Al-Ahram Hebdo, Egypte | Ils se comptent encore par millions
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 Semaine du 17 au 23 juin 2009, numéro 771

 

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Egypte

Travail des Enfants.  Un récent rapport publié par le Centre national des recherches sociales et criminologiques indique que le phénomène est en augmentation malgré les efforts développés pour l’éradiquer.

Ils se comptent encore par millions

Aujourd’hui, l’Egypte compte 2,8 millions d’enfants travailleurs contre 1,3 million en 2004 et 700 000 en 2001. Ce sont les chiffres fournis par un récent rapport préparé par le Centre National pour les Recherches Sociales et Criminologiques (CNRSC) en coopération avec l’Unicef. 12 % de ces enfants appartiennent à la tranche d’âge des 6 à 14 ans. L’étude est centrée sur quatre gouvernorats particulièrement touchés par le phénomène, à savoir : Fayoum, Minya, Damiette et Charqiya. Sur un échantillon de 200 000 enfants travailleurs, l’étude a révélé que 21,8 % d’entre eux souffrent de la bilharziose, 22 % de diarrhée chronique, et 5 % de maladies cardiaques. 15 % de ces enfants affirment avoir été l’objet de mauvais traitement et 7 % d’abus sexuels.

En outre, la nature du travail est souvent dangereuse. Toujours selon le rapport, 46 % de l’échantillon manient des machines dans des ateliers, 21 % sont exposés à des substances chimiques. Les secteurs textile et agricole absorbent une grande majorité des enfants travailleurs avec respectivement 18 % et 75 % de la main-d’œuvre infantile. Les rédacteurs du rapport en concluent que le phénomène du travail des enfants ne cesse de gagner de l’ampleur, notamment dans les campagnes. Ils attribuent cela aux effets de la mise en vigueur, dans les années 1990, des lois agraires permettant aux propriétaires d’expulser les locataires. Conséquence : nombreuses sont les familles qui se sont retrouvées sans ressources. « Les conditions de vie misérables ont poussé les paysans à envoyer leurs enfants au travail afin d’aider à nourrir sa famille », note le rapport.

Les institutions et organisations concernées sont appelées à déployer davantage d’efforts et à concevoir de nouvelles stratégies pour endiguer les conséquences socio-économiques que cette réalité est susceptible d’entraîner sur la longue durée. Azza Korayem, sociologue et directrice du CNRSC, prévoit une augmentation de la criminalité qui atteint déjà des chiffres inquiétants. « Ces enfants, qui appartiennent à des familles démunies et qui sont abandonnés dans la rue toute la journée, peuvent facilement être utilisés dans des activités comme le trafic de drogue, qui sera pour eux très rentable. Un enfant pourra facilement gagner 50 L.E. par jour en transportant un petit morceau de haschisch », explique-t-elle. Et d’ajouter : « Un enfant dépourvu du minimum de ses besoins vitaux et qui est traité dans la plupart des cas avec humiliation est un criminel potentiel. Toute la souffrance accumulée pendant son enfance il la fera subir, quand il grandira, à d’autres plus faibles que lui ».

D’autres phénomènes comme le viol et le harcèlement sexuel trouveraient également leur explication dans la propagation du phénomène du travail des enfants. « De tels actes seront pour les jeunes le seul moyen d’exprimer leur frustration sexuelle due à des années de répression et de privation et aux mauvaises conditions économiques qui les empêchent de se marier », explique de son côté Nahed Ramzy, sociologue et conseillère psychologique au CNRSC. Enfin, l’analphabétisme serait aussi, d’après le rapport, étroitement lié au travail des enfants. Un rapport plus ancien du CNRSC, publié en 2004, indique que 90 % des analphabètes étaient des enfants incités par leurs parents à quitter les bancs de l’école pour aller au travail. « Une société qui perd sa lutte contre l’analphabétisme ne pourra pas gagner sa bataille pour le progrès », résume Mme Ramzy.

Microcrédits aux familles

Dès sa création en 1989, le Conseil national de la maternité et de l’enfance s’est attelé à la coordination des efforts gouvernementaux pour la mise au point des stratégies et des programmes d’alphabétisation dans le cadre plus large de la lutte contre le travail des enfants. En 2001, ce conseil a lancé un plan national de lutte contre le travail des enfants basé sur deux axes : une sensibilisation médiatique aux conséquences négatives du travail des enfants et l’amélioration du niveau de vie des familles démunies pour qu’elles puissent garder leurs enfants à l’école. D’autres initiatives ont été lancées au cours de la dernière décennie. En 2008 la loi sur l’enfance de 1996 a subi un amendement faisant passer l’âge minimum du travail de 12 à 14 ans et prévoyant des peines renforcées, pouvant aller jusqu’à la prison, contre les contrevenants.

Pourtant, ce phénomène persiste encore. « L’échec relatif de la lutte contre le travail des enfants est dû à la complexité du phénomène qui implique notamment une lutte contre la pauvreté », explique Aida Mahmoud, sociologue et directrice de l’Association de la protection des enfants travailleurs (ONG). S’attaquer au fond du problème, cela a été la nouvelle devise du Conseil national de la maternité et de l’enfance. Ses responsables ont cru trouver la solution dans l’octroi de microcrédits aux familles les plus démunies pour les aider à créer des micro-entreprises. Les familles bénéficiaires seraient accompagnées dans leur démarche pour s’assurer de la bonne utilisation de l’argent versé. Une solution dont l’efficacité reste à prouver.

Mirande Youssef

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