Bourse Egyptienne. L’indice EGX 30 a gagné 30 % depuis le début de l’année. Une forte tendance à la hausse qui a conduit Al-Ahram Hebdo à mener une enquête auprès de 12 experts qui livrent leurs analyses et prévisions du marché financier égyptien pour les six mois à venir.

 

Après la pluie, le beau temps

 

Malgré son importante hausse depuis le début de l’année et après « sept mois d’incertitude et d’attente, les investisseurs craignent d’être déçus par l’indice », annonce Taïmour Al-Déreini, analyste financier auprès de Beltone Financial. Comme par exemple en février dernier quand l’EGX 30 a atteint son plus bas niveau. Une baisse qui n’est pas seulement due à la crise financière internationale : elle s’explique aussi par des raisons purement internes, « comme l’augmentation du prix du pétrole ou la suppression des avantages accordés aux usines dans les zones de libre-échange. Cela a contribué à ébranler la confiance des investisseurs et porter atteinte aux achats boursiers », ajoute-t-il. Pourtant, avec un essor de 30 % depuis janvier 2009, les particuliers égyptiens sont avides d’achats et l’Hebdo a voulu savoir, en interrogeant 12 experts, ce que l’avenir leur réservait.

Cinq experts financiers sur un total de douze interrogés estiment ainsi que l’indice EGX 30 de la Bourse égyptienne connaîtra une tendance à la hausse dans les semaines à venir, soulignant que de nombreux facteurs économiques contrôlant le marché se sont améliorés. Hicham Tewfiq, PDG de la société de courtage Al-Arabiya Online Securities, souligne que le marché a enregistré de bons résultats depuis le début du mois de mars, marquant 82 % de hausse en se stabilisant à 6 308,51 points lundi 15 juin (+1,42 % en un jour), contre 3 400 fin février. Il justifie cela par le fait que les résultats du premier trimestre 2009 ont été meilleurs que les prévisions. Avis partagé par Amr Al-Alfi, directeur de recherches auprès la banque d’investissement CI Capital : « Des investisseurs boursiers s’attendaient à davantage de pertes, mais les sociétés ont pu faire face à la crise sans qu’il y ait de cas de faillite ou d’insolvabilité ». L’indice a atteint son plus bas niveau avec 3 389 points fin février dernier. Et de noter que les cours des actions égyptiennes étaient les plus bas dans la région des pays arabes. Walaa Hazem, vice-président du département de gestion des actifs auprès de HC, considère que la baisse de l’inflation ce mois-ci à 10,2 %, du taux d’intérêt à 9,5 % pour les dépôts et 10,5 % pour les emprunts ainsi que la hausse du taux de croissance à 4,3 % vont soutenir la tendance. 10 experts sur 12 estiment que l’indice atteindra les 7 000 pts avant la fin du mois de juin et poursuivra cette hausse jusqu’à la fin 2009. Six autres experts sont plus mitigés quant à cette hausse. Ils trouvent que l’indice fluctuera autour des 6 700 points « mais ne dépassera en aucun cas ce niveau, puisque les vacances d’été et le mois de Ramadan empêcheront un nouvel essor », commente Soha Al-Naggar, directrice du département de recherches de Pharos Holding, ajoutant que l’indice pourrait reprendre début septembre prochain. Alors qu’une autre opinion représentée par Hani Tewfiq, PDG de la maison de courtage Naïm Holding, prévoit un scénario beaucoup plus pessimiste : « L’indice demeurera au même niveau des 6 300 points ou connaîtra de nouvelles chutes ces prochains mois si une nouvelle vague de crise porte atteinte aux Bourses américaine et européennes ». De plus, Walaa Hazem assure que le défi de l’instabilité politique menace le plus les investissements en Egypte.

10 experts sur 12 estiment que la Bourse égyptienne est désormais liée à celle de New York. Hani Tewfiq note qu’une grande partie de la valeur des échanges quotidiens — 2 milliards de L.E. —, que le marché a enregistrée la semaine dernière, est due à l’achat massif des fonds d’investissement  américains. « Ce lien remonte à l’année 2000 quand le marché égyptien a fléchi suite à la chute du marché financier américain, et a repris en 2002 quand il a repris dynamisme », remarque Walaa Hazem. Hani Tewfiq assure que le marché financier égyptien, mais aussi presque tous les marchés financiers émergeants, ont connu un épanouissement des capitaux étrangers.

Quant aux secteurs prometteurs, dix financiers sur douze interviewés reconnaissent que les secteurs de l’investissement immobilier, des matières de construction ainsi que quelques actions des télécoms connaîtront un essor. « Jusqu’à présent, les sociétés d’investissement immobilier restent en forme, avec leurs possessions d’actifs et terrains considérés comme une source de valeur », note Hani Tewfiq qui prévoit par conséquent que les sociétés liées aux activités de construction resteront attirantes, même si elles connaissent quelques baisses de leurs chiffres d’affaires. L’action de fer à béton Ezz en donne un bon exemple. D’autres experts comme Taïmour Al-Déreini, analyste financier chez Beltone Financial, avancent d’autres secteurs en tête, à l’exemple des sociétés pétrolières et celles de transport maritime comme Maridive, puisque le secteur logistique sera dorénavant très demandé. « Ce dernier reçoit diverses offres d’achat des sociétés internationales », dit-il. Pour Moustapha Badra, analyste de Trust Securities, le secteur des télécoms restera un secteur attractif. Telecom Egypt donne l’exemple, réalisant des résultats positifs.

Le sujet des résultats des sociétés pour le premier semestre en août prochain divise, quant à lui, les experts financiers en deux clans. L’un prévoit des résultats du deuxième trimestre plus faibles que le premier, « puisque la plupart des sociétés préfèrent mettre de côté sans distribuer de dividendes », affirme Ahmad Helmi, courtier de Prime Securities. Par contre, Essam Khalifa, directeur de la société de gestion des actifs Al-Ahli Investment, ainsi que Enayat Al-Naggar, directrice du fonds d’investissement auprès de la banque Misr, estiment que les résultats des sociétés seront positifs. « Les seuls perdants seront les sociétés liées aux exportations », déclare Khalifa. Enfin, tous les interviewés ont assuré que les fusions et acquisitions connaîtront un gel. « Les sociétés pourront fusionner, mais pas en souscription générale, car les cours restent très bas », indique Hani Tewfiq. Il ajoute que l’EGX 30 n’atteindra les 12 000 points que dans deux ans. « L’indice, qui a facilement chuté de 75 % depuis le début de la crise financière et économique, doit augmenter de 400 % pour atteindre ce niveau, ce qui exige du temps ». Bref, le grand jour n’est pas pour demain.

Dahlia Réda