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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 4 à 10 mars 2009, numéro 756

 

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Enquête

Production du Pain. Le gouvernement veut permettre au secteur privé de concurrencer les moulins publics, afin de fournir une farine moins chère et de meilleure qualité aux boulangers. Mais la mesure ne résout pas la corruption qui frappe le secteur subventionné.

Un goût d’inachevé
 dans la réforme

L’équation ne va pas changer avec le plan soutenu par le ministre de la Solidarité sociale. Car il ne remédie pas aux défauts du système actuel de subvention du pain. Pire, le plan met en danger les moulins publics (voir encadré). Selon le nouveau système proposé, le ministère de la Solidarité sociale va acheter la farine (qualité 82 %) lors d’adjudications où le secteur privé pourra concurrencer les moulins publics. La farine achetée au prix du marché sera ensuite revendue, par le biais du ministère, aux boulangers à un prix réduit pour produire le pain subventionné. Il s’agit, lors d’une première phase, d’une part de 20 à 25 % de la farine utilisée pour le pain subventionné. D’après Chérine Al-Chawarbi, experte économique à la Banque mondiale, ce sera une phase expérimentale avant de généraliser le plan.

Pour l’instant, cette phase préliminaire ne fait pas l’unanimité. Il n’empêche que la logique du ministère de la Solidarité sociale est solide. « Au lieu d’acheter le blé à l’Autorité des produits d’approvisionnement, puis de le conserver dans des silos qui rencontrent des problèmes de stockage, avant de le fournir aux moulins publics où on le substitue par du blé de qualité inférieure, nous allons exiger une certaine qualité de farine », explique à l’Hebdo une source du ministère sous couvert de l’anonymat. Jusque-là, les mérites sont clairs : imposer une meilleure qualité de farine à moindre prix. Ce qui est au bénéfice du consommateur, sans augmentation des sommes allouées à la subvention.

Mais la mauvaise qualité n’est pas le plus gros défaut du système de subvention actuel. En ce moment, le problème se situe plutôt au niveau de la vente de la farine subventionnée au marché noir, car les boulangers achètent le sac de 100 kilos à 17 L.E. pour le revendre 4 fois plus cher, et il est très difficile de contrôler les quelque 18 000 boulangers du pays. En fait, 95 % des infiltrations dans le marché noir se font par les boulangeries, contre seulement 5 % à travers les moulins, selon une étude publiée par la Banque d’investissement CI Capital parue le 16 février.

Ce nouveau plan du gouvernement apparaît donc comme un maillon d’une chaîne de tentatives timides, souvent vaines, d’améliorer le système de subvention au pain coûteux et inefficace. Les subventions au pain vont coûter au gouvernement 12 milliards de L.E. en 2008-2009, afin de vendre la galette à 5 piastres, alors qu’elle coûte normalement entre 13 et 17 piastres. En 2007, le gouvernement a tenté de séparer la production du pain de sa distribution en créant une société chargée de la distribution du pain (ainsi que celle des bonbonnes de gaz), dénommée Société des Egyptiens pour la distribution et les services. Mais en réalité, le monopole de la distribution de cette nouvelle société n’a fait qu’augmenter le niveau de corruption. « Le gouvernement m’a offert un couvert, les employés de la société partagent avec les boulangeries le revenu de la farine vendue sur le marché noir », reconnaît Ahmad, propriétaire d’une boulangerie. Il justifie la vente de la farine subventionnée au marché noir en disant qu’il réalise des pertes avec la vente du pain subventionné. « Le sac de farine (100 kilos) me coûte 70 L.E., pour un prix de revient de 54 L.E. », explique-t-il.

Réforme à haut risque

Face à cette corruption, pourquoi le gouvernement semble-t-il hésitant à mener une réforme de fond du système ? Pas par peur de porter atteinte aux intérêts des boulangers. Mais plutôt par crainte de son haut risque social (voir encadré). Car réformer la subvention au pain signifie retirer de la bouche le pain subventionné des citadins dans une situation très précaire, pour le redistribuer dans les villages et les zones les plus pauvres. Une mesure qui pourrait déclencher des émeutes. Samir Radwan, conseiller de l’Autorité d’investissement, suggère, pour éviter toute nuisance aux catégories à revenu limité, de mettre en place « une politique de salaire qui prend en considération l’inflation, pour que les gens soient capables d’acheter le pain ainsi que les autres produits subventionnés à leurs prix normaux ».

Du côté du gouvernement, il semble que la mesure ira plus loin. « C’est un pas vers un chemin plus long de réforme du système des subventions qui vise à vendre les produits subventionnés à leur prix de marché. Et en contrepartie, verser les subventions directement aux consommateurs », annonce Al-Chawarbi (voir encadré). Si l’information est juste, soyons prêts à l’un des deux scénarios : une réforme salariale ou de fortes tensions sociales.

Marwa Hussein

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Les craintes des moulins publics

Le plan du gouvernement de libéraliser le commerce de la farine subventionnée menace surtout les moulins publics. Ceux-ci risquent de ne pas pouvoir faire face à la concurrence du secteur privé et leurs 60 000 ouvriers risquent de perdre leurs primes liées à la production. Aujourd’hui, les moulins publics fournissent de facto les 3/4 de la farine subventionnée. Le reste est acheté auprès des moulins privés. Selon le système actuel, le gouvernement fournit à tous les moulins (publics et privés) le blé local et importé. Les moulins vendent par suite la farine produite au ministère de la Solidarité sociale qui la revend aux boulangeries à prix subventionné.

