Al-Ahram Hebdo, Idées | Comment dévoiler la corruption ?
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 Semaine du 5 au 11 novembre 2008, numéro 739

 

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Idées

Médias. Invité par la Fondation Heykal pour les études du journalisme au Caire, l’éminent journaliste britannique d’investigation David Leigh a partagé son expérience d’« Exposer la corruption dans un monde globalisé » avec les auditeurs égyptiens au Hall de l’AUC.  

Comment dévoiler la corruption ? 

« La société dérive sans arrêt et elle ne peut se corriger seule … La voix des journalistes indépendants est le seul instrument qui puisse replacer la société dans le bon chemin et lui accorder une vraie santé politique ». C’est sur cette phrase un brin philosophique que l’éminent journaliste britannique d’investigation, David Leigh, a entamé sa conférence, sur le thème suivant : « Exposer la corruption dans un monde globalisé ». Il s’est empressé de se dédouaner de cette envolée lyrique par un très british « Je ne suis pas un philosophe, je suis un praticien ». Cette conférence, qui s’est déroulée dans les anciens locaux de l’Université américaine du Caire, a attiré une foule de professionnels des médias et des grandes plumes égyptiennes, dont Mohamad Heykal, créateur de la fondation du même nom qui vise à promouvoir un journalisme de qualité en Egypte.

David Leigh est assistant-éditeur du quotidien anglais de centre gauche The Guardian, dont la réputation n’est plus à faire auprès de l’intelligentsia londonienne. La corruption et les pots-de-vin monumentaux qui s’échangent entre Etats pour huiler les accords commerciaux sont monnaie courante. « Et cela concerne le monde entier, tous sont touchés par le phénomène de corruption, qui doit être appréhendé à l’échelle planétaire », explique David Leigh, du haut de son perchoir. Il choisit d’évoquer le pays qu’il connaît le mieux, l’Angleterre, pour illustrer ce postulat : « Il y a dans ce pays une vraie crise de corruption depuis quelques années, depuis que des journalistes d’investigation ont déterré un réseau actif de corruption ». Il a été découvert que la Société britannique d’aéronautique et de défense (BAE) envoyait régulièrement des millions de livres Sterling par le biais d’une société offshore au prince saoudien Bandar pour se fournir en armement et en aviation chez BAE. « Cet exemple vise à clarifier l’aspect international et transfrontalier de la corruption aujourd’hui. L’argent transite de comptes en comptes et de pays en pays si bien que retracer son origine demande des mois voire des années d’investigation ». Le rôle du journaliste est d’exposer cette corruption, de faire les gros titres avec ce type de scandales financiers. « Bien sûr les gouvernements sont très souvent mouillés, et les preuves sont classées secret défense ».

 

Le journalisme par delà les frontières

David Leigh se montre très conscient du fossé béant qui existe dans le respect de la liberté de la presse en Occident et dans la région du Moyen-Orient. Malgré tout, il voit des façons de contourner ces obstacles. Pour lui, la solution réside dans le « Cross-border Journalism », qui consiste à mener des investigations en parallèle dans plusieurs pays, « même si la coopération n’est pas la qualité première du journaliste », ajoute-t-il dans un rire. Partant du principe que les enquêtes poussées qui ont trait à la corruption concernent plusieurs pays, il est de ce fait intéressant de trouver des journalistes d’investigation dans le ou les pays concernés pour mener une enquête sur place. « Si l’information est trop brûlante et que le journaliste ne peut pas publier les conclusions de ses recherches, par crainte qu’on le menace ou par frilosité de son journal, alors l’Angleterre ou un autre pays peut publier l’affaire, qui pourra ensuite être reprise n’importe où ». La collaboration entre différents médias légitimise l’information dévoilée, lui donne davantage de poids et l’opinion publique la prend très au sérieux. « Le futur de la profession de journaliste d’investigation réside dans la normalisation et l’intensification de ces liens entre les professionnels. Il faut que les journalistes égyptiens eux aussi entrent dans la danse », explique David Leigh, tout sourire. Hani Chukrallah, directeur de la Fondation Heykal, chargé d’animer la discussion post-conférence, s’est exprimé ainsi : « Ce que les journalistes d’investigation égyptiens doivent davantage réaliser, ce sont la rigueur et la discipline terrible qui sont inhérentes à cette profession. C’est quelque chose qui est en train de disparaître en Egypte, par manque de moyen ou de tradition … », ajoute-t-il, sombre. Un journaliste égyptien explique à l’orateur britannique qu’en Egypte, il lui est déjà arrivé d’exposer une affaire de corruption scandaleuse sans que les personnalités incriminées n’en subissent les conséquences. Ce à quoi le Britannique a rétorqué, plein de flegme : « It’s really heartbreaking ».

Louise Sarant

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