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 Semaine du 17 au 23 Septembre 2008, numéro 732

 

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Télévision. Trois feuilletons du Ramadan, Nasser, Al-Dali et Charaf Fath Al-Bab, se posent le problème de situer le temps de leurs héros dans un rapport dialectique entre le moi et le groupe. 

Hommes de leur temps 

Que connaissons-nous de Nasser ? Sa naissance, sa famille et ses préférences politiques ? Le feuilleton éponyme a su lier pertinemment la construction du moi de Nasser et sa quête d’une solution à l’absolutragique condition précaire de sa nation souffrant d’un roi indécis, mûr pour la conspiration contre les gouvernements, qu’il nomme et défait aussitôt, et une occupation britannique tyrannique. Manière de tirer de sa propre expérience ses enjeux, à l’abri de toute idéologie, de tous affects incongrus.

Le portrait de Nasser par le réalisateur Bassel Al-Khatib ne pourrait être plus lisse. C’est presqu’un exploit d’avoir réalisé deux volets sur le grand leader, l’un optimiste, l’autre déprimé, l’un énergique, l’autre fatigué, les deux étonnamment agréables à voir — sans jamais prendre position pour ou contre lui. Une telle audace peut frapper ou plaire.

Un tel choix s’explique par la volonté de remettre la théorie dans la pratique, le discours dans l’action révolutionnaire. Nasser, campé par Magdi Kamel, est le grand conducteur de l’action d’un groupe qui ne devient épique qu’en fonction de l’armée qu’il mobilise. La réaction de son groupe d’Officiers libres est comme celle d’une classe à la parole de son maître, car dominée par des forces idéologiques, historiques, sociologiques que le feuilleton décante et insère dans le cadre. Les Officiers libres, Abdel-Hakim Amer, Salah Salem, Kamaleddine Hussein et tous les autres, savaient que le légendaire Nasser, qu’ils continuent à appeler Jimmy, est venu aider leur mouvement à se former pour servir un dessein grandiose de construire leur nation et la doter d’une armée forte pour défendre ses intérêts et la protéger des adversités.

la seule véritable différence entre les deux volets d’un scénario qui édifie le personnage, en le peignant tantôt en militaire intransigeant, tantôt en père de famille aimé, tantôt idéalisant la révolution, tantôt condamnant son absolutisme, tient dans la cohérence du groupe des Officiers libres, la qualité de la protection qu’ils offrent à leur chef, non dans quelque sens de lecture de l’Histoire. La possibilité égale de la victoire et de la défaite du projet nassérien tient dans la confiance du groupe et du peuple qui se tient derrière son héros.

Nuançant, le feuilleton Al-Dali affiche l’ambition de placer sa forme à la hauteur de l’épopée d’un autodidacte interprété par Nour Al-Chérif, qui a bâti son propre empire industriel. La grande forme a été déjà amorcée dans la première partie, l’an dernier. Mais cette fois, le réalisateur Youssef Charafeddine ne s’interdit pas le recours à l’alternance d’échelles avec rigueur. Les premiers épisodes nous exposent à un conflit infernal, où Dali traque ses adversaires, mafieux et autres conspirateurs, qui ont incendié sa compagnie, dont il est le seul survivant.

D’un autre côté, nos yeux se reposent dans la nuit, le silence où il prépare les coups destinés à mettre un frein aux velléités de destruction et de sabotage de ses intérêts qui animent un magnat juif. Lequel défend des intérêts américains et européens que concurrencent les établissements de Dali. Au fur et à mesure que le feuilleton avance, le réalisateur nous habitue à l’idée que la nature aride et Dali sont de la même essence. Un homme d’abord gigantesque, paternel, finit par se replier sur lui-même du fait de tant de revers subis et accumulés. Plus fort, parce que plus déterminé et parce plus radical dans sa sécheresse sentimentale. A force d’éliminer coup après coup ses adversaires, il est enfin libre, dans le sens où on peut l’être dans le néolibéralisme : il a fait du moi sa propre patrie. Rien ne compte que l’existence et la survie de sa famille et de son groupe industriel. Une lumière sombre affleure dans son discours : « Moi, je suis Saad Al-Dali, et toi qui es-tu ? Tu deviens mon concurrent dans le business ... Tu n’es qu’un bâtard ». La manière d’agir de Dali réfléchit les caractéristiques d’une époque, où un pays monumental est réduit à une patrie d’hommes d’affaires qui décident de l’évolution des rapports sociaux et de l’économie sans manifester de soucis pour la redistribution du profit.

Avec Charaf Fath Al-Bab, de Racha Charabtagui, on passe des fables politiques précédentes avec foule, feux et métaphores à un récit plus modeste, drame intime inscrit dans la pure réalité. Charaf (Yéhia Al-Fakhrani), responsable des entrepôts d’une compagnie du secteur public, est contraint à une retraite anticipée et une maigre indemnité qui ne satisfait pas les besoins de sa famille. Essawi, son patron, lui fait miroiter une énorme compensation en échange d’un trafic discret de fer de construction, stocké dans les entrepôts. La caisse de billets qu’il récupère en secret l’implique dans des conséquences policières et le conduit en prison. Le moindre geste, la moindre réaction de ses enfants et de son épouse acquièrent une densité et une intensité extraordinaires. Le monde de Charaf est soumis au cercle. L’apparition de la caisse de billets de banque est aussi celle d’un rectangle dans un monde de cercles. le territoire du drame est filmé comme un espace unifié, un vaste intérieur subdivisé en cellules contiguës. Le feuilleton n’est pas un drame du destin, mais de la liberté. Si Charaf renonce à ses illusions, c’est qu’il a touché le fond de son pessimisme, épousant les regards, les pulsions et affects de ses enfants, portant son honneur à une nouvelle hauteur.

Amina Hassan

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