Al-Ahram Hebdo, Opinion | Hassan Abou-Taleb, Le Liban à la recherche d’une entente
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 Semaine du 17 au 23 juin 2009, numéro 771

 

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Opinion

Le Liban à la recherche d’une entente
Hassan Abou-Taleb

Les élections libanaises se sont bien passées. Ce sont les premières effectuées sans la présence de forces militaires non-libanaises depuis trois décennies. Elles ont été gérées par le gouvernement libanais représenté par le ministère de l’Intérieur et par les forces de la sécurité et de l’armée. De plus, elles ont connu un grand taux de participation s’élevant à près de 54 %. Les résultats n’ont ni donné le dessus à une partie aux dépens d’une autre, ni n’ont permis à une partie d’anéantir l’autre. Ils ont rappelé pour la énième fois que le Liban ne peut vivre selon la règle de la majorité et de la minorité, mais selon les règles de la démocratie classique. Ces règles sont applicables dans les sociétés homogènes qui ont dépassé les appartenances primitives aux appartenances nationales globales. Mais le Liban n’a pas encore atteint ce stade. Il ne peut donc que présenter sa formule exceptionnelle de concordance qui réunit toutes les parties politiques et idéologiques malgré toutes leurs convergences et divergences. La coexistence entre les opposants est un caractère particulier au Liban que rien n’a pu changer jusqu’à présent.

Les élections libanaises étaient un défi que tout le monde a réussi à relever. Pour la première fois, les élections se sont déroulées le même jour dans toutes les circonscriptions. Elles ont connu le moins de tensions sécuritaires et étaient les plus transparentes et les plus tranchantes selon les observateurs. Tout le monde a accepté les résultats, lesquels ont représenté une copie conforme des tendances politiques et confessionnelles du citoyen libanais.

Tant que la loi des élections selon les petites circonscriptions, qui remonte à 1961, est encore en vigueur, le Liban continuera à tourner dans un cercle vicieux : les pouvoirs tribaux et confessionnels et les familles politiques traditionnelles. Il est vrai que les campagnes électorales ont témoigné de slogans qui semblaient porter une teneur politique de valeur, mais celles-ci ne signifient rien  du tout à la lumière de l’emprise confessionnelle et idéologique, ainsi que de l’emprise de l’argent politique et des ingérences étrangères directes et indirectes. Les élections étaient certainement porteuses d’indices importants. Le plus important est qu’elles ont fait éviter au Liban une grande impasse politique qui se serait imposée si les forces du 8 Mars avaient remporté une majorité parlementaire. Une telle victoire aurait engendré un heurt direct entre le Liban et ses voisins directs. Elle aurait placé le Liban sous une emprise iranienne que les Libanais non-chiites auraient catégoriquement refusée. Ceci aurait engendré des pressions américaines et européennes qui ont d’ailleurs été insinuées franchement et le Liban aurait été placé dans un état d’isolement. Ce sont certainement ces craintes qui ont poussé les Libanais, notamment chez les chrétiens, à opter pour la modération, pour la sagesse et pour l’Etat ouvert sur lui-même et sur le monde extérieur.

La liste des noms des grands députés n’a présente aucune surprise. En effet, les élections ont gardé plus de 80 % des noms figurant dans l’ancien Parlement. De plus, les grands leaders ont maintenu leur siège. En effet, Saad Al-Hariri est devenu un grand symbole sunnite. Il en est de même pour Walid Jumblatt pour les druzes, Michel Aoun pour les chrétiens du Courant patriotique libre et Nabih Berri pour le mouvement de l’Espoir. Ceci signifie que le Liban ne produit pas facilement de nouveaux leaders. Il ne renouvelle son élite politique influente que de manière très limitée et avec un coût très élevé que paient les deux parties à la fois, la société politique libanaise tout entière et le nouveau venu dans l’élite traditionnelle.

Les élections libanaises ont octroyé une majorité parlementaire aux forces du 14 mars, avec 71 sièges en contrepartie de 68 sièges dans le Parlement précédent, alors que les forces d’opposition connues sous le nom des forces du 8 Mars ont obtenu 60 sièges en contrepartie de 57. Selon  ces chiffres, le vainqueur ne peut pas former le gouvernement à lui seul, car il a besoin de 17 autres sièges pour obtenir les deux tiers tranchants dans la gestion du pouvoir. Le vaincu n’a pas perdu la chance d’influencer la forme et la performance du gouvernement prévu. C’est là qu’apparaît le grand dilemme auquel les leaders du Liban tentent de trouver une issue.

Les indices préliminaires indiquent que le vainqueur tend la main à l’autre partie et que ce dernier veut faire partie de l’équation gouvernementale selon un partenariat. Cependant, le terme de partenariat utilisé par certains députés du Hezbollah n’est pas gratuit. Ils ont des conditions comme ne pas toucher aux armes de la résistance contre l’ennemi sioniste israélien et garantir la participation de la minorité aux grands choix gouvernementaux.

Ces conditions signifient qu’il n’y aura aucun changement dans les principaux dossiers sur la table du dialogue national et que les résultats des élections ne permettent pas au Liban de connaître d’autres alternatives s’accordant, même partiellement, avec l’ambiance générale qui a formé les résultats des élections. L’argument du clan du 8 Mars est bien fondé. Bien qu’il ait perdu quelques sièges, il possède encore des partisans s’élevant à 45 % du total des députés et des voix. Personne donc ne peut ignorer près de la moitié du peuple.

C’est ainsi qu’apparaît l’image exceptionnelle de la démocratie au Liban. C’est le vaincu qui dicte ses conditions au vainqueur. Ceci ne signifie pas que le vainqueur n’a pas de conditions opposées. Il est évident que les forces du 14 Mars n’accepteront pas facilement l’idée du tiers bloqué qui a fait souffrir le gouvernement précédent et qui signifie pratiquement que les forces d’opposition détiennent les clés de toute décision tranchante. Elles n’accepteront pas non plus de renoncer à la traduction de leur victoire qui signifie en quelque sorte un soutien populaire libre aux grands choix présentés par ce clan que ce soit en ce qui concerne la priorité de l’Etat sur toutes les autres forces partisanes ou militaires, ou l’acquisition d’une certaine stabilité politique qui ne permet pas de s’engager dans des aventures militaires dont l’Etat ne sait rien ou encore d’accorder un intérêt aux efforts de la reconstruction de l’économie libanaise.

Le dilemme de la formation du gouvernement à la lumière de ces résultats ne signifie pas que le Liban est arrivé à une impasse. Il existe une chance de parvenir à une formule d’entente. Les négociations seront difficiles au sein de chaque clan et entre les deux clans, mais le Liban parviendra à une solution, comme ça a été le cas pour les élections. Elles ont profité de l’atmosphère d’entente arabe autour du Liban, dont les grands traits se sont graduellement cristallisés il y a près de deux mois. Il est donc tout à fait probable que le nouveau gouvernement soit l’expression de la victoire de la majorité d’une part et de la participation de l’opposition d’autre part, selon une formule n’entravant pas les travaux du gouvernement comme le veut le clan du 14 Mars et ne négligeant pas les craintes du clan du 8 Mars. Ceci nécessite des concessions calculées de la part de toutes les parties. Ce sont là les défis du partenariat et de la coexistence,

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