Al-Ahram Hebdo, Egypte | L’équation insoluble
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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  Semaine du 16 au 22 janvier 2008, numéro 697

 

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Egypte

Flambée des prix. Les revendications salariales gagnent presque tous les secteurs ouvriers et de la fonction publique. Les responsables ne sont pas unanimes quant à la réponse à donner.

L’équation insoluble

Des syndicalistes ouvriers ont mis en garde cette semaine contre les conséquences de la flambée des prix si elle ne s’accompagne pas d’une augmentation proportionnelle des salaires. Ils ont demandé une réunion urgente du « Haut Conseil des salaires », un organisme qui fut créé en 2003 et dont les membres ne se sont réunis qu’une seule fois depuis. Les syndicalistes qui revendiquent l’augmentation des salaires des ouvriers et des fonctionnaires prévoient la multiplication des manifestations et des sit-in si aucune mesure n’est prise pour améliorer les conditions de vie de ces tranches sociales.

Khaled Ali, membre du comité des droits et libertés syndicaux et ouvriers, a menacé d’intenter un procès contre les ministres de Planification et de la Main-d’œuvre en leur qualité de membres du Conseil des salaires s’ils n’appelaient pas à une réunion urgente pour reconsidérer le salaire minimum.

« Le salaire mensuel minimum a été fixé en 1978 à 35 livres alors qu’aujourd’hui le prix d’un kilo de viande a atteint les 40 livres », s’indigne-t-il.

Mais loin de cette caricature, force est de constater que malgré les augmentations successives décrétées par le gouvernement (le budget affecté aux salaires est passé de 35 à 59,5 milliards de livres entre 2004 et 2007), les salaires restent bien en deçà du coût de la vie. Un fait que le gouvernement a du mal à nier, voire à justifier.

Lors d’une réunion la semaine dernière avec les membres du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), le ministre des Affaires parlementaires, Moufid Chéhab, a expliqué qu’il s’agit d’un phénomène mondial que le gouvernement n’a pas les moyens d’endiguer. Le ministre a en outre insisté sur le fait que l’augmentation des salaires ne résoudra pas le problème, bien au contraire, elle entraînerait une inflation. « Ils ne comprennent pas ce qu’ils disent », a-t-il lancé à l’intention des opposants et de la presse indépendante qui donnent l’impression que « le pays est fini et que les gens en ont ras-le-bol ».

C’est sûrement pour cette raison que le premier ministre, Ahmad Nazif, s’est réuni la semaine dernière avec une douzaine d’intellectuels engagés afin de communiquer — à travers eux — son explication de la crise et d’impliquer l’opinion publique dans la recherche d’une solution. Lors de cette réunion qui s’est étalée sur quatre heures, Nazif a réitéré l’explication officielle en signalant la montée des prix à l’échelle mondiale notamment du blé et du pétrole. « En l’espace d’un an, le prix de la tonne de blé est passé de 140 à 363 dollars. Or, l’Egypte en importe 6 millions de tonnes par an », a-t-il souligné.

 

Divergences au sein du gouvernement

Mais s’il est normal de trouver une difficulté à arriver à un dénominateur commun entre des intellectuels appartenant à toutes les couleurs politiques quant à la recette à adopter, il est assez surprenant de voir les membres du gouvernement prôner des approches divergentes : contrairement à Chéhab, qui s’attend à une accentuation de l’inflation si le gouvernement cédait aux revendications salariales, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Rachid Mohamad Rachid, assure quant à lui que la seule solution à la cherté de la vie est l’augmentation des salaires « bien au-delà des taux d’inflation ». Rachid demande au secteur privé d’en faire autant.

Les divergences de vue entre les ministres se transforment parfois en guerre de déclarations entre les institutions et organismes étatiques : jeudi, le président du CAPMAS (Centre de statistiques), Gawdate Al-Malte, a dénoncé le gouvernement pour son travail durant les deux dernières années fiscales, l’accusant d’adopter des politiques susceptibles d’aggraver le déficit budgétaire et critiquant la montée « injustifiée » des prix des denrées alimentaires produites localement, une augmentation qui a atteint 8,6 % durant 2007, d’après les chiffres du centre.

« L’équation est difficile à résoudre pour une économie qui se libéralise », avait reconnu le premier ministre. « Il n’est pas de mon ressort de trouver des alternatives, mon rôle s’arrête au diagnostic », a affirmé un député indépendant Mahmoud Amer, reflétant une attitude générale d’une opposition qui, comme le gouvernement, est dans l’incapacité de trouver une issue immédiate. Protester pour se défouler, semble pour le moment l’unique soupape de sécurité.

Jalonnée par une série de manifestations essentiellement motivées par les mauvaises conditions économiques, l’année 2007 s’est terminée par une séance houleuse au Parlement avec 282 députés présentant des interrogations et des interpellations relatives à la hausse des prix, adressées au premier ministre et aux ministres du « groupe économique ». Lors de cette séance, le député Hamdine Sabbahi, de tendance nassérienne, a accusé le gouvernement d’appauvrir la population en appliquant les recettes des institutions représentant « le capitalisme féroce », aux dépens des Egyptiens.

En effet, les derniers rapports de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international montrent une très grande satisfaction face aux efforts de restructuration entrepris par le gouvernement égyptien. Ils indiquent un taux de développement de 7,1 %, une augmentation du PNB et une baisse du chômage. Des indices « encourageants » mais que les gens ordinaires n’ont jamais compris ni, plus important encore, ressentis jusqu’ici.

La prochaine période sera celle de la distribution, c’est une question de temps … patientez. Tel est le discours officiel défendu par une minorité d’optimistes. Tandis que beaucoup conseillent au gouvernement de ne pas trop miser sur la patience de la population... étirée à l’extrême.

Chérif Albert

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