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 Semaine du 17 au 23 juin 2009, numéro 771

 

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Politique. Entre réalité et rumeurs, Aliaa Saraya étudie l’évolution des organisations des droits de l’homme en Egypte et leurs interactions avec les institutions internationales de 1980 jusqu’à 2000. Une thèse qui vient d’être publiée chez l’Harmattan.

L’indispensable clef pour
comprendre une époque

« Des engagés pour la cause des droits de l’homme en Egypte » est une clef pour comprendre l’évolution de la société civile égyptienne à une certaine époque, notamment après la promulgation de l’état d’urgence en 1981 suite à l’assassinat du président Sadate. Le militantisme pour les droits de l’homme demandait alors une motivation forte et un dévouement quasi-exclusif, puisqu’il n’y avait pas assez de bénévoles.

Depuis, les temps ont changé. Cela était l’époque du militantisme avant l’ère de l’Internet. L’étude est consacrée à une époque aux alentours des années 1980-2000. Elle est ciblée sur les organisations des droits de l’homme comme lieux d’engagement et sur leurs militants comme acteurs. Aliaa Saraya désigne ces derniers tout au long du livre par leurs initiales et les classe selon leur appartenance à telle ou telle génération : la troisième, la quatrième ou la cinquième. Ce sont les générations contemporaines qui sont recensées, puisqu’elles étaient les premières à avoir des rêves, des idéaux et des frustrations communs.

Les limites de l’espace proposé, selon le schéma de Saraya, compressent, par conséquent, les militants et les réduisent à des fonctionnaires.

Leurs actions sont le gage qui permet d’obtenir un financement. Parallèlement, les campagnes de diffamation, à tort ou à raison, contre ces organisations des droits de l’homme ne facilitent pas la collecte des fonds ni un financement stable. Même si on ne partage pas toujours leur point de vue, l’existence de ces organisations est primordiale pour la démocratie égyptienne. Le sérieux de l’étude de Aliaa Saraya est à apprécier, surtout lorsqu’elle aborde les problèmes administratifs et de fonctionnement interne, qui occupent une place importante dans l’expérience des droits de l’homme en Egypte. Le manque de financement est parmi les plus grands obstacles, contrairement à une idée répandue selon laquelle ces organisations feraient de la cause un fonds de commerce. A cette époque, Amr Abdel-Samie, journaliste et animateur de télévision, avait écrit Mon combat !, conte satirique et social sur un militant-sociologue qui collectait des fonds auprès des ambassades et organismes internationaux pour faire fortune, et ce sous couverture de la bonne cause. Et cela a affecté les organisations sérieuses, que le public a mises dans le même sac que les autres. L’homme de la rue ou le sympathisant naturel est devenu sceptique à propos de ces organisations, au moment où son soutien était nécessaire. En plus, les grandes démocraties n’ont pas donné le bon exemple. Au niveau international, jamais Israël n’a été condamné, au moment où tout le monde en Egypte connaît le statut réservé aux Arabes au sein de cette société depuis plus de cinquante ans. Et quand l’Occident assure, avec la même certitude que lorsqu’il accusait l’Iraq de détenir des armes de destruction massive, que les droits de l’homme sont bafoués en Egypte, il ne possède plus assez de crédibilité auprès de l’homme de la rue. L’image des organisations de droits de l’homme, qui œuvrent pour fournir des alibis d’ingérence aux forces occidentales, était même véhiculée par l’Etat égyptien. Par ailleurs, accepter un financement implique de devoir rendre des comptes vis-à-vis des donateurs, ce qui est très mal perçu en Egypte. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication, les chaînes satellites, les blogs et l’extension de l’espace public, le militantisme est vulgarisé. Plus besoin d’organisations pour l’encadrer. Le militantisme se manifeste parfois par un simple blog. Ainsi, l’affaire de la torture policière filmée sur téléphone portable a utilisé les médias et mobilisé les acteurs de l’espace public et la société civile égyptienne, sans intervention étrangère, ni mobilisation extraordinaire des organisations de droits de l’homme. L’époque recensée par Aliaa Saraya était celle des débuts basés sur l’idée, d’après ses termes, sur « l’expérience et l’erreur » ; or par l’analyse des erreurs l’on s’améliore. Aujourd’hui, les structures organisationnelles perdent du terrain en faveur de l’engagement citoyen et l’influence des nouveaux médias. Nous vivons une époque où il suffit de poser la bonne question sur le bon support.

Amr Zoheiri

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Aliaa Saraya, Des engagés pour la cause des droits de l’homme en Egypte, Paris, l’Harmattan, série Questions contemporaines, 2009

 




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