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 Semaine du 17 au 23 Septembre 2008, numéro 732

 

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Dossier

Circulation. Pour ce mois du Ramadan, le premier test de la nouvelle loi révèle la persistance des embouteillages, mais surtout de l’esprit d’anarchie et de manque de prévoyance.

Le laisser-aller prend le dessus

Des fanfares pour annoncer l’entrée en vigueur de la nouvelle loi. Un code qui est vite tourné en dérision par les Egyptiens, qui désormais le surnomment la loi du triangle et de la trousse de secours. Le nouveau texte qui se caractérise notamment par un durcissement des sanctions et des contraventions a été rapidement réduit à zéro. Au lieu de régler l’anarchie qui règne dans les rues, surtout de la capitale, la seule nouveauté est simplement un renforcement des peines et une présence accrue des policiers et des points de contrôle dans différents coins du pays. Ce mois du Ramadan a constitué un test dévoilant les limites de l’application d’une législation à l’heure où tout le système souffre d’anarchie. Faut-il croire à un naturel peu soucieux de la discipline et de l’ordre des Egyptiens qui les pousse à une véritable résistance passive ? Donner le change au gouvernement qui est très peu démocratique et ne fait qu’enfoncer les citoyens dans des problèmes économiques inextricables ? Or, celui-ci a riposté par la manière dont il est coutumier. Durcir les peines, inciter les conducteurs à plus de discipline. L’effet dissuasif viendrait-il résoudre un problème chronique ? En fait, on ne peut pas ignorer la gravité du problème voilé par les polémiques sur une nouvelle loi. Les accidents de la route tuent environ 6 000 personnes et font 30 000 blessés chaque année en Egypte, selon le ministère des Transports. Celui-ci donne pour raison, notamment, le mauvais entretien des véhicules et la non-observation des règles de sécurité, mais passe sous silence le mauvais entretien des routes et l’absence d’éclairage souvent.

Tout compte fait, on dirait juste une question d’apparence, de mise en scène. La loi continue à favoriser la corruption et les pots-de-vin.

Elle constitue une manne pour les caisses de l’Etat, alors que tout le monde semble s’accommoder de la pagaille et des embouteillages. Les feux rouges dérangent. A l’approche d’un croisement au lieu de ralentir, le conducteur accélère à une vitesse vertigineuse. Passer avant la voiture de l’autre côté sans se soucier du risque d’accident ou même d’écraser un piéton.

Il est 18h00, au croisement de la rue Talaat Harb et Al-Bostan, au centre-ville. L’iftar c’est dans quelques minutes. L’attention des agents de la circulation se relâche. Ils vont à la recherche du repas, cherchent un lieu pour s’asseoir. Les automobilistes, eux, semblent perdre la tête, la faim les torture-t-elle tant ? Ils pressent sur l’accélérateur, on entend les crissements des freins. Un accident est évité ? Et le feu rouge ? On n’en tient pas compte, à moins que les flics soient là. Les mêmes mésaventures ont lieu tard la nuit, une fois les agents partis, soulignent les riverains.

La situation est ainsi faite. Presque tous les conducteurs mais aussi les piétons ne respectent pas le code de la route, même les règles les plus élémentaires. Pour les piétons en fait, il faut toujours se lancer dans l’aventure. Les passages cloutés, même s’ils existent, sont tout le temps investis par les voitures arrivant en trombe. Passer entre les véhicules, traverser au pas de course est le seul choix. A un passant demandant à l’agent pourquoi il n’arrête pas la file de véhicules pour laisser passer les piétons, il répond : « Eux-mêmes traversent au feu rouge. Ils se débrouillent ». Une fatalité semble s’emparer de tout le monde. Un certain aveuglement aussi. Des femmes en noir traînant des enfants et portant des paquets et des paniers se lancent au beau milieu des voitures dans la place Tahrir. Les conducteurs les esquivent en grognant, mais semblent habitués à cet état de choses.

