Al-Ahram Hebdo, Livres | Les flâneries du « khawaga »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 17 au 23 juin 2009, numéro 771

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Livres

BD. Dans Mes Mille et une nuits au Caire, le premier tome de ses mémoires, Golo offre un témoignage personnel sur la vie culturelle et sociale dans l’Egypte sadatienne. Ces balades dans la ville époustouflante, du mouled d’Al-Rifaï au café Riche, sont dédiées à ses amis Goudah Khalifa et Djamal Si Larbi, notre regretté collègue.

Les flâneries du « khawaga »

Le Caire 2003 : Golo et son ami Djamal assistent « impuissants et horrifiés » au bombardement de Bagdad. Ils partagent la même colère contre les accusations de détention d’« armes de destruction massive » et autres arguments fallacieux ne servant finalement qu’à l’instauration du « Nouvel ordre mondial ». Ce soir-là, une fois la télé éteinte, Golo raconte à Djamal sa rencontre avec un « vieux monsieur dans sa bibliothèque à Zamalek », Heshmat Sadeq pacha, qui lui avait narré la cour de Haroun Al-Rachid et l’attaque de la ville abbasside par les Mongols à laquelle rien n’avait survécu. Sauf Les Mille et une nuits, dont le vieil érudit collectionnait les versions. Une rencontre qui avait enchanté un Golo ne demandant pas mieux que de débattre pour savoir qui, de Galland ou de Madrus, était l’auteur de la meilleure traduction des célèbres contes.

C’était Goudah Khalifa qui avait présenté Heshmat Sadeq à Golo, environ un an après l’arrivée au Caire du dessinateur français en 1974. « Goudah était un artiste du hasard, un créateur de situations, un tourbillon de fantaisie. Il renversait les conventions, faisait exploser le rire, s’effondrer les barrières … ». Plus de trente ans plus tard, Golo ressuscite son guide improvisé, et en fait la clé de ces Mille et une nuits au Caire. Avec le même trait tout en rondeurs, le même attachement aux détails drôles ou ubuesques du quotidien cairote que dans son adaptation de Mendiants et orgueilleux d’Albert Cosseiry, le « khawaga » Golo se dépeint en visiteur pris au dépourvu par mille nouveautés désarçonnantes, de la procession du mouled d’Al-Rifaï aux soirées du haschich improvisées au bord du Nil. Au hasard de ses flâneries dans une ville devenue familière grâce à la prévenance discrète de Goudah, il fait une description fidèle des rues de Zamalek et d’Al-Hussein, esquisse les fumeries de Maarouf coincées entre deux ateliers de mécanos, décrit le siège de la revue Sabah al-kheir vibrant du rire de Goudah à chacun de ses passages. Il rend vie à ses discussions au Café Riche avec Djamal Si-Larbi, notre collègue algérien qui nous a quittés en 2007, et un troisième acolyte, également bédeiste de talent, Mohieddine Al-Labbad. Il relate sa première rencontre avec le rescapé oranais au bar du Cap d’or.

Golo raconte son rapport à une ville qu’il a fini par adopter, au point qu’elle lui manque cruellement quand il se retrouve à Paris. Une ville dont l’histoire se mêle aux anecdotes de ses amis cairotes. Au détour d’une nokta relatée avec forces dessins généreux, il décrit les queues devant les coopératives, se souvient des fenêtres encore enduites de bleu après la guerre de 1973, des émeutes de 1977 qui le surprennent à Alexandrie, raconte, comment, démangé par la curiosité, il a défié le couvre-feu. Une ambiance qu’il relate à travers son vécu personnel. L’hospitalité n’est plus un mythe abstrait, mais se décline à travers l’histoire du chauffeur de taxi qui lui propose de l’accueillir chez lui, ne voulant pas laisser le « khawaga » seul en pleine émeute. Adopté par ses pairs comme un « ibn balad » il peut même se permettre d’abandonner toute complaisance. Lui-même n’échappe pas à sa dérision, dans sa situation de « khawaga » toujours muni d’un petit carnet de vocabulaire illustré — objet des moqueries affectueuses de Goudah : « Il est un peu attardé, il écrit encore en hiéroglyphes ».

 

Ambiance de conte surnaturelle

Témoignage sur la vie culturelle et sociale dans l’Egypte de Sadate, Mes Mille et une nuits au Caire n’a donc rien d’un « conte » emprunté à un « Orient » luxuriant, contrairement à ce que semble insinuer son exergue, choisie de façon assez inattendue parmi les citations de Gérard de Nerval : « En Orient, tout devient conte ». Car, malgré sa fascination pour les histoires de afrites dans les bains publics, les rifaïya dresseurs de serpents et les détails pittoresques de la mégapole cairote, Golo, tel qu’il se met en scène comme badaud aux cheveux longs perdu dans la foule, est tout sauf un spectateur de contes exotiques dans un Orient d’orientalistes. Même le parler égyptien — dont il traduit littéralement certaines expressions, de «  nouvelle blanche » à « Que votre nuit soit de miel » — qui pourrait créer pour le lecteur non arabophone une ambiance de conte surnaturelle, replace le lecteur arabophone dans un environnement familier, et dédouble son plaisir — non sans évoquer le style de Cosseiry. Un plaisir que les inconditionnels de Golo devront malheureusement réfréner pour l’instant, ou se démener pour dénicher un exemplaire chez un ami arrivant de France, la censure n’ayant toujours pas permis l’entrée de ces albums en Egypte.

Dina Heshmat

Retour au sommaire

 

Golo, Mes Mille et une nuits au Caire, Futuropolis, 2009.

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.