Al-Ahram Hebdo, Idées | Bilan mitigé, avenir incertain
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 au 11 novembre 2008, numéro 739

 

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Idées

Salon du Livre d’Alger. Avec 400 éditeurs et 120 000 titres exposés, l’attribution de sept prix littéraires et plusieurs mesures de régulation, la 13e édition est marquée par une volonté de « professionnalisation ». Mais surtout par une censure sans précédent qui a plongé la scène culturelle algérienne dans la consternation. 

Bilan mitigé, avenir incertain 

Une fois la pluie finie, ce vendredi après-midi, la foule se presse devant l’entrée du Palais des expositions pour acheter les billets pour le salon. A l’intérieur, les gens se pressent pour acheter qui un livre scolaire, qui un roman, qui un livre religieux. Au stand d’Al-Adab, Nabil Noufal, le représentant de la maison, se plaint que le dictionnaire arabe-français Al-Manhal est déjà épuisé. Cette année, le SILA n’a autorisé que cent exemplaires des ouvrages datant de 2007-2008, 50 pour l’année précédente, et seulement 5 pour les publications datant d’avant 2003. « Je ne suis pas contre cette mesure, dit Noufal, mais je pense qu’elle ne devrait pas concerner les dictionnaires et autres livres utilitaires ».

Ces mesures sont présentées comme l’expression de la volonté de « professionnaliser » le SILA. « L’année dernière, le salon était un grand bazar. Nous voulons encourager la nouveauté plutôt que permettre de solder les fins de stock », explique M. Laribi Bouinoune, membre du comité d’organisation.

Hamdi Hassan, directeur de la maison d’édition égyptienne Dar Al-Andalous Al-Gadida, habitué du SILA depuis dix ans, raconte avoir reçu des consignes orales de « ne pas vendre en gros ». Il s’interroge : « A qui vais-je vendre alors ? Le salon est un moment privilégié pour les libraires de tout le pays qui viennent s’y approvisionner. Il était pour moi un bon marché ». En 2007, certains de ses titres avaient été vendus à 2 000 exemplaires. Cette année, il n’atteindra pas les mêmes chiffres d’affaires, d’autant plus que 82 de ses cartons ont été interdits. « Les titres confisqués sont des classiques de la littérature islamique, comme Al-Rouh d’Ibn Al-Qayyim ». Comme les distributeurs/importateurs étaient interdits au salon, Hassan s’est vu interdire également — « professionnalisation » oblige — les titres publiés par sa maison d’édition avant qu’elle ne change de nom.

Cette mesure est cependant appréciée par d’autres éditeurs, satisfaits de ne plus être concurrencés par les « businessmen » du livre. Jubran Abou-Jouda, représentant de la maison d’édition libanaise Dar Al-Saqi, constate la fin des conflits d’intérêts entre éditeurs et distributeurs. Interrogé sur les titres censurés, il refuse d’en donner la liste, se contentant d’indiquer qu’ils sont 24, abordant surtout des thèmes politiques liés à l’islamisme, s’empressant d’ajouter que « la même politique est menée dans l’ensemble du monde arabe ». Chez Dar Al-Adab, Noufal ne peut réprimer un sourire ironique en déplorant la confiscation de quinze titres d’Adonis, avec une allusion aux « problèmes » soulevés par la conférence sur la laïcité donnée par le poète syrien à la Bibliothèque nationale d’Alger. Cette conférence avait provoqué une levée de boucliers des conservateurs, et, paradoxalement, le limogeage du directeur de la Bibliothèque nationale par la ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi, pourtant issue, ironisent les observateurs, du RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie), un mouvement réputé laïque.

Chez beaucoup d’éditeurs, l’heure était donc à la consternation. Dans une lettre adressée à la ministre de la Culture, l’éditrice Fabienne Pavia (Le Bec en l’air, France) exprime son incompréhension : « Nous avons eu la surprise d’apprendre, moins d’une semaine avant notre arrivée et alors que les livres avaient déjà été expédiés en Algérie depuis Marseille, qu’une vingtaine de nos ouvrages avaient été censurés ». Parmi ces titres, 6 d’Actes Sud, deux de l’Aube, deux du Bec en l’air, onze de Gandini. Pavia souligne ainsi qu’un livre de Youssef Seddiq, pourtant invité officiel du salon, est interdit. « 10 balades à Alger, coédité par Barzakh et les éditions Le Bec en l’air (…), est en vente en Algérie depuis un an … Quant à Jérusalem, le sacré et le politique (Actes Sud), il s’agit d’un livre d’histoire de Farouk Mardam-Bey et d’Elias Sanbar (délégué général de Palestine à l’Unesco) ».

Laribi reconnaît « des dépassements. On a relevé des ouvrages qui étaient ici censurés, si on peut appeler ça comme ça, en tout cas soustraits à l’accès au SILA, alors qu’ils étaient déjà diffusés, édités, voire distribués dans le salon même ».

Des « dépassements » suffisamment « aberrants » — selon les termes d’Adlène Meddi dans Al-Watan qui, dans son article intitulé De la liberté en quotas, donne au moins 120 titres confisqués—  pour inquiéter la scène culturelle algérienne. D’autant qu’ils interviennent dans un contexte où d’autres faits de censure sont relevés, dont l’interdiction d’impression et de diffusion du Journal d’un homme libre, de Mohamed Ben Chicou, journaliste opposant dont un autre ouvrage, Les Geôles d’Alger avait déjà été interdit lors du SILA 2007.

Codirecteur de Barzakh, Sofiane Hadjadj se montre lui aussi inquiet de cette censure. Au stand de cette maison d’édition, un grand portrait de Mahmoud Darwich rend hommage au poète disparu. Mayssa Bey, lauréate du prix du SILA pour le roman en langue française (d’une valeur de 4 000 euros), y dédicace son dernier ouvrage, avec Chawqi Ammari (Le Faiseur de trous, voir Hebdo n°672) et Kamal Daoud (La Préface du nègre). Barzakh est également l’éditeur de Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio d’Amara Lakhous, qui a obtenu le Grand Prix des libraires du SILA. Hadjadj n’est que peu convaincu par « la voie médiane » entre salon et foire que semble vouloir prendre le SILA, et se montre sceptique quant à l’efficacité des mesures prises pour le « professionnaliser » : « La professionnalisation ne signifie pas interdire les importateurs ni restreindre les nombres d’exemplaires exposés. Les organisateurs ont interdit les importateurs sous prétexte de protéger les libraires. Or, en dehors des salons, on voit très peu de gens en librairie. Avec un réseau de librairies quasi inexistant, on peut difficilement abandonner l’aspect marché aux livres du SILA, où les gens viennent s’approvisionner une fois par an ».

Cette année, les habitués ont noté qu’il y avait moins de « grossistes » venus de l’intérieur du pays acheter les livres par cartons entiers. Des éditeurs égyptiens aussi importants que Dar Al-Chourouq et Al-Hayaa al-amma lil kitab n’ont pu exposer parce qu’« ils n’avaient pas envoyé leurs cargaisons à temps », d’après Laribi Bouinoune. Hamdi Hassan et Fabienne Pavia, des éditeurs venus d’horizons aussi différents que la France et l’Egypte déclarent qu’ils ne seront pas là en 2009. Entre censure, désorganisation et professionnalisation improvisée, le bilan du SILA est très mitigé pour une édition qui se voulait celle du « changement ».

Dina Heshmat

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