Gaz. Le contrat d’exportation du gaz égyptien à Israël revient sur le devant de la scène après l’annonce de la modification de ses termes par le site israélien Globes. Le gouvernement égyptien reste muet.

 

Les exportations à Israël refont polémique

 

L’exportation de gaz égyptien à Israël continue de susciter la polémique. Tantôt c’est le principe même d’entretenir des échanges commerciaux avec Israël avant qu’il ne se retire des territoires palestiniens occupés qui est contesté,  tantôt ce sont les prix du contrat, très inférieurs à ceux du marché international, qui provoquent la colère. En une semaine, ces deux arguments ont fait la une de la presse. La Cour administrative a refusé samedi dernier la demande présentée par l’ambassadeur Ibrahim Yousri concernant l’arrêt de l’exportation de gaz vers Israël. La cour a estimé que les raisons présentées ne suffisaient pas pour annuler le contrat.

Quelques jours avant, le site israélien Globes a publié un communiqué de l’entreprise Ampal America Israel, qui possède 70 % de l’entreprise EMG au capital égypto-israélien, annonçant que le ministère égyptien du Pétrole avait modifié son accord concernant l’exportation de gaz vers Israël. Ce nouveau contrat permet des modifications périodiques du prix et des quantités du gaz exportés selon les prix internationaux.

D’après le contrat, les prix d’exportation du gaz augmenteront pour varier entre 2,5 et 3,5 dollars par millions d’unités britanniques, contre 1,5-1,6 dollars auparavant. A noter que le prix actuel du gaz sur le marché extérieur varie entre 5 et 8 dollars.

Quelle est la teneur réelle de ce nouvel accord ? Personne ne la connaît. Et le ministère du Pétrole refuse toujours de la communiquer. « Le gouvernement cache les informations. Pourquoi donc cette ambiguïté ? », se demande Amr Hammouda, directeur de l’institut Al-Foustat pour les études pétrolières. Il ajoute que le gouvernement refuse de les signaler de peur de susciter encore une fois la rage des citoyens égyptiens. « Je suis sûr de ce que je dis, car à ce jour on ne trouve pas de communiqué officiel annonçant la modification de l’ancien contrat », dit Hammouda. L’Hebdo a tenté de contacter le ministère du Pétrole qui a refusé d’apporter une quelconque clarification à ce sujet.

 

« Non au revers du gaz »

Ibrahim Al-Essawi, expert pétrolier, salue néanmoins cette hausse. « Mieux vaut tard que jamais ». Pour lui, le fait que le prix puisse être adapté aux prix internationaux est au moins une étape sur la bonne voie. Avis partagé par un autre expert œuvrant dans une entreprise privée de gaz, qui a préféré conservé l’anonymat. Selon lui, « c’est une bonne chose que le gouvernement intervienne pour augmenter les prix. Si ses intentions sont bonnes, pourquoi ne pas les annoncer ? ». Il ajoute que « cette intervention ne sera efficace que si le gouvernement dévoile un mécanisme précis pour calculer les prix du gaz et les lie aux prix internationaux. C’est cela qui compte », en soulignant qu’il ne s’agit pas seulement d’exportation de gaz vers Israël, mais aussi vers tous les pays. Surtout que, dit-il, « les prix d’exportation du gaz algérien varient, par exemple, entre 8 et 9 dollars par millions d’unités britanniques. L’entreprise British Gaz en Egypte est la seule qui précise le prix de l’exportation de gaz selon une équation liée au marché international qui varie entre 7 et 8 dollars par millions d’unités britanniques ».

L’accord d’exportation du gaz égyptien vers Israël a suscité dès sa conclusion en 2005 une véritable controverse sur la scène égyptienne, car le prix (entre 1,5 et 1,6 dollars l’unité britannique) était très bas, alors que le prix international était de quelque 10 dollars, selon l’expert. Le contrat impliquait également que ce prix soit fixe et ne varie pas en fonction des cours internationaux. « Dans quel intérêt vendrions-nous moins cher nos richesses gazières ? », se demande Hammouda.

En fait, l’Egypte avait commencé, en février dernier, à honorer le contrat signé en 2005, avec le consortium privé égypto-israélien EMG, portant sur la livraison de gaz naturel à Israël sur 15 ans à un prix de 0,75 dollar par million d’unités britanniques. Le problème est que les prix du gaz naturel ont grimpé sur les marchés mondiaux, atteignant les 10 dollars par million d’unités britanniques. Face à cette situation, une campagne nationale a été organisée par des militants de la société civile et de l’opposition sous le slogan « Non au revers du gaz », en allusion à l’autre revers, la Naksa, soit la défaite de juin 1967 face à Israël.

Cette décision du gouvernement d’exporter du gaz naturel à Israël à un prix fixe et pour une durée de 15 ans avait fait couler beaucoup d’encre, certains y voyant le gaspillage d’une ressource naturelle de l’Egypte. Le ministre du Pétrole, Sameh Fahmi, avait délégué le PDG de la Société égyptienne des gaz naturels et celui de l’Organisme général du pétrole pour conclure les contrats, sans consultation préalable de l’Assemblée du peuple, ce qui rend cet accord illégal. C’est ainsi que la Cour administrative a décidé d’annuler, en septembre 2008, la décision 100/2004 du ministère du Pétrole, en vertu de laquelle le contrat avec Israël a été conclu. Alors qu’en janvier dernier, la Cour de cassation a admis la légalité de ce contrat.

Névine Kamel