se réfère à une série de forums de jeunesse sur la sécurité humaine. Un sondage d’opinion sur divers aspects de la sécurité humaine est également effectué dans 4 pays arabes uniquement : le Koweït, le Maroc, les Territoires palestiniens et le Liban.

Rabat a exigé que soient éliminées les questions sur les appareils de sécurité, Koweït a réclamé que le sondage ne questionne pas les immigrés. L’Egypte, qui devrait faire partie de ce sondage, a tout simplement opposé une fin de non recevoir à la demande du PNUD.

Un chapitre pour chacune des menaces estimées à la sécurité humaine. Le plus long est celui consacré à « la performance de l’Etat ». Sur 21 pages, l’ouvrage évoque les violations du droit à la vie à travers la torture ou la maltraitance, l’état d’urgence et les détentions illégales. Il passe à une sorte d’état des lieux des demandes de réformes, des forces de l’opposition, notamment les mouvements islamiques dans les Etats arabes. « Six pays arabes interdisent tout simplement la formation de partis politiques, et dans d’autres, les limites imposées aux activités politiques et aux organisations civiques constituent une interdiction de fait ». Le chapitre élabore sur la crise au Darfour comme « exemple tragique de la défaillance de l’Etat ».

Le chapitre critique les pays arabes où « les différences en matière d’identité sont considérées comme une source d’insécurité. Ainsi s’est développé l’objectif de masquer la diversité des populations, leurs culture, religion et langages ». Les auteurs du rapport considèrent que les Etats arabes se sont transformés dans beaucoup de cas en source de menaces à la sécurité de leurs citoyens, au lieu de la garantir.

Le « oui, mais » des politologues

Et c’est là que réside l’une des principales critiques avancées contre le Rapport de 2009. « La plupart des régimes arabes, si ce ne sont pas tous, ont un point en commun, c’est qu’ils dérangent leurs population et limitent leurs champs de liberté. Mais le Rapport a beaucoup atténué le facteur extérieur, comme l’occupation, en jetant l’entière responsabilité sur la performance des gouvernements », estime le politologue Gamal Abdel-Gawad.

C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Moustapha Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire et auteur principal du rapport, s’est dit « non-responsable » de la version finale de l’ouvrage.

« La version que j’avais présentée considérait la colonisation étrangère, que ce soit en Palestine ou en Iraq ou au Sahara occidental, comme étant la deuxième menace pour la sécurité humaine dans le monde arabe. Mais la version préparée par les fonctionnaires du PNUD, relègue cette question comme la dernière source de menace. le Conseil consultatif a déplacé le chapitre du début du rapport et l’ont placé à la fin dans le but de marginaliser la menace de l’occupation étrangère ». (Lire entretien page 5).

L’approche de la sécurité humaine appliquée à l’occupation prend ainsi une partie moins importante que celle de la faim et la nutrition. Le document n’hésita pas ainsi à parler de l’obésité « qui prend de l’ampleur dans le monde arabe » comme menace à la sécurité et de la malnutrition. Le nombre de personnes souffrant de malnutrition dans la région est passé de 19,8 millions en 1990-1992 à 25,5 millions en 2002-2004. Le rapport avoue qu’en dépit de taux de pauvreté dans la région, elle reste la moins touchée par la faim et « les habitants dans les pays riches souffrent de graves manques par rapport aux habitants des pays arabes ».

Une partie est aussi consacrée dans le chapitre à la santé au virus VIH, le sida, alors qu’il ne représente pas un phénomène dans la région, 435 000 cas, et que « plus de 73 % des cas résident dans un seul pays arabe : le Soudan ». Une sorte de vue plutôt occidentale de la priorité des choses, estiment les opposants au document, d’autant plus que dans le dernier chapitre consacré à l’occupation et aux conflits militaires, le texte utilise des termes trop politisés, à l’instar de violence et contre-violence, pour parler du conflit israélo-palestinien. Dans la crise en Iraq, il peine à désigner les forces d’occupation américaine comme responsables du manque de sécurité dans le pays et se contente simplement d’affirmer qu’elles « n’ont pas réussi à garantir la sécurité aux Iraqiens ». La résistance palestinienne ou celle iraqienne sont désignées plutôt comme « milices » et « la politique des forces étrangères » prend la place de « l’occupation américaine ».