Mais tous sont autant des coupables que des victimes. Les Egyptiens possèdent cet art de contourner les règles. Etre débrouillard, c’est une qualité bien vue. Un état d’esprit qui se manifeste sur les routes. Pourquoi ne pas déjouer les consignes ? Lorsqu’on a imposé la ceinture de sécurité, nombreux sont ceux qui ont cherché des cordes, des ceintures en tissu ... surtout les chauffeurs de taxi. Ceux-ci voient les choses autrement. Pour eux, elle est peu nécessaire. D’ailleurs, leurs véhicules se portent mal à tous les niveaux. Et puis avec le renchérissement du prix de l’essence, des frais d’entretien chez des mécanos tout aussi débrouillards et qui souhaitent que le client revienne fréquemment, il faut donc faire des économies, à l’exemple du motard qui passe à côté avec un casque en plastique juste pour contourner la loi.

Le durcissement des peines se justifie-t-il donc ? Il y a évidemment des problèmes et des détails à régler avant de recourir à des mesures dissuasives.

Il y aurait en fait tout d’abord une sorte d’impossibilité matérielle à résoudre la question de la circulation. Selon les chiffres, deux millions et demi de voitures circulent quotidiennement dans la capitale égyptienne alors que les rues, elles, ne peuvent que supporter un demi-million de véhicules. S’ajoutant au mauvais état des routes, cette situation rend mathématiquement toute solution impossible, sinon compliquée. Cela encourage donc toutes sortes d’abus et d’infractions.

A chaque quartier ses infractions

Zamalek, quartier élégant de la ville, habité par la classe aisée. Garer en double file est la vue la plus coutumière sur laquelle on peut tomber. Pourtant, ils sont omniprésents, les remorqueurs, les véhicules de police sillonnent la zone sans trop intervenir. Les flics sont-ils impressionnés par le pouvoir et l’influence supposée des propriétaires ? Les flics arrivent pour mettre les sabots sur les voitures en contravention. Cela se passe doucement. Le propriétaire arrive, discute un peu et fait la main grasse. La question est réglée au passage d’un autre automobiliste qui fait la leçon. « C’est juste devenu plus cher », le bakchich, dit-il, pour s’entendre ; il faut quand même tenir compte des conditions des petits agents qui vivent dans l’indigence à l’exemple d’une grande majorité d’Egyptiens.

Autre lieu, autres mœurs mais toujours le chaos. Dans le périmètre stratégique de Qasr Al-Aini, se trouvent le ministère de l’Intérieur, celui de la Justice et le Parlement, un affaissement de terrain a fait que quatre rues ont été fermées à la circulation, sans que l’on désigne le sens que doivent emprunter les automobilistes dans les autres rues. On emprunte donc des sens interdits dans le quartier même de ceux qui veillent sur l’ordre public.

Autre scène insolite, dans la place Lebnane (Liban) à la descente du pont, c’est un particulier qui organise le trafic. L’agent, lui, est absent. L’informel règne en maître, pas très loin mais s’agissant alors des microbus, ces célèbres démons de l’asphalte, ils stationnent dans les lieux interdits, roulent à une vitesse vertigineuse et font toutes sortes de manœuvres. La loi est là, mais rien n’y sert. Eux aussi gratifient les agents. Un cercle vicieux au vrai sens du terme.

Un désordre qui dépasse, selon les sociologues, le seul cadre de la circulation et ses lois. La surpopulation y joue un rôle, la misère grandissante, le manque d’efficacité des pouvoirs publics et aussi le peu de cas que l’on fait de la discipline. Le code éthique est absent. On tente de l’inculquer (lire article page 5) par des associations privées. D’autres l’expliquent par une sorte de résistance passive qui fait partie de la culture des Egyptiens. Un argument parmi d’autres. De toute façon, la loi est là. On attend aussi la fin du Ramadan, un mois où il est difficile que la rue soit disciplinée, pour voir s’il y aura du nouveau.

Ahmed Loutfi

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