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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 au 11 novembre 2008, numéro 739

 

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Le Parti National Démocrate. Il a tenu sa 5e conférence annuelle du 1er au 3 novembre, sous le thème « Nouvelle pensée ... pour l’avenir de notre pays ». Critiquée par l’opposition pour son alignement sur les riches, la formation du président tente de se présenter comme le défenseur des plus démunis en affichant en priorité la justice sociale.

Le PND fait circuler une nouvelle image

Ahmad Ezz, l’homme fort du parti au pouvoir, franchit la porte qui mène au bureau de Alieddine Hilal, secrétaire pour les médias. Il est immédiatement empêché d’entrer par la secrétaire parce que, dit-elle, « il est interviewé par la télé ». Le magna du fer rebrousse chemin et va attendre dans une salle à côté. Une scène inimaginable quelques mois auparavant. Est-ce la disgrâce ou encore l’incessant duel entre l’ancienne garde et la nouvelle génération au sein du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), pour lequel cette bataille s’est soldée en faveur des caciques comme Safouat Al-Chérif et Zakariya Azmi. Ces derniers, avec Hilal, détiennent presque tous les fils de la 5e conférence annuelle du parti du président Moubarak, qui s’est tenue du 1er au 3 novembre dans le Complexe des conférences à Madinet Nasr.

Ezz, le chef du tanzim, a été ainsi relégué au second plan, parce que d’après un cadre du comité des jeunes au sein du PND, préférant parler sous couvert de l’anonymat, « ce changement d’attitude émane d’une crainte de Gamal Moubarak de voir l’homme le plus proche de lui se présenter aux élections présidentielles de 2011, d’autant plus que son pouvoir s’est largement étendu ces deux dernières années ». Les observateurs estiment que même si une lutte intestinale trouve place au parti, la marginalistaion de Ezz et de ses confrères hommes d’affaires n’est qu’une simple manœuvre du parti et ne serait que temporaire.

Le PND a entamé sa conférence annuelle avec une image ternie notamment à cause des affaires de corruption ou des procès qui touchent ses hommes d’affaires les plus influents. Le plus récent est celui de Hicham Talaat Moustapha, accusé d’incitation au meurtre. Avant lui, c’était Hani Sourour et Mamdouh Ismaïl et même Ahmad Ezz qui est accusé de monopole.

Le parti contre-attaque

Ce constat a mis sur la défensive les membres les plus éminents du PND qui se sont mobilisés tout au long des deux semaines qui ont précédé leur rencontre annuelle pour défendre leur parti contre ce déluge d’attaques lancées par l’opposition. « Notre parti ne permet pas aux personnes corrompues d’occuper ses rangs (...) Le PND n’est pas un lieu où les auteurs de délits bénéficient de l’immunité », a lancé Safouat Al-Chérif, secrétaire général du parti. Un lifting était plus que jamais nécessaire d’autant plus que le parti du président Moubarak cherche à se présenter cette année comme le parti du « peuple », celui qui défend les « causes des plus pauvres ». « Nous protégerons les pauvres et contrecarrerons la pauvreté, nous soutiendrons les habitants des bidonvilles et la classe moyenne et poursuivrons nos efforts pour élargir la base de la justice sociale », a ainsi lancé le chef de l’Etat à l’inauguration de la réunion. Et comme c’est la coutume, des promesses pharaoniques accompagnent chaque conférence et trouvent leur place dans presque chaque discours des hauts responsables, qui se succèdent sur le créneau pour s’adresser à ces quelque 3 000 personnes présentes dans la salle. On parle de l’amélioration des services, du développement de l’éducation, des moyens de transports, de la réforme du système médical, du logement pour les jeunes ... « 3,7 milliards pour développer les services dans les 1 000 villages les plus pauvres d’Egypte, 500 millions pour financer un fonds pour les bidonvilles ». A côté de ces engagements qui, en grande partie, reprennent les promesses lancées par le président Moubarak lors des présidentielles de 2005, le parti au pouvoir table pour la première fois sur la stratégie de projets pilotes.