La question israélienne

La question du Golan, ce territoire syrien occupé par Israël depuis 1967, ne figure pas d’emblée dans le texte, comme si le PNUD reconnaît implicitement l’annexion par Tel-Aviv de ce territoire syrien.

Selon Al-Sayed, la partie consacrée à « Israël comme menace à son entourage arabe » a été éliminée du rapport final. Pour faire plaisir apparemment aux régimes arabes en place, le chapitre consacré aux tensions liées à l’identité comme au Liban, en Iraq ou au Soudan a complètement disparu, aussi bien qu’un essai de l’écrivaine algérienne Ahlam Mostaghanemi, Vision de la guerre civile en Algérie.

Durant le lancement du rapport, l’ambassadeur de la Ligue arabe, Abdel-Rahmane Al-Solh, lisant un mot du secrétaire général, Amr Moussa, a vivement critiqué le PNUD, accusant ses rédacteurs d’avoir « publié des données erronées et d’avoir travaillé guidés par leurs préjugés et non par la réalité de la situation dans le monde arabe ». En effet, 70 % des chiffres cités dans le rapport sont ceux des Nations-Unies et la plupart d’entre eux remontent à 2004 et 2005. Les statistiques les plus alarmantes concernent la démographie. Le rapport affirme que les ressources naturelles s’épuisent à un rythme alarmant du fait de l’accroissement de la pression démographique. En 2015, la région comptera, estime-t-on, près de 395 millions d’habitants. Une pression alarmante puisque le total en 2007 étant d’environ 317 millions. Le monde arabe ne comptait que 150 millions il y a une trentaine d’années. Le manque généralisé de sécurité humaine continuera à s’opposer au développement humain. Une réorientation des politiques de développement dans la région est plus que jamais nécessaire. C’est-à-dire voir les choses au-delà de la question de survie immédiate.

« Le rapport ne reflète pas forcément le point de vue du PNUD ni de ses responsables. Il est le fruit d’un travail d’auteurs indépendants », c’est ainsi que la direction du PNUD a choisi d’introduire son 5e ouvrage sur le monde arabe. Somme toute la complexité des phénomènes et thèmes analysés rend difficile de parvenir à une vue unique.

Samar Al-Gamal

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Le PNUD, un instrument d’assistance aux pays en développement

Le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) fait partie des programmes et fonds de l’Onu. Son rôle est d’aider les pays en développement en leur fournissant des conseils, mais également en plaidant leurs causes pour l’octroi de dons. C’est ainsi que ce programme travaille en collaboration avec de nombreux autres programmes, comme le mécanisme de coordination de huit agences des Nations-Unies contre le sida, Onusida, et d’autres organisations internationales (UPU, OMS, etc.).

Les origines du PNUD remontent aux années 1950, avec la création par l’Assemblée générale des Nations-Unies du Programme élargi d’assistance technique et la mise en place, en décembre 1958, du Fonds spécial des Nations-Unies. Les activités proches de ces deux organisations ont conduit l’Assemblée générale à décider de leur fusion par la résolution 1029 et la création, au 1er janvier 1966, du PNUD.

Son siège est à New York, aux Etats-Unis.

Ses principaux axes d’action sont de promouvoir la gouvernance démocratique, de réduire la pauvreté, de prévenir les crises (catastrophes, guerres ...), d’aider à la gestion durable des ressources (énergie, environnement), d’empêcher la propagation du VIH/sida et, de manière globale, de promouvoir le développement humain.

Le PNUD assume également pour le compte du système des Nations-Unies la fonction de coordination des activités opérationnelles des agences onusiennes sur le terrain, dans les pays partenaires de l’action des Nations-Unies.

 

 

 

 




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