Al-Ahram Hebdo,Arts | Nadia Kamel, « Je rapproche les êtres par des histoires qui les concernent et les transforment »
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 Semaine du 6 au 12 février 2008, numéro 700

 

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Arts

Cinéma. Projeté dernièrement au Comité égyptien de solidarité, le documentaire Salata baladi (salade maison) de Nadia Kamel, restitue l’aptitude à conter et la tolérance de la différence qui font que la société élève et construit. Entretien. 

« Je rapproche les êtres par des histoires qui les concernent et les transforment » 

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi avez-vous choisi le titre Salata baladi pour votre premier documentaire ?

Nadia Kamel : Je suis issue d’un mélange étriqué de races et d’ethnies. Mon grand-père paternel est Turc. Mon père, Saad, est communiste musulman. Ma mère, Naëla Kamel, née Mary Rosenthal, est d’origine juive italienne. Quant à ma sœur Dina, elle est mariée à un Palestinien, et leur fils Nabil est le petit-fils du leader politique palestinien Nabil Chaath. J’ai voulu donc exprimer dans mon film et partager avec les autres le bonheur que me procure cette appartenance multiple. Autrefois, dans notre société, qui était cosmopolite, Egyptiens, étrangers et adeptes de diverses confessions, cohabitaient en harmonie. Il y avait moins de fanatisme et plus de place à l’ouverture et la tolérance de la différence. Car le fanatisme engendre le tri et, par conséquent, le repli. Nous portons encore les germes de cette société qui élève et construit. Pour la restituer, il suffit de réhabiliter notre capacité à discuter en dépit de nos divergences d’opinions, à nous raconter des histoires tirées d’expériences intimes de gens qui se rencontrent, s’aiment, se séparent, entrent en conflit et se réconcilient. Cette aptitude au conte s’est réduite après la seconde guerre mondiale. Le nivellement unidimensionnel de la pensée a provoqué la pauvreté de la créativité, et a installé un discours hégémonique que diffuse la télévision. Celle-ci occupe désormais la place du conteur traditionnel, gardien de la mémoire, la grand-mère, dont les contes nous réchauffaient le cœur. Mon film est un appel à restituer l’aptitude au conte, qui rapproche les êtres et les incite à réfléchir pour transformer leur condition.

Votre film ressemble plutôt à un retour aux sources qu’à un récit traditionnel.

— Ce film est pour moi un événement. Au moment de le préparer, il y a six ans, j’ai vu mon neveu Nabil solliciter par des mots simples, parfois fragiles, quelque chose d’authentique, d’essentiel dans l’expérience de sa grand-mère Mary, qui est sa vie elle-même. Elle devait donc aller au bout de ses ressources intellectuelles et de sa mémoire, pour lui fournir des explications du présent, une sorte de moralité où tout se confond, leçon de vie, désillusions, camaraderie, passion. En élaborant le film, j’ai donc donné à voir la grand-mère qui, telle une sonde intérieure, arpente le passé, prenant le temps des postures et des gestes intimes pour en faire jaillir des faces changeantes, mais en même temps conciliables sur le fil d’un chemin, d’une marche, cristallisant un sentiment. Lequel verse dans l’éloge de la justice : logique entière de sa vie.

Visitant Israël, pourquoi n’a-t-elle pas demandé à ses proches, ce qu’ils ont fait pour empêcher leur pays d’usurper les droits des Palestiniens à une vie libre et digne sur leur terre ?

— Ce voyage ressemblait à des retrouvailles avec des morts, ou des ombres près de s’éteindre. Pendant 60 ans, elle n’a pas cherché à revoir ou contacter ses cousins, déportés dans leur enfance d’Egypte vers Israël, sans disposer du temps nécessaire pour lui faire leurs adieux. Elle avait besoin de revivre cette période dont elle a été amputée douloureusement. Elle a constaté combien était béante la plaie entre Palestiniens et Israéliens, et qu’il était inutile de la remuer. J’ai essayé souvent de recueillir la raison de la rupture de ses contacts avec ses cousins, mais elle a toujours avancé l’argument de sa quête de la justice. Elle habite au centre de ce qui, de toute façon, nous tient à cœur, la justice.

Dans une scène unique, où elle apparaît avec ses amis palestiniens, dans un restaurant de Gaza, elle tient cet emploi de passeuse, de celle qui vient, en plein centre de lumière, transmettre et partager une leçon de vie. J’ai baissé le ton de l’éclairage et du son, pour recueillir un aveu qu’elle était prête à livrer. « Je milite depuis l’âge de 18 ans pour la cause palestinienne, dont je suis encore et davantage solidaire aujourd’hui », a-t-elle dit. Son voyage en Israël n’a pas modifié cette attitude. Sans renier son identité, ou réfuter ses origines, elle a adhéré au sens et à l’essence de son militantisme : défendre la justice. Ses amis palestiniens étaient là pour l’enlacer, contenir son émotion et la rassurer, reconnaissant que l’épreuve qu’elle vient de traverser n’a fait que renforcer la valeur de son adhésion à leur cause. Car Mary n’est pas un personnage qui ne fait que passer d’une époque à une autre, d’un endroit à un autre, elle se ressemble, sans doute, parce qu’elle se respecte et tient fermement à ses profondes convictions. C’est cela qui vibre complètement dans cette scène et que notre fibre de cinéaste est allée lui demander.

Quel sera votre prochain projet ?

— Mon prochain film sera une fiction sur l’amour, ce mystère qui construit au fil des regards et des postures, des expressions et des voies de distanciation comme d’empathies. L’amour est un rapport positif qui nous concerne, nous regarde tous. Forcément, il nous installe dans une intimité extraordinaire, qui entraîne une créativité grandiose, nourrissant les images, les mots, des nuances, des sensations profondes. Mon propos est toujours de rapprocher les êtres par des histoires qui les concernent et les transforment.

Propos recueillis par Amina Hassan

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