Patrimoine. La Bibliotheca Alexandrina a terminé cette semaine la documentation de la poste égyptienne dans le cadre du projet Mémoires d’Egypte, pour être enfin publié sur un site Internet.

 

Lorsque les vignettes témoignent

 

L’imprimerie nationale, les conférences scientifiques mondiales, les inaugurations et les visites officielles figurent parmi les événements historiques égyptiens que racontent 400 timbres ainsi que 150 enveloppes commémoratifs. Ces timbres et enveloppes constituent en fait un trésor inédit aux yeux des historiens et des documentalistes et font la matière essentielle que le département des projets privés, en coopération avec le secteur de la technologie informatique de la Bibliotheca Alexandrina, ont exploitée pour documenter l’historique de la poste égyptienne à l’époque moderne. Ce patrimoine précieux est documenté dans le cadre du projet Mémoires d’Egypte, qu’entame actuellement la Bibliotheca Alexandrina. Cette étape sera trônée par sa publication sur un site Internet vers la fin du mois d’octobre.

Il s’agit de « la plus ancienne poste établie au Moyen-Orient. C’est Mohamad Ali le Grand, fondateur de l’Egypte moderne, qui l’a créée lors de la deuxième décennie du XIXe siècle », explique Abdel-Wahab Chaker, responsable du projet de documentation. Selon lui, ce projet est né lorsque la Bibliotheca Alexandrina avait acheté, depuis plus de huit mois, plusieurs collections de timbres rares ainsi que les photos scannées de certaines autres que les collectionneurs ont refusé de vendre. Dès lors, « nous avons constaté que la plupart de ces timbres ont été publiés pour célébrer, diffuser, voire documenter les événements politiques. Ces timbres font partie du patrimoine égyptien. Il faut le préserver pour les futures générations », reprend Chaker. Ainsi a-t-on commencé la classification de ces collections : certaines retracent les événements politiques, d’autres soulignent les grands accomplissements gouvernementaux et publics, tandis qu’un troisième groupe reflète les faits privés qui ont un teint public.

En effet, la poste égyptienne avait imprimé une collection de timbres à l’occasion de la convention de 1936 et la guerre de 1948 dont les revenus étaient mobilisés pour soutenir les soldats à l’époque. Elle n’a pas encore oublié de propager des timbres traitant la visite du roi Abdel-Aziz, fondateur du Royaume de l’Arabie saoudite, pour l’Egypte qui a eu lieu en 1946. « Les timbres que publiait la poste égyptienne reflétaient, voire assuraient la relation de l’Egypte avec les pays voisins », commente le collectionneur Raafat Al-Khamsawi.

 

Outils de propagation

D’ailleurs, la poste mettait en évidence les accomplissements des souverains égyptiens. Parmi cette collection, se distingue un timbre sur lequel est représenté Mohamad Ali tenant en main une imprimerie. Pour Chaker, ce timbre est sorti pour mettre le point d’orgue sur le rôle de Mohamad Ali, initiateur de la première imprimerie au Moyen-Orient, instrument de diffusion qui avait participé à élever la conscience du peuple égyptien.

Rappelons aussi les timbres qui avaient représenté la fameuse inauguration du Canal de Suez en 1869, ceux qui ont été imprimés lors de la construction du dépôt d’Assouan ainsi que les étapes de son élévation, pendant la première moitié du XXe siècle. Aussi la construction du Haut-Barrage a-t-elle été soulignée par l’impression d’un timbre, lors de l’époque nassérienne. Selon Chaker, la diffusion de ce genre de timbre, soit dans les territoires égyptiens ou bien dans les quatre coins du monde, est une sorte de propagande du souverain et de ses gouvernements.

L’actuelle collection de la Bibliotheca Alexandrina offre le timbre du Xe congrès de la poste mondiale tenu en Egypte en 1934. Ce timbre comprend la photo du khédive Ismaïl (voir enc.) entouré de l’inscription « Union postale universelle. Xe Congrès. Le Caire ». C’était la première fois que l’Union postale universelle se tienne en Egypte. Raison pour laquelle le prix de ce timbre est très élevé actuellement. Quant à la fondation des sociétés scientifiques, comme celle de la géographie, celle des scientistes ainsi que celle des insectes, elle était célébrée par des émissions de nouveaux timbres. Le troisième groupe était sorti à l’occasion de la fête de la science ainsi que la commémoration annuelle de la Révolution de 1952.

 

La valeur des faits

Le rôle de la poste égyptienne a dépassé les événements publics et politiques pour retracer les événements privés. C’est le cas du mariage du roi Farouq et la reine Farida en 1938, ainsi que son second mariage avec la reine Narimane en 1951. Les deux cas ont été soulignés par une collection considérable de timbres de différentes formes.

 Malheureusement, la Bibliotheca Alexandrina n’en possède qu’une minorité qu’elle espère compléter. Par ailleurs, une bonne partie des 400 timbres documentés actuellement n’existent même pas au bureau de la poste nationale égyptienne. D’où vient la préciosité de cette collection.

En outre, la collection documentée reflète les différentes étapes administratives, économiques et culturelles de l’Egypte moderne. Les nominations que portait l’Etat égyptien au fil de 140 ans. On lit : « Postes égyptiennes, le Royaume égyptien, l’Etat égyptien, et actuellement Egypte ». « Toutes ces modifications reflètent en fait la position politique de l’Egypte sur le plan mondial », reprend le collectionneur. Aussi, à travers les timbres, on constate la prospérité économique de l’Etat et sa décadence grâce aux monnaies inscrites.

En effet, les prix des premiers timbres variaient entre 10 et 20 bara (ancienne monnaie égyptienne), et 1, 2 et 5 piastres égyptiennes. Ce prix, bien qu’il n’ait pas dépassé les 10 piastres avant la Révolution de juillet 1952, celui qui célébrait le second mariage royal du roi Farouq a atteint 1 L.E., soit 100 piastres égyptiennes. Selon les experts, ce prix exceptionnel reflétait l’importance de l’occasion royale. Par contre, actuellement, une livre ne vaut rien, ce qui explique la décadence de l’état économique du pays égyptien. Quant à la vie culturelle, elle est représentée par les photos de différents monuments pharaoniques, coptes et islamiques que portaient les timbres et leurs motivations décoratives. Toutes ces représentations participaient à élever la conscience culturelle du peuple égyptien.

Il est prévu qu’une fois la documentation des timbres terminée, l’équipe de Abdel-Wahab Chaker compte monter un site Internet qui comprendra les 400 photos des timbres accompagnées des informations sur chacun. Et par chance, « nous avons reçu hier 150 enveloppes commémoratives que la poste égyptienne avait imprimées à l’époque royale », explique-t-il. Ces enveloppes avaient apparu pour la première fois pendant le règne du khédive Tewiq afin de couvrir ses lettres officielles. Ensuite leur production a été transformée en une habitude. Alors, Chaker et son équipe vont ouvrir une nouvelle page sur le site Internet de la poste égyptienne titrée « Enveloppes et couvertures » pour les publier. Enfin, il invite chaque collectionneur à vendre ou bien offrir une copie scannée de sa collection afin d’enrichir le patrimoine égyptien par ces vignettes de l’Histoire.

Doaa Elhami