Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy , Rencontre avec le président suisse
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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  Semaine du 16 au 22 janvier 2008, numéro 697

 

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Opinion

Rencontre avec le président suisse

Mohamed Salmawy 

Le président suisse, Pascal Couchepin, est une personnalité de type différent. Il contredit l’image stéréotypée de la Suisse qui prédomine chez l’opinion publique non seulement en Egypte, mais aussi de par le monde, à savoir que la Suisse est un pays neutre qui ne s’implique pas dans les problèmes du monde et qui n’adhère pas aux organisations internationales, y compris l’Union européenne.

 

Pascal Couchepin rejette cette image stéréotypée et dit que la Suisse est concernée directement par tous les événements mondiaux avec en tête le problème qu’il considère comme primordial, celui du conflit des civilisations. D’ailleurs, lui, il préfère lui donner l’appellation de dialogue entre les civilisations. Pour cela, Couchepin a choisi d’entamer son mandat présidentiel par une visite en Egypte, qui est selon lui la clé du dialogue avec le monde arabe, musulman et la région du Sud de la Méditerranée.

J’ai demandé au président suisse : comment la Suisse est-elle impliquée dans le conflit actuel entre la civilisation occidentale et l’islam, bien qu’elle soit le pays de la stabilité politique, économique et sociale, et dont les Alpes sont le symbole de ses particularités ? Il a alors déclaré que la stabilité que vit la Suisse ne veut pas dire qu’elle tourne le dos aux problèmes du monde, surtout ceux qui la concernent de manière directe, comme la relation entre l’Occident et l’islam. Il a ajouté : nous avons des citoyens suisses de religion musulmane. D’ailleurs, certains peuvent ignorer qu’au moins 10 % du peuple kosovar réside aujourd’hui de manière permanente en Suisse. Comment donc dire que nous ne sommes pas concernés par l’islam et par le dialogue avec ses porte-parole ? Raison pour laquelle j’ai tenu au cours de ma visite en Egypte à rencontrer le cheikh d’Al-Azhar et le pape Chénouda.

Pascal Couchepin m’avait invité au petit-déjeuner au lendemain de son arrivée en Egypte et avant d’entamer ses visites officielles qu’il a terminées par une rencontre avec le président Moubarak. Il s’est enquis sur les situations actuelles des écrivains égyptiens et de la littérature en général. D’ailleurs, je me suis rendu compte qu’il est bien informé à ce niveau. Non seulement il connaît les noms des écrivains égyptiens, mais il a lu aussi certains de leurs ouvrages. Il m’a fait part de son admiration vis-à-vis de certains livres spécifiques comme L’immeuble Yacoubian, de Alaa Al-Aswany, et le roman Al-Zeini Barakat, de Gamal Al-Ghitany. Il a trouvé des similitudes entre ce roman et ceux de l’écrivain turc, prix Nobel de littérature, Orhan Pamuk, surtout Mon nom est rouge. Les deux romans dépeignent une ancienne société historique, dans lesquels le pouvoir restreint la liberté des citoyens en les espionnant et en les pourchassant continuellement. Comme le savait bien le président suisse, le roman de Ghitany a été rédigé plusieurs années avant celui de Pamuk. (Ghitany m’a dit que le roman avait été rédigé spécifiquement deux décennies avant celui de Pamuk).

Le soir même, j’ai dîné avec le président suisse en compagnie d’une délégation d’écrivains et de journalistes regroupant Gamal Al-Ghitany, Bahaa Taher, Alaa Al-Aswany, Salama Ahmad Salama et Hicham Qassem. Il était donc tout à fait normal que je lui demande la raison de l’intérêt qu’il porte à la littérature en Egypte au milieu de ses rencontres officielles tenues avec les ministres de la Culture, de la Santé, de l’Education et de sa visite à la Bibliotheca Alexandrina et à Assouan.

Il rétorqua : je rencontre les ministres et les responsables qui assument la responsabilité de certains projets et sujets communs avec la Suisse et je rencontre les hommes de religion pour étudier la question de la coexistence entre les religions. Mais je rencontre les hommes de lettres et les écrivains pour faire la connaissance de l’intellectuel égyptien et de sa conscience. Ceci s’avère d’une grande importance pour moi parce que l’âme nationale dans n’importe quel Etat est son moteur dans toutes les situations. C’est cette âme qui détermine ses politiques dans tous les domaines. La vraie réussite de ma visite ne se réalise pas uniquement par la signature des accords conjoints, mais également par la compréhension correcte de l’esprit de l’Egypte et de son âme. L’Egypte est le pays-clé de la région, et naturellement elle ne peut pas résoudre tous les problèmes de la région et sans elle, il n’y a pas de solutions. J’ai tenu à ce que les citoyens suisses assimilent bien cette réalité, parce qu’ils se demanderont comme vous, pourquoi Couchepin entame son mandat par une visite en Egypte. Une telle question incitera sans aucun doute la Suisse à s’intéresser à l’Egypte, dans une tentative de comprendre ce qu’elle représente au niveau politique, mais également culturel et religieux. Ils découvriront que ces dossiers sont liés étroitement à leur quotidien, parce que même si la Suisse est un pays neutre politiquement parlant, il n’en demeure pas moins qu’elle ne vit pas en dehors du contexte historique et elle ne se replie pas sur elle-même. Elle privilégie  la morale dans les questions internationales. La Suisse est le pays du Traité de Genève, qui se rapporte au traitement des prisonniers de guerre. Elle est le pays de la Croix-Rouge, celui du Traité de Berne qui se rapporte à la protection de la propriété intellectuelle, celui du siège européen des Nations-Unies. Elle est en somme une partie intégrante du monde et de ses dossiers urgents. Elle ne peut pas régler la morale du monde, sauf si elle est proche de sa conscience et de son esprit qui sont incarnés dans ses écrivains et intellectuels.

Sans doute la réponse à la question sur la raison de sa visite en Egypte se reflétera-t-elle sur plusieurs domaines. Ceci fera partie de ses prérogatives, puisqu’il est également responsable du Département fédéral de l’intérieur. Ce qui ne veut pas dire dans le régime suisse être ministre de la police, mais être en charge de nombreux secteurs internes importants, tels que les affaires sociales, la santé, l’éducation, la recherche scientifique et la culture. Couchepin est l’un des plus importants hommes de politique de son pays. Il a occupé de nombreux postes, dont celui du président de sa ville natale de Martigny. Elu au Conseil national comme député du Parti Radical Démocrate (PRD), en 1972, il préside le groupe parlementaire de ce parti. Elu membre au Conseil fédéral en 1998, Couchepin prend la tête du Département fédéral de l’économie, ensuite il est président de la Confédération suisse pour la première fois en 2003. De quoi revêtir sa visite d’une aura particulière.

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