Al-Ahram Hebdo, Evénement | Questions et peu de réponses
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 25 février au 3 mars 2009, numéro 755

 

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Evénement

Attentat d’Al-Hussein. Le flou plane sur les auteurs et les motifs de l’explosion survenue dimanche soir, faisant un mort et 22 blessés. L’hypothèse du réseau organisé est écartée au profit d’un groupuscule ou d’individus isolés.

Questions et peu de réponses

Il était environ 18h50 lorsqu’un bruit retentit sur la place d’Al-Hussein au Caire. Devant l’hôtel Al-Hussein, situé en plein centre de ce quartier touristique, c’est la panique. « Nous avons vu quelqu’un lancer un sac en plastique noir vers les touristes et quelques instants après, nous avons entendu des cris. Il y a eu un bruit de déflagration. J’ai vu du sang sur le sol et des gens qui couraient dans toutes les directions. Les touristes se sont empressés de quitter les lieux en cars ou en taxis, certains en vêtements de nuit », témoigne Mona, propriétaire d’un bazar situé tout près de l’hôtel. Le sac en plastique contenait une bombe artisanale. Selon les témoins, elle aurait été lancée du quatrième étage de l’hôtel sur un groupe de touristes. Tandis que les agents de police tentaient de secourir les blessés et d’évacuer les passants, une autre bombe a été découverte également, enveloppée dans un sac noir. Les policiers utilisent des sacs de sable pour la désamorcer. L’engin, d’une fabrication artisanale très primaire, explose, produisant plus de bruit que de dégâts. Le bilan de l’attentat est tout de même lourd : 1 mort, une jeune adolescente française âgée de 17 ans, et 22 blessés, parmi lesquels figurent 14 touristes français, 1 Allemand, 3 Saoudiens et 4 Egyptiens.

Quelques jours après le drame, le calme est revenu à Al-Hussein, mais l’amertume apparaît sur les visages des commerçants. « Cette bombe n’a pas fait de dégâts matériels mais c’est notre travail qui est profondément touché », affirme Ismaïl Hassan, propriétaire d’un bazar. Il assure que déjà les recettes de son bazar sont en baisse en raison de la crise financière qui frappe le monde. Mais au-delà des conséquences, c’est une nuée d’interrogations qui se pose. Qui a commis cet acte et pourquoi ? S’agit-il d’un groupe organisé ?

Ni la Gamaa ni le Jihad

Dans un communiqué publié lundi, le ministère de l’Intérieur affirme (contrairement à l’avis des témoins) que la charge explosive était placée sous un banc en pierre sur le lieu de l’attaque. Le ministère affirme que des efforts sont en cours afin d’arrêter les coupables. « Le quartier d’Al-Hussein a été choisi, car c’est un quartier très fréquenté où il est facile de se faufiler dans la foule et de disparaître », estime une source du ministère ayant requis l’anonymat. L’examen des deux engins explosifs révèle une fabrication artisanale très primaire, ce qui tend à écarter l’hypothèse d’un groupe organisé. « Les deux bombes utilisées dans l’attentat étaient fabriquées avec de la poudre à canon et des gravillons. Il est probable que cet acte est l’œuvre d’un individu ou d’un groupe non organisé et inexpérimenté », analyse Amr Al-Choubaki, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Si l’Egypte a connu, du milieu des années 1970 et jusqu’au milieu des années 90, une forme de violence politique organisée dont les principaux acteurs étaient les deux groupes islamistes clandestins le Jihad et la Gamaa islamiya, tel n’est plus le cas aujourd’hui. « Ces deux groupes islamistes ont été totalement démantelés sous la pression de la sécurité. On peut dire que cette phase de la violence organisée a pris fin en 1997 avec l’attentat de Louqsor. Mais depuis quelques années maintenant, nous assistons à l’apparition de nouvelles formes de violence. Il y a d’abord la violence commanditée par des familles ou des clans. Nous l’avons vu avec les attentats de Taba et Dahab. Puis, il y a la violence anarchique. Elle est l’œuvre d’individus ou de groupes qui n’appartiennent à aucune cellule », explique Al-Chobaki.

L’historique des actes de violence semble confirmer cette analyse.

Le facteur de la réalité politique

En avril 2005, une attaque avait été menée dans le quartier d’Al-Azhar au Caire, provoquant la mort de 3 touristes (deux Français et un Américain). L’auteur de l’attaque s’est révélé être un jeune homme de 18 ans, étudiant à la faculté de polytechnique, qui n’appartenait à aucune cellule organisée. Au cours de la même période, une bombe artisanale avait explosé sous le pont du 6 Octobre, place Abdel-Moneim Riyad, en plein centre de la capitale, provoquant la mort d’une personne, l’auteur de l’attentat. Quatre touristes avaient été blessés : un Israélien et son épouse, un Suédois, une Italienne ainsi que trois Egyptiens. Ces deux attaques ont de frappantes similitudes avec l’attaque de dimanche. A chaque fois, c’est un engin explosif artisanal très primaire qui a été utilisé. Il n’y a eu aucune revendication. Quant à l’exécution, elle manque de « métier ». Les analystes s’accordent à dire que cette nouvelle forme de violence est alimentée par l’instabilité politique. Elle est l’œuvre d’un certain nombre de jeunes ou d’individus influencés par les événements politiques dans la région et qui ont appris, grâce à Internet, la fabrication des bombes artisanales. L’attaque du dimanche soir intervient quelques jours après les événements de Gaza qui ont exaspéré les sentiments des Egyptiens. « Ces jeunes ne sont pas régis par des considérations idéologiques comme c’était le cas avec le Jihad et la Gamaa. Ils sont régis par la réalité politique, économique et sociale, même s’ils agissent parfois sous le couvert de la religion », assure Amr Al-Chobaki. Cette forme de violence est, selon lui, plus difficile à affronter, car les acteurs ne sont pas connus comme dans la violence organisée.

La police a annoncé lundi avoir arrêté trois hommes soupçonnés d’être impliqués dans l’attentat. Les trois hommes, dont l’identité n’a pas été révélée, ont été interpellés près du lieu de l’attentat, juste après l’explosion. D’autres sont entendus en tant que témoins. Les victimes françaises de l’attentat ont été rapatriées en France par avion dès lundi. A Paris, le président Nicolas Sarkozy a fait part de sa « profonde émotion », a transmis « ses condoléances » à la famille de la victime et a adressé un message de sympathie et de solidarité aux blessés et à leurs proches. Le bazar de Khan Al-Khalili est un lieu hautement fréquenté par les touristes. Chaque jour, des milliers de touristes s’y rendent, ce qui mène à poser la question : comment un tel attentat a-t-il pu avoir lieu dans un quartier très surveillé ? La source de sécurité écarte toute défaillance. « Le dispositif de sécurité fonctionne bien, mais il est quasiment impossible de contrôler à 100 % des lieux comme Al-Hussein », assure la source de sécurité. L’attentat va exacerber le débat sur le terrorisme, tandis qu’un nouveau projet de loi sur le terrorisme doit être discuté au Parlement et qu’il est question de supprimer la loi sur l’état d’urgence en vigueur depuis l’assassinat du président Anouar Al-Sadate en 1981.

Chérif Soliman
Chérine Abdel-Azim
Héba Nasredine

 




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