Al-Ahram Hebdo, Arts | Ras-le-bol!
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 Semaine du 12 au 18 mars 2008, numéro 705

 

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Arts

Cinéma. Sur écran, trois films (Chaos, Sine die et L’Ile) ont cherché à miroiter une exaspération qui a commencé par s’exprimer dans la rue. Le succès fut au rendez-vous, avec des recettes de 47 millions de L.E. en l’intervalle de trois mois.

Ras-le-bol!

« Le gouvernement fait la sourde oreille face à nos peines », « Nous sommes marginalisés, nul ne s’aperçoit de notre présence », « La loi qui règne est celle du plus fort ». Ces bouts de phrase traduisant la colère d’une population indignée trouvent leurs échos dans des films sortis ces derniers temps, au grand dam de la censure égyptienne. Il s’agit de Héya fawda (chaos, de Chahine et Khaled Youssef), Hina maysara (sine die de Khaled Youssef) et Al-Guézira (l’île de Chérif Arafa). Ces fictions incarnent en quelque sorte les distorsions actuelles du rapport Etat–citoyens, d’ailleurs ces derniers ont voté pour ces œuvres, avec des recettes tablant autour de 47 millions de L.E., en quelques mois (soit 19 millions pour Al-Guézira, 15 pour Chaos et 13 millions pour Hina maysara). Cela dit, elles retracent un dysfonctionnement qui existe, allant au-delà de la différence d’âge ou de style. Les cinéastes ont présenté la réalité sans l’embellir.

Comme le révèle son titre, le film de Chahine co-réalisé par Khaled Youssef traite du chaos qui sévit dans le pays. On sort du film le cœur gros, envahi par une lourdeur d’être : torture dans les prisons, corruption, passation des pouvoirs … tout y est. Ensuite, avec Hina maysara, on plonge dans les quartiers informels où se conjuguent les facteurs politiques, économiques, psycho-sociaux, etc. pour vaincre une population en détresse. Les habitants se sentent aussi marginalisés que ceux de la Haute-Egypte, dépeints par Al-Guézira, en perpétuel conflit avec les autorités. « Je connais ces gens dont je me fais le porte-parole. C’est une manière de délivrer leurs secrets, souffrances et rêves », lance Nasser Abdel-Rahmane, scénariste des deux premiers films. Comme par hasard, l’auteur du film Al-Guézira, Mohamad Diab, a passé lui aussi un bon moment au sud de l’Egypte avant d’écrire sa trame inspirée d’un fait divers.

D’où une crédibilité ressentie par le public et qui n’a pas manqué quand même de choquer. « C’est pénible ! Des gens qui vivent dans des circonstances pareilles ? Que faire pour les aider ? », s’indigne Myriam, 20 ans, en sortant de Hina maysara. Chérif, ingénieur de 33 ans, lui, a sombré dans la dépression après avoir vu le Chaos de Chahine : « J’ai aimé la fin du film mais elle me paraît idéaliste ! Une telle insurrection ne peut pas se produire réellement ».

En fait, la projection de ces longs métrages intervient à un moment où le ras-le-bol s’exprimait dans les rues, de manière spontanée et aléatoire, notamment à travers des manifestations revendiquant la hausse des salaires, les droits ouvriers, etc. Selon la réalisatrice et productrice, Marianne Khouri, les spectateurs ne veulent plus simplement échapper à la réalité en regardant des films comiques et superficiels. Elle explique : « Le cinéma est un miroir de la société. Al-Guézira a fait salle comble dès les premières séances. Les gens en ont assez de voir des bêtises, ils cherchent la crédibilité ». Son frère, Gaby Khouri, producteur de Chaos, réitère : « Les gens sont intelligents, ils veulent qu’on respecte leur mentalité. Quand on leur présente des beaux films traitant de sujets qui les concernent, ils sont motivés ».

Le symbole du pouvoir est souvent exécrable. Dans Chaos, Hatem, le policier, se prête à tous les abus. On a l’impression qu’il est là dans le même quartier depuis la nuit des temps et ce pouvoir de longue date lui procure hégémonie et puissance. Il sera renversé par les masses en rogne. Hina mayssara véhicule le même message : le statu quo mène au désastre. Et dans Al-Guézira, les habitants épaulent Mansour, le criminel, contre les policiers. Pour les gens, les autorités sont les colonisateurs, et le criminel est le héros salvateur. Plus encore, les applaudissements se déclenchent en salle, lorsque les gardiens de l’ordre sont battus par les bandits.

La censure ne pouvait voir d’un œil favorable ce ton et ces images insurrectionnels, mais après quelques accrochages, elle a fini par baisser les bras. Khaled Youssef relativise : « Après le succès de ces films, la censure ne tolérera pas ce genre de drame durant les 5 ans à venir ! ».

Pourquoi craint-on le passage à l’acte ? Par contre, après avoir regardé ces films, les foules ne se sont pas précipitées dans les rues. « L’appel lancé vers la fin incitant les gens à se révolter ne veut pas forcément dire qu’ils le feront en sortant des salles. N’empêche que cela les a marqués », précise le politologue Amr Al-Chobaki. Pour le moment, ils se contentent d’avoir le cœur gros, en voyant le prestige des autorités bafoué sur écran. Un effet de catharsis en résulte.

Mavie Maher

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