Il s’agit par exemple de tester la décentralisation d’abord en matière d’éducation et dans seuls trois gouvernorats. Le développement des villages les plus pauvres se fera sur un nombre limité avant de s’élargir à 1 000 villages. (Lire encadré). L’idée est novatrice pour un parti traditionnellement créateur de slogans, tous sur base de « Nouvelle pensée ». Pour 2008, c’est la « Nouvelle pensée pour l’avenir de notre pays ». Le PND qui dirige le pays depuis une trentaine d’années s’efforce de s’identifier à l’Egypte. L’avenir du pays est celui du parti, c’est désormais le message que ses cadres tentent de faire passer. « C’est le parti du peuple ... Non le parti du pouvoir ni celui du gouvernement », lance Ezz lors de son discours. Et les chiffres servent d’argument. Un PND avec 2,9 millions de membres détient 333 sièges au Parlement et 244 à la Chambre haute. Pour l’opposition, c’est la preuve que ce parti bloque la réforme politique et monopolise la vie politique égyptienne, mettant les entraves constamment devant les autres 15 partis d’Egypte.

Pire encore, les cadres du PND se sont abstenus de fournir des réponses ou donner des signes sur l’avenir politique de l’Egypte, un avenir fortement nébuleux. Selon Amr Hachem Rabie, spécialiste des partis politiques, le PND ne cesse de tourner autour des problèmes sans les attaquer de front. Ainsi, « aucune discussion sur la passation du pouvoir n’a eu lieu et le parti n’a pas cherché à éliminer les doutes sur la succession à la tête du pays ».  Ils se contentent de répéter le même discours tel que « la Constitution réglemente la passation du pouvoir et l’élection du président ». Pas question de dire aujourd’hui qui serait le candidat du PND lors des présidentielles de 2011, alors qu’il doit être un des 40 membres du comité suprême du parti, créé l’an dernier. « Qui peut désigner un candidat 3 ans auparavant ? », s’indigne Ahmad Ezz, simplement car ceci relève du secret-défense. L’opposition, elle, n’a aucun doute qu’il s’agirait bel est bien du fils du président, sauf coup de théâtre. Le flou passe comme mot d’ordre.

Lorsque ces cadres  parlent même de justice sociale, ils avancent la prime salariale, décidée par le président en mai dernier. En revanche pas un seul mot sur une nouvelle législation contre le monopole par exemple, ni aucun mot sur la séparation entre les richesses et le pouvoir. Parce que désormais les affairistes détiennent le pouvoir. Ils sont membres du fameux comité suprême des politiques ou occupent les portefeuilles-clés au gouvernement ou encore représentent le PND aux deux chambres du Parlement. Cette omission, loin d’être involontaire, laisse l’opposition aussi bien que la rue sceptiques sur les serments du « National Démocrate » en matière de pauvreté. Sur l’avenue Qasr Al-Eini, s’élève un des sièges du parti au pouvoir, en ce moment, il fait l’objet de travaux des égouts. Abdel-Hamid, un des ouvriers sur le chantier, n’est même pas au courant qu’une conférence du PND se tient un peu plus loin dans le nord de la capitale. « J’ai simplement envie d’éduquer mes enfants et d’avoir de quoi leur acheter un dîner tous les soirs », dit-il. Et le PND, vous le connaissez ? « Vous voulez dire le gouvernement ? Le président ? Oui, je crois que j’en ai entendu parler à la télé. Dieu est Généreux ».

Un lifting permanent

Les chefs du parti devraient être déçus par un tel discours et surtout après plusieurs semaines, où tous les services de l’Etat ont été mobilisés en leur faveur. Des émissions spéciales à la télé, un flux d’entretiens avec les différents cadres étalés dans la presse gouvernementale, des spots de publicité, la formation du président de la République n’a en effet pas lésiné, comme lors de chaque conférence, sur les campagnes médiatiques. Sur radio Nogoum FM, on hurle « l’Egypte est notre patrie, notre mère à tous », puis une question est posée : « Votre patrie ? », « L’Egypte », répond le citoyen, « Votre ville ? », « Assiout ». Et le citoyen se déchaîne pour louer les avantages du parti et formuler des espoirs pour faire avancer le pays. Parce qu’on « ne peut pas affronter les problèmes du futur avec les méthodes du passé », lance le président Moubarak. Le discours change et flirte avec les pauvres, les méthodes aussi. Les cadres du parti n’hésitent pas à s’attaquer ouvertement à l’opposition et à la presse indépendante, en pleine conférence. Tous se sont déchaînés, de Gamal à Ezz en passant par Al-Chérif ou Azmi, dénonçant « l’agenda » des journaux indépendants et « les bloggueurs qui utilisent des sites populaires tels que Facebook pour attaquer le parti ». Sur le fond, le PND reste pourtant le même, menant sans cesse un lifting pour dissimuler les effets des années qui passent.

Samar Al-Gamal

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