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 Semaine du 29 août au 4 septembre 2007, numéro 677

 

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Enquête

Inflation. Face à la flambée des prix, le gouvernement a annoncé la création d’une nouvelle méthode de calcul. Objectif : rendre plus crédibles ses chiffres estimés bien en dessous de la réalité.

L’équation infernale des ménages

« Comment répondre aux besoins les plus élémentaires de ma famille avec cette hausse continue des prix ? », se lamente Hanane, employée dans le secteur public et mère de trois enfants. Hanane, qui touche 600 L.E. par mois, compte parmi les 5,4 millions de fonctionnaires aux abois malgré des hausses annuelles de 10 à 15 % de leurs salaires. Elle se moque des déclarations officielles vantant la baisse du taux d’inflation. « Le trou dans le budget mensuel devient de plus en plus flagrant. Mes calculs sont infinis pour tenter d’atteindre l’équilibre entre dépenses et revenus », explique-t-elle. Du côté des décideurs, les réunions du cabinet ministériel et les recommandations du chef de l’Etat pour limiter la hausse des prix et aider les classes défavorisées et moyennes à traverser le mois se succèdent.

Les Egyptiens sont en effet à bout. Biens et services, rien n’échappe à la flambée des prix. La presse s’en fait amplement l’écho ces jours-ci, surtout que le mois de septembre coïncide cette année avec la rentrée scolaire et le début du mois de Ramadan, synonyme aussi de consommation record.

Car le taux d’inflation officiel ne reflète pas fidèlement la hausse des prix actuelle. Ironiquement, le gouvernement se félicite d’avoir en trois mois réussi à infléchir le taux annuel de 12,8 % en avril 2007 à 9 % et à 8 % en juin et juillet 2007. Et la Banque Centrale d’Egypte a déclaré qu’elle vise à le réduire à 7 % vers la fin de l’année, puis entre 5 et 7 % en 2008. Malheureusement, ces taux déjà élevés, sont encore jugés inférieurs aux taux réels. Un fait que la Banque Centrale a récemment avoué en dévoilant son intention de développer un autre indice plus « sincère », et ce en coopération avec le ministère du Développement économique. « Il est vraiment temps de moderniser le mécanisme », affirme à l’Hebdo Atef Amer, vice-président de la Banque Centrale. Et de préciser que l’ancien panier des biens et services inclus dans l’indice ne prend pas en considération la différence de prix entre les zones urbaines et rurales et que les prix fixés de ses composants datent de 5 ans au minimum. Amer a cependant refusé de dévoiler les détails des nouvelles références du nouvel indice.

Manque de transparence  

C’est pourquoi experts et économistes ont déjà exprimé leur inquiétude vis-à-vis de cette modification en raison du manque de transparence. Surtout que le panier actuel a été longuement critiqué. Car en fait, le choix des biens et services fait par le gouvernement et la charge qui leur est accordée sont truqués. Ainsi, dans la catégorie des produits alimentaires, le gouvernement choisit-il souvent des produits subventionnés et donc à prix plus ou moins fixe, et délaisse en revanche d’autres produits de plus grande importance comme la viande et le lait. Or, « le nouveau mécanisme doit inclure de nouveaux éléments comme les dépenses sur les télécommunications ainsi que sur les cours privés, car elles représentent actuellement une partie croissante des dépenses familiales », estime Omniya Helmi, experte économique au Centre égyptien des études économiques (ECES). Car selon l’Organisme central de la mobilisation publique et des statistiques, l’ancien mécanisme ne comprend que des dépenses essentielles. Selon son dernier rapport sur les principaux articles de dépense, publié en 2005, la nourriture absorbe par exemple 60 % des dépenses familiales, contre 3,8 % pour les services médicaux ou 4,2 % pour les transports et télécommunications. « Comment une famille égyptienne peut-elle répondre à ses besoins avec les 40 % restants ? Les cours particuliers, l’immobilier, la santé ... ne sont-ils pas des dépenses tout aussi importantes ? », se demande Fakhri Al-Fiqi, professeur d’économie  à l’Université du Caire, qui assure que le problème essentiel réside dans un taux d’inflation qui ne reflète pas la tendance réelle de la hausse des prix. Il est vrai que selon le dernier rapport de l’Organisme central de la mobilisation publique et des statistiques, la part de l’éducation pour chaque enfant est de 105,8 L.E. par an. Un chiffre médiocre qui ne prend pas en compte les cours particuliers. Al-Fiqi ajoute que c’est le grand écart entre le coût de la vie et le revenu modeste des familles qui déclenche la crise.

Autre raison pour douter des intentions du gouvernement : « Les responsables ne cessent de déclarer qu’ils vont prendre des mesures strictes pour éviter une hausse des prix alors qu’ils ont augmenté les tarifs du métro et des autobus de 25 à 30 %. Les prix des billets de train ont également doublé », selon Helmi. Il en est de même pour la hausse des prix des carburants attendue cette année. C’est pourquoi Helmi a raison de douter de l’engagement du gouvernement à adopter un indice sincère des prix de consommateur. Et de renchérir : « Voyez comment le gouvernement a préféré expliquer les hausses des prix par des facteurs extérieurs, alors que les politiques qu’il entreprend n’y sont pas étrangères ».

Le taux d’inflation et les chiffres annoncés suscitent donc le scepticisme général. Et face à l’incapacité des consommateurs de satisfaire à leurs besoins, le gouvernement ne procède qu’à un ajustement des salaires et des subventions pour permettre aux plus démunis de garder la tête hors de l’eau.

Ibtessam Zayed
Névine Kamel

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