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 Semaine du 1 au 7 Octobre 2008, numéro 734

 

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Mohamad Taïmour est le président de l’Association égyptienne des titres financiers et de la banque d’investissement Pharos. Il analyse la crise financière qui frappe le monde et son influence sur l’économie égyptienne.

« Plus d’investissement direct : c’est le seul moyen
 pour surmonter la crise »

Al-Ahram Hebdo : Le monde a assisté au cours des deux dernières semaines à une crise économique qui a mené à un krach des marchés financiers. Quel est le scénario prévu, d’ici la fin de l’année, pour l’économie mondiale et égyptienne ?

Mohamad Taïmour : Les pays du monde ont assisté à des vagues successives de krachs boursiers. De grandes institutions financières ont déclaré faillite : American International Group (AIG), Lehman Brothers, Citigroup, Bank of America, Morgan Stanley, Merryll Lynch. Un effroi de nouvelles pertes contrôle dès lors les actes et les transactions de toutes les institutions financières. C’est ainsi que la plupart des institutions et des particuliers ont préféré liquider ce qu’ils possèdent pour acheter les bons de trésors américains. Ils ont préféré investir dans des titres monétaires plus stables et s’éloigner des actifs risqués. Conséquence naturelle : un manque de liquidité. Cette crise mènera sans doute à un ralentissement de l’économie mondiale. Les prix du pétrole ne garderont jamais leur niveau actuel. Ils sont prévus à la baisse dans la prochaine période. Bref, l’économie mondiale assistera d’ici un an au moins à une période difficile. C’est ainsi donc que les pays développés n’auront pas grand intérêt dans les marchés en développement, qui trouveront grande difficulté à attirer les investissements étrangers. Les marchés des pays en voie de développement seront sans doute affectés. L’Egypte ne fera pas exception.

— Justement, quelles sont les répercussions de cette crise en Egypte ?

— La bonne performance de l’économie au cours des 4 dernières années lui a permis de réduire l’effet de cette crise jusqu’à présent. L’Egypte a réussi à réaliser un taux de croissance dépassant les 7 % au cours de la dernière année. Les investissements ont enregistré également une hausse de 25 %, dépassant actuellement 30 milliards de dollars. Le taux de chômage a également baissé, même s’il n’a pas atteint le niveau désiré. C’est grâce au flux record des investissements directs que l’économie est restée immune, sinon le dollar aurait atteint 10 L.E. et la crise aurait pris d’autres dimensions. Mais, cela ne veut pas dire que tout va bien. Cette performance n’est plus suffisante actuellement. L’économie égyptienne fait face également à d’importants défis qu’elle doit surmonter pour continuer à pouvoir attirer davantage d’Investissements Directs Etrangers (IDE). Un taux d’inflation élevé, un large déficit budgétaire, un niveau bas de crédits bancaires et le plus important le sentiment de malaise qu’éprouve la population vu la disparité des revenus et des niveaux de vie.

— Comment l’Egypte pourra-t-elle faire face à cette crise ?

— Avec davantage d’IDE. C’est le seul moyen de surmonter cette crise. Mais cela, comme je l’ai signalé, n’est pas facile. Car c’est en raison de la crise que le volume des IDE va diminuer sur le plan mondial. Cependant, les pays du Golfe et la Chine demeureront en bonne santé. Les pays du Golfe continueront à profiter d’importantes liquidités vu leurs richesses pétrolières, et la Chine est une force économique grandissante qui cherche à s’étendre dans le monde. L’Egypte doit donc essayer de s’emparer d’un bon part de leurs investissements étrangers.

— Comment ?

— L’Egypte a un devoir. Elle doit améliorer davantage le climat d’investissement. Elle doit également poursuivre fortement le programme de la privatisation bloquée depuis 5 mois, au minimum. Elle doit au moins privatiser 3 ou 4 entités de poids. Et cela ne sera réalisé qu’à travers la révision à la baisse de l’évaluation exagérée des entités lancées en vente. Une vague d’offres initiales publiques en Bourse pourrait également aider à pousser l’économie. Par ailleurs, il est très important de gagner la confiance des citoyens. Le gouvernement doit par exemple allouer une part des bénéfices générés de la vente des entités publiques aux domaines qui touchent les citoyens, comme l’éducation et la santé. Je regrette de signaler que la part de l’éducation dans le budget cette année a été réduite à 6,6 %. Une part lamentable.

— Vous venez de signaler qu’une forte vague de privatisation est indispensable pour soutenir la croissance. Quels sont, selon vous, les secteurs le plus appropriés ?

— En tête de la liste vient le secteur des assurances. Une privatisation de poids comme celle-ci relancera le programme et engendrera des fonds indispensables à la poursuite du programme de réformes. A noter qu’une privatisation, celle de l’entreprise Carbonate de Sodium, a été lancée jeudi dernier, ce qui pourra donner plus d’élan à la poursuite du programme de privatisation.

— Depuis le krach mondial, les Bourses sont en fortes fluctuations. Quand les marchés mondiaux seront-ils moins volatiles ?

— Cela nécessite au moins une période de 12 à 18 mois.

— Plusieurs gouvernements sont intervenus pour sauver l’économie de leurs pays. D’autres, comme le Koweït et les Emirats arabes unis, ont injecté de grandes sommes pour sauver leurs marchés financiers. Est-ce que le rôle de l’Etat consiste à intervenir pour sauver les marchés financiers ?

— Non, pas du tout. Le gouvernement ne doit pas intervenir pour sauver le marché monétaire. Il intervient seulement pour sauver l’économie du pays. Chaque fois que le gouvernement est intervenu pour sauver la Bourse, cela n’a pas réussi. Dites-moi : est-ce que la Bourse a pu se redresser dans les pays où le gouvernement est intervenu en injectant de l’argent ? Non, et la valeur des actions a davantage chuté. Le gouvernement doit plutôt mettre des règles contrôlant le marché pour empêcher une crise et éviter des cas de faillite. Pour réussir à le faire, le gouvernement doit injecter d’énormes sommes. Cet argent appartient au peuple et le gouvernement n’a pas le droit de s’en servir. Surtout que ces sommes ne seront injectées que pour sauver une minorité qui investit en Bourse. Cette dernière doit savoir qu’investir en Bourse représente un risque et qu’elle doit assumer les conséquences.

— En Egypte, des rumeurs circulent selon lesquelles une intervention discrète de la part du gouvernement a eu lieu pour sauver la Bourse. Qu’en dites-vous ?

— Le gouvernement égyptien n’est pas jusqu’à maintenant intervenu pour injecter de l’argent et relever l’indice boursier. Et il ne doit pas le faire. Mais s’il décide d’intervenir, il doit le faire d’une manière tout à fait transparente.

— Nous avons assisté à une vague de « nationalisation internationale ». Est-ce là un signe aux pays émergents pour qu’ils emboîtent le pas ?

— D’abord ces nationalisations ne sont pas de réelles nationalisations permanentes. Le gouvernement intervient, s’empare des entités pour les revendre dans un an ou deux. La nationalisation ici vient dans le but de sauver les entités économiques, et par conséquent l’économie du pays. Ce n’est pas une politique de l’Etat et cela ne donne aucun signe aux pays émergents d’emboîter le pas. Ces pays ne doivent le faire que pour éviter la faillite d’une grande entité économique, et par conséquent ne pas porter atteinte à l’économie du pays.

Propos recueillis par Névine Kamel

 




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