Al-Ahram Hebdo, Afrique | Descente aux enfers
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 Semaine du 4 à 10 mars 2009, numéro 756

 

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Afrique

Madagascar. Le bras de fer entre le président et le chef de l’opposition tourne au conflit ouvert, après l’échec du dernier round de négociations.

Descente aux enfers

Le madagascar s’enfonce irrémédiablement dans la crise. Manifestations, appels à des grèves, violences. Tous les ingrédients sont là pour alimenter une situation déjà explosive. Aucune issue pacifique ne se profile à l’horizon entre le président Marc Ravalomanana et l’opposition emmenée par le maire déchu de la capitale, Andry Rajoelina.

Signe de cette impasse, l’opposition a appelé à des manifestations quotidiennes jusqu’à la démission du président. Son chef, le jeune Rajoelina, âgé de 34 ans, a appelé l’armée, jusqu’ici restée neutre, à « se rallier à la majorité » contre le chef de l’Etat. La lutte de pouvoir entre les deux hommes a donné lieu à plusieurs semaines de troubles dans l’île africaine, lors desquels 125 personnes ont trouvé la mort. Vingt-huit d’entre elles ont été abattues le 7 février par la garde présidentielle qui avait tiré sans sommation, dissimulée dans un palais abritant le bureau du président dans la capitale, sur une foule de partisans de Rajoelina.

Malgré ce regain de tension, l’émissaire du secrétaire général des Nation-Unies, Haili Menkerios, appelé à la rescousse par les ministres malgaches des Affaires étrangères et de l’Economie, Marcel Ranjeva et Ivohasina Razafimahefa, a annoncé vendredi que les deux rivaux lui avaient assuré leur volonté de résoudre la crise par le dialogue. Le sous-secrétaire général de l’Onu chargé des Affaires politiques a aussi déclaré avoir obtenu l’accord de Mgr Odon Razanakolona — qui s’était retiré des négociations mercredi — pour reprendre son rôle de médiateur au nom du Conseil chrétien des églises malgaches (FFKM). « Je veux revenir à la table (des négociations), mais que chacun (...) prenne ses responsabilités », a déclaré Mgr Razanakolona, qui devait encore confirmer officiellement sa décision.

Vu la gravité de la situation, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, a nommé un médiateur permanent dans le conflit malgache, un ancien ministre des Affaires étrangères du Mali, Tiibili Drami, qui doit arriver à Antananarivo ce mercredi, le jour même du départ de l’émissaire de l’Onu, l’Erythréen Haili Menkerios.

Cette crispation intervient au terme d’une semaine marquée par le blocage des discussions de sortie de crise entre les deux rivaux. En effet, le premier round de discussions directes, entamées le 21 février entre Rajoelina et le président Ravalomanana, s’est soldé par un échec. Rajoelina avait annoncé la rupture des discussions avec le chef d’Etat, absent mercredi dernier du quatrième rendez-vous prévu entre les deux adversaires depuis le début, mi-décembre, de la crise politique ouverte. Alors que Rajendra a accusé le président de mauvaise foi de s’être désintéressé du sort de la nation, ce dernier a justifié son absence par « une sécurité compromise », en raison de la présence d’une délégation adverse plus nombreuse que convenu. Une source proche de Rajoelina, surnommé « TGV » par ses partisans pour son caractère fonceur, a répliqué en insistant sur la nécessité de respecter « des préalables (aux négociations), pouvoir s’exprimer sur la RNM (Radio Nationale Publique), libérer les prisonniers politiques et arrêter les tirs sur la foule pacifique ». Rajoelina a notamment accusé le président de ne pas avoir tenu ses promesses d’arrêter la propagande gouvernementale anti-opposition et de libérer d’importants détenus politiques.

Les trois premières rencontres entre les deux hommes avaient été infructueuses de l’aveu même du président en exercice de l’influent FFKM, Mgr Odon Razanakolona. « Durant les trois rencontres, rien n’a avancé. C’est le blocage total (...). Les Nations-Unies nous avaient demandé de conduire la médiation. Je demande aux Nations-Unies de prendre les dispositions nécessaires », avait commenté Mgr Razanakolona, qui s’est retiré à titre personnel de la médiation. « C’est un peu l’impasse. On ne sait pas du tout où on va », a estimé de son côté le constitutionnaliste Jean-Eric Rakotoharisoa.

 

Sur fond de pauvreté

Un conflit larvé entre Ravalomanana et Rajoelina s’est transformé en crise ouverte mi-décembre, à la suite de la fermeture par les autorités de la télévision du maire. Depuis, Rajoelina, qui a été destitué par le gouvernement de son poste de maire le 3 février, a multiplié les manifestations à Antananarivo et pris la tête d’une « haute autorité de transition » censée, aux yeux de l’opposition, remplacer le pouvoir en place. Il s’est également autoproclamé en charge des affaires du pays. Le maire destitué a porté sur la place publique le ressentiment des Malgaches contre Ravalomanana décrit comme dictateur, coupé de la population et affairiste. Rajoelina, qui a nommé un gouvernement parallèle, compte aussi sur le soutien de l’opposition traditionnelle malgache, désormais réunie dans un « Bureau de coordination nationale ». Il s’est fait aussi le porte-voix des frustrations de nombreux Malgaches durement touchés par la pauvreté et la hausse des prix. La Grande île de l’océan Indien a réussi ces dernières années à attirer des multinationales étrangères pour exploiter ses importantes richesses pétrolières et minières, notamment l’or, le cobalt et le nickel. Pourtant, plus de 70 % de la population vivent avec moins de deux dollars par jour.

La quatrième grande île du monde, qui compte 20 millions d’habitants, n’est pas étrangère à l’instabilité politique. Un conflit entre Ravalomanana et l’ancien chef d’Etat, Didier Ratsiraka, déclenché à la suite des présidentielles de 2001, s’est soldé par la division du pays entre deux gouvernements, deux capitales et deux présidents. Honni par la population, Ratsiraka a fini par fuir le pays vers la France en 2002. Réélu en 2006, Ravalomanana, riche homme d’affaires, est accusé par l’opposition de profiter de sa position à la tête de l’Etat pour faire fructifier son empire agroalimentaire. Niant les accusations de l’opposition et refusant de démissionner, il a promis de terminer son mandat présidentiel qui expire en 2011.

Hicham Mourad

 




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