« C’est une décision dure pour les moulins publics qui affectera leurs profits. Ils n’ont pas l’expérience pour surveiller les prix internationaux du blé et saisir le moment adéquat pour acheter du blé au meilleur prix », a souligné une étude de la banque d’investissement CI Capital. Un jugement qu’Ahmad Al-Raqaybi, président de la Holding pour les industries agroalimentaires, qui détient les moulins publics, n’a pas voulu commenter. Et d’ajouter : « Le ministre de la Solidarité est en charge de ce plan, allez lui demander. Il est un ministre du gouvernement et pas un ministre du secteur privé. Il verra comment faire conserver aux employés leurs emplois », a-t-il réagi lors d’un appel téléphonique de l’Hebdo.

Les ouvriers des moulins publics, de leur part, se sont déjà prononcés contre le plan de libéralisation du commerce de la farine. Ils ont même menacé de faire grève si le plan est appliqué. Déjà, ils avaient entamé un sit-in en mars 2007, lorsque le gouvernement avait décidé de lancer une adjudication pour le blé moulu et étaient parvenus à faire annuler la décision. Cette fois, pour éviter la colère des ouvriers, des sources du ministère de la Solidarité sociale ont déclaré aux journaux que les primes des ouvriers ne seront pas touchées au cas où les moulins publics ne remportaient pas l’adjudication. Des déclarations qui n’ont pas convaincu les ouvriers, dont les primes diminuent mois après mois. « Ces déclarations ne veulent rien dire ; les primes sont liées à la production. Au lieu de 60 % du salaire de base, elles ont été réduites à 44 % le mois passé à cause de la baisse des revenus », se plaint Nagui Rachad, ouvrier aux Moulins du Sud du Caire et auteur d’un blog intitulé Ouvriers des moulins d’Egypte. Le syndicat général des Industries agroalimentaires a en outre annoncé qu’il soutiendrait les ouvriers dans leur action. Selon Mohamad Naguib Méhana, président du syndicat, « la décision engendrera de grandes pertes pour les moulins publics qui ont investi des centaines de millions de L.E. pour leur modernisation ces dernières années ». En fait, les différentes explications que le gouvernement a données pour justifier sa proposition de libérer le commerce de la farine sont loin de convaincre Méhana : « Cette idée n’a rien à voir avec une amélioration de la qualité, puisque le gouvernement impose déjà des critères bien définis pour la farine subventionnée ». De plus, un communiqué qui a été distribué par certains ouvriers des moulins a accusé le premier ministre Ahmad Nazif et le gouvernement de vouloir soutenir par cette décision l’homme d’affaires et député Amr Al-Hini, propriétaire de moulins privés.

Un nouveau modèle social

Magued Osmane est le directeur du Centre d’informations et du soutien à la prise de décision, qui suit le cabinet des ministres. Il est responsable de fournir au gouvernement des alternatives pour remédier au système actuel. Lors d’un entretien précédent avec l’Hebdo, il a expliqué que les études menées confirment qu’il est préférable de libérer le prix de la farine sur le marché, vendre le pain à son prix réel (quelque 0,2 L.E.), et en revanche subventionner le pain destiné aux plus démunis. Il s’agit d’un système similaire à celui des Etats-Unis. Les plus pauvres reçoivent des coupons qui leur permettent d’acheter n’importe où la galette à 5 piastres. Le commerçant recevra ensuite du gouvernement la différence de prix.

Vision partagée par les économistes de gauche. Une des rares. « Il vaut mieux que le gouvernement vende la farine au prix du marché et achète le pain des boulangeries, pour le revendre à prix réduit à ceux qui en ont vraiment besoin », estime Ibrahim Al-Essawi, expert économique à l’Institut de planification et membre du parti du Rassemblement (Tagammoe), de gauche.

Si le remède est incontesté, alors pourquoi le gouvernement ne l’adopte-t-il pas ? En raison des sensibilités socio-politiques. En fait, ce système signifie que les habitants des villes ne recevront plus les mêmes quantités de pain subventionné. Pour que ce dernier soit redistribué aux plus démunis, premiers demandeurs.

Quand le système a été mis en place, dans les années 1960, il visait à aider la classe moyenne des zones urbaines, alors que les paysans préparaient leur propre pain, avec le blé qu’ils cultivaient eux-mêmes. Le projet social de Moubarak a toujours été de soutenir la classe moyenne (celle à revenus limités, d’après ses propres termes), et non les sans revenus. Et donc le système est resté inchangé. Sauf que les donnes ont changé. Aujourd’hui, les plus pauvres sont situés dans les zones rurales et ne cultivent plus de blé, devenu trop coûteux. Ainsi, aujourd’hui, les boulangeries sont uniquement répandues dans les villes et servent majoritairement la classe moyenne. Alors que 95 % des villages les plus pauvres du pays sont situés dans le sud du pays.

 

 




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