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 Semaine du 4 à 10 mars 2009, numéro 756

 

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Arts

Films Etrangers. Dans les salles au Caire, Changeling (l’échange), le dernier thriller de Clint Eastwood, avec Angelina Jolie, John Malkovich et Jeffrey Donovan. Il s’agit d’une histoire de corruption, du pouvoir et des médias aux Etats-Unis dans les années 1920. 

Que justice soit faite 

Dans le folklore européen, un Changeling est un leurre laissé par les fées à la place d’un nouveau-né humain qu’elles enlèvent. Une image figurée qui va de pair avec l’intrigue du long métrage américain Changeling, signé Clint Eastwood.

Nommé récemment aux Oscars, et présenté en compétition officielle à Cannes en mai dernier, ce film s’inspire d’un fait vécu qui s’est déroulé aux Etats-Unis dans les années 1920.

L’action se passe à Los Angeles, au milieu d’un quartier résidentiel assez tranquille. Christine Collins (Angelina Jolie), une mère standardiste et célibataire, prend soin seule de Walter, son fils de neuf ans, jusqu’au jour où elle trouve la maison vide : Walter a disparu. On lui ramène, après quelques mois, un garçon qui n’est pas le sien. Les policiers finissent par se fâcher de la ténacité de Madame Collins, l’envoyant gentiment dans l’enfer d’un institut psychiatrique. On découvre que plusieurs autres enfants ont disparu.

Film de suspense (la disparition du fils), mais aussi un drame psychiatrique (la mère est internée), Changeling fait écho aux préoccupations habituelles du cinéaste. Le récit est presque complètement consacré à l’action sociale de cette héroïne, victime de la corruption, des médias et de la police. « Avec cette reproduction surprenante et réaliste de Los Angeles des années 1920, le cinéaste en profite pour dénoncer la corruption, et surtout les activités peu reluisantes de la police, des médias de l’époque et les carences du système carcéral ». Le film nous pousse à réfléchir sur ce qui se passe vraiment dans les coulisses politiques. Même si l’action se passe dans les années 1920 et 30, elle est dans l’actualité vivante. L’intrigue monte en puissance, jouant avec nos attentes jusqu’à parvenir à une fin différente, inattendue. Côté réalisation, une mention spéciale. La reconstitution de l’époque reste crédible presque tout au long de la fiction.

 

Clint fait preuve de jeunesse

Toujours magnifique, il faut avouer que Clint Eastwood vieillit, mais son talent va croissant. Comme l’on peut remarquer, avec les années, ce cinéaste est aussi excellent derrière la caméra que devant. Il offre ici un drame social de facture classique, d’une très belle tenue, malgré quelques effets un peu plus appuyés et des personnages parfois peu nuancés.

Tout d’abord, la qualité de la reconstitution d’une époque et d’une société à la fois proche et éloignée de la nôtre. Cette reconstitution passe par des costumes et des décors impeccables qui nous plongent au cœur de l’Amérique des années 1920 et 30.

Les plans de caméra sont, comme dans tous les films du réalisateur, mesurés et efficaces. Bien qu’émouvante et terrible, cette histoire vraie est magnifiquement accompagnée par la mélodie mélancolique composée par Clint Eastwood lui-même.

Le réalisateur nous a donc gratifiés d’un très beau thème musical qui soutient les images. La bande sonore est là, non pas pour générer des émotions, mais pour leur permettre de s’épanouir librement, dans une sensibilité qui colle parfaitement au film.

On sent le travail derrière chaque image, chaque scène. Le cadrage semble être étudié au millimètre près, les couleurs — et l’utilisation presque imperceptible du noir et blanc — renforcent l’impact émotif d’une scène ou d’un dialogue. De même, l’éclairage n’est jamais le fruit du hasard, l’ossature du visage d’Angelina Jolie se prêtant parfaitement à cet exercice de style.

Côté scénario, il est écrit par J. Michael Straczynski, ancien journaliste du L.A. Times, qui s’est inspiré d’un véritable fait divers. Précisons, à cet égard, que le scénariste a pu retracer cette histoire tout juste avant que celle-ci ne soit complètement effacée des archives de Los Angeles.

Angelina Jolie, quant à elle, campe avec conviction Christine Collins et incarne à merveille cette femme désespérée, prête à tout pour retrouver son enfant. On sent toute la détresse du personnage dans le jeu de l’actrice qui venait de perdre sa mère quelques semaines avant le tournage. C’est sur cette note personnelle qu’elle a affirmé lors de la projection de son film à Cannes : « J’ai essayé d’imaginer ma peine et ma frustration si un tel événement m’arrivait. Ayant perdu ma mère peu avant le tournage, je me suis aussi retrouvée à m’inspirer d’elle. Comme Christine, ma mère était douce et passive, mais lorsqu’il était question de ses enfants, c’était une vraie lionne ».

Toutefois, le jeu de la comédienne — probablement tel que demandé par Clint Eastwood — paraît parfois un peu froid, tellement léché qu’il en perd en spontanéité. Coiffée d’un « bibi » classique pendant tout le film, le maquillage crayeux blanc et le rouge à lèvres violent, elle semble porter un masque, et c’est peut-être ça qui lui donne cette physionomie parfois mono-expressive, ajoutant également qu’elle a une gestuelle très limitée, comme ce geste de la main devant son visage quand elle pleure, inchangé tout au long du film.

Tous les personnages périphériques sont aussi très bien campés. Mentions spéciales surtout à John Malkovich dans le rôle de l’homme de religion et l’avocat qui accompagnait la protagoniste à la recherche de son fils et surtout de ses droits, ainsi qu’à Jeffrey Donovan dans le rôle du chef de la police, corrompu et tenace.

Bref, L’Echange n’est peut-être pas le meilleur film de Clint Eastwood, mais par sa très belle facture classique, son récit déchirant et sa critique courageuse des forces policières corrompues de Los Angeles, il méritait bien sa place parmi les meilleurs films d’Eastwood.

Yasser Moheb

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