Al-Ahram Hebdo,Environnement | « Le pionnier de ce concept d’architecture dans le monde est un Egyptien »
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 13 à 19 mai 2009, numéro 766

 

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Environnement

Eco-Construction. Animant un colloque sur ce thème, Adel Yassine, professeur d’architecture à la faculté de polytechnique de l’Université de Aïn-Chams, a souligné son importance pour lutter contre les changements climatiques, mais a critiqué l’absence de ce concept dans notre pays. Entretien.

« Le pionnier de ce concept d’architecture dans le monde est un Egyptien »

Al-ahram hebdo : Vous avez tenu récemment un colloque à Saqiet Al-Sawi sur ce qui est appelé par les spécialistes environnementaux l’éco-construction. Pourriez-vous nous expliquer cela ?

Adel Yassine : L’éco-construction, appelée aussi la bioconstruction ou l’éco-architecture ou habitat, est l’art de concevoir et construire des bâtiments sains tout en préservant l’environnement. Ce concept n’a cessé de se développer depuis un demi-siècle. Il a vu le jour dans les milieux engagés pour l’environnement et la préservation des ressources naturelles. C’est une méthode de travail ouverte, qui permet d’innover simplement et de faire évoluer rapidement les techniques de l’habitat. Le concept de l’habitat sain et écologique traduit la vision d’une habitation qui, tout en préservant la santé des habitants, participe à la protection de l’environnement et à la gestion des ressources naturelles. Pour établir une vision globale d’un habitat respectueux du vivant, plusieurs angles d’approche sont nécessaires. Citons à titre d’exemple la reconnaissance et l’analyse du terrain à construire, l’intégration de la forme à son environnement à l’aide des tracés régulateurs, l’utilisation de matériaux fournis par la nature et sans danger pour la santé, pouvant être mis en œuvre de façon artisanale avec des techniques modernes. Sans oublier l’utilisation efficace de toutes les ressources naturelles, des énergies renouvelables et durables, la gestion des déchets du chantier et de ceux engendrés par la vie au sein de l’habitation. La construction écologique s’inscrit aussi dans une perspective à long terme, de construction durable, pour le confort et le bien-être des habitants. Le but ultime de ce genre d’architecture est de créer des lieux de vie en accord avec la nature. On doit prendre en compte l’impact de la construction sur l’environnement, la valorisation des économies d’énergie (recours aux énergies renouvelables, solaires, bois, etc.), la gestion des ressources en eau et leur qualité (récupération des eaux pluviales) et la biocompatibilité des matériaux de construction sur la santé des personnes. Tout cela doit être accompagné d’une production architecturale réfléchie et de qualité, loin des stéréotypes de l’architecture conventionnelle. Il s’agit tout court du respect des techniques constructives traditionnelles, de l’usage des nouvelles technologies, du développement durable ou encore de l’économie d’énergie. D’où son importance pour lutter contre les changements climatiques.

— Pourriez-vous nous donner plus de précisions sur cette lutte ?

— Selon le rapport du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), publié en 2008, le potentiel énorme du secteur du bâtiment et de la construction dans le combat contre le changement climatique reste virtuellement inexploité, une réduction des émissions de gaz à effet de serre de près de 30 % par rapport aux niveaux de référence dans les bâtiments résidentiels et commerciaux peut être atteinte d’ici à 2030, d’après les résultats de plus de 80 études à travers le monde, citées dans le rapport. Des économies considérables sont possibles en traitant les émissions de bâtiments existants tout en concevant de nouveaux bâtiments incluant le solaire passif et actif (lorsqu’on utilise le rayonnement solaire pour chauffer un fluide qui transporte ensuite la chaleur vers un utilisateur, on parle de chauffage solaire actif). Le chauffage solaire est dit passif lorsque le rayonnement solaire réchauffe directement les locaux (ou autres objets), soit par absorption dans l’enveloppe du bâtiment, soit en pénétrant par les fenêtres, des systèmes de chauffage et de climatisation à faible consommation d’énergie et des appareils écoénergétiques. Or, selon ce même rapport, alors que les bâtiments sont responsables d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, en octobre 2008, dix seulement des quelque 4 000 projets qui étaient en cours dans le cadre du Mécanisme de Développement Propre (MDP) cherchaient à réduire la consommation d’énergie dans la construction. Il faut noter que le MDP permet au pays industrialisé qui finance des projets visant à réduire dans un pays du Sud les émissions de gaz à effet de serre d’obtenir en contrepartie des crédits d’émissions.

— Ce principe d’architecture existait dans l’Egypte ancienne, mais est-il en cours actuellement ?

— Je dois tout d’abord souligner que le grand représentant et le pionnier de ce concept d’architecture dans le monde, ayant pour préoccupation le respect de l’homme et de l’environnement, est un Egyptien. Il s’agit du grand et défunt architecte Hassan Fathi. Durant les années 1930, il avait vu des constructions qui remontent à 300 ans avant Jésus-Christ bâties avec de la terre crue. Il s’agit donc de matériaux de construction qui résistent au temps sans jamais avoir recours aux matériaux conventionnels connus, comme le béton à titre d’exemple. Après l’expérience, il s’est lancé dans l’éco-architecture, appliquant ses idées dès les années 1940 en construisant la maison Hamed Saïd à Marg près du Caire (1942) et surtout le nouveau village de Gourna (1946-1947) qui, malgré un succès très mitigé, lui assura une renommée internationale. Puis viennent l’école de Farès, toujours en terre, une maison à Sidi Kreir près d’Alexandrie, en sable aggloméré cette fois-ci, la maison Fouad Riad près de Saqqara et enfin, le nouveau village de Bâriz dans une oasis près de Kharga en 1965. Sans oublier bien sûr le village de Dar Al-Islam d’Abiquiu à New Mexico aux Etats-Unis en 1980 et d’autres sites architecturaux en Espagne, en Jordanie et en Arabie saoudite. Aujourd’hui, le nouveau Gourna est presque abandonné, seuls la mosquée, le marché et quelques maisons sont restés.

— Où en sommes-nous de ce concept de construction qui respecte l’environnement ?

— Du point de vue académique, les universités donnent des cours sur ce genre d’architecture englobant toutes les idées et la pensée du pionnier de la bioconstruction. Malheureusement, au niveau de l’application, il n’y a rien. Aucun principe de l’école de Hassan Fathi n’est appliqué. Pourtant, en avril dernier, un conseil relevant du ministère de l’Habitat a été formé. Les travaux prendront du temps. Je pense que cela exige au moins 15 ans pour être efficace ! Il faudra donner un code pour ce genre d’architecture afin que les concernés le suivent lors de la construction. En fait, si on n’arrive pas à avoir une conscience générale de l’importance de suivre les principes de l’école de la bioconstruction concernant, à titre d’exemple, les principes de ventilation transversale des bâtiments pour y assurer une climatisation naturelle, permanente et efficace, il y aura toujours un conflit d’intérêts entre tous les concernés du processus de construction. Il suffit de savoir qu’un pays comme l’Allemagne économise 50 % environ de son énergie en adoptant ce genre d’architecture. Je vous donne un exemple : les bâtiments du Village intelligent ne sont pas du tout écologiques. La construction en verre mène au réchauffement de l’espace. C’est ce qui entraîne l’augmentation de l’utilisation de la climatisation de 90 % ! Je n’ai qu’à dire, comme le maître de la terre Hassan Fathi avait coutume d’affirmer : « Droite est la voie du devoir, sinueux le chemin de la beauté ».

Propos recueillis par Racha Hanafi